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Un crime capitaliste parfait : ODCF-Wayne Dalton sacrifie 66 salariés sur l’autel du profit à Reims (Marne)

Version complète de l"article paru de façon tronquée dans L"Anticapitaliste n° 216 du 7 novembre 2013

23 millions de dollars, c’est le montant des dividendes versées à ses actionnaires par la holding japonaise Sanwa en 2012. 66, c’est le nombre de travailleur-e-s de l’entreprise rémoise ODCF-Wayne-Dalton (fabrication de portes de garages) mise en liquidation judiciaire le 11 juillet 2013. Le 16 octobre, ils ont appris que l’État validait un PSE (plan de « sauvegarde » de l’emploi) prévoyant la somme dérisoire de 500 000 euros, sans mettre en place de cellule de reclassement. Il y a un contraste indécent entre ces données mais un lien les unit : Sanwa est l’entreprise-mère du groupe ODC (Overhead Door Corporation) auquel appartient ODCF-Wayne-Dalton.

Une liquidation judiciaire organisée par une multinationale capitaliste

Le 11 juillet 2013 le couperet tombe, impitoyable. L’entreprise ODCF-Wayne Dalton est mise en liquidation judiciaire. A posteriori cette sanction brutale semble résulter d’une séquence d’évènements orchestrés depuis 2009. A cette date l’entreprise rémoise, future ODCF-Wayne Dalton, prospère avec une production de 45 000 portes de garage par an et 20 millions d’euros de chiffre d’affaires – elle attise les convoitises.

Le groupe américain ODC, acheté par Sanwa cette même année 2009, acquiert l’entreprise rémoise. « Le Directeur Général nous a dit que cela ne changerait rien, à ce moment on l’a cru » insiste le délégué du personnel CGT Cédric X. Puis vinrent les consignes quant aux matières premières à acheter : dorénavant elles seront achetées à l'intérieur du groupe Sanwa. Les prix d’achat flambent (58% d’augmentation) et asphyxient l’entreprise. Enfin, le coup de grâce : un autre site de production, Novoferm, autre filiale de Sanwa, se porte acquéreur du site rémois, de son carnet de commande, mais pas de ses salariés.

Trahison-éclair de l’État bourgeois et des directions syndicales

Quel a été le rôle de l’État pendant la procédure de liquidation judiciaire ? Il n’aura fallu que quelques semaines de tergiversation pour que, le 16 octobre 2013, la DIRECCTE (Direction des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi) finisse par valider le plan de « sauvegarde » de l’emploi (PSE). Ce plan, un des tout premiers après l’entrée en vigueur de la loi de « sécurisation de l’emploi », prévoit actuellement la somme dérisoire de 500 000 euros pour les 66 employés licenciés, sans mettre en place de cellule de reclassement. Comme l’affirme Me Brun, avocat des salariés de Wayne-Dalton, « l’Etat socialiste [est] de collusion avec le grand capital ». À l’échelon local, les élus (maire PS de Reims et député UMP) ont fait semblant de se saisir de cette affaire en recevant une délégation de travailleurs aux abois – sans résultat.

Les travailleurs en colère ne sont pas restés inactifs : manifestations dans les rues de Reims, manifestation unitaire avec les travailleurs de BOSAL-Le Rapide en attente d’une liquidation judiciaire, feu de palettes devant l’entreprise, installation de cinquante croix devant l’entreprise pour symboliser la mort sociale des travailleurs, etc. La direction locale CGT a d’abord soutenu sans vigueur leur lutte déterminée, pour les laisser tomber quand ils se lancèrent dans une grève de la faim devant la sous-préfecture qu’ils considéraient comme le « symbole de l’Etat ». Depuis le 6 novembre, les organisations syndicales négocient une « prime extralégale de licenciement ». Une procédure judiciaire est en cours, contestant l'homologation du PSE.

La lutte des Wayne-Dalton illustre l’ineptie de l’ANI et de la loi de « sécurisation » de l’emploi. Seul le contrôle des travailleurs sur les moyens de production leur permettra de faire face au sabotage économique par les grands groupes capitalistes dévoreurs de vies et d’emplois. C’est par l’auto-organisation et la convergence des luttes que les travailleurs pourront inverser le rapport de forces, en s’opposant à l’État bourgeois et à ce gouvernement socialiste au service du capital. Les directions syndicales devraient soutenir ce processus plutôt que de négocier avec la bourgeoisie. Dans cette perspective, la revendication la plus immédiate est d’interdire les licenciements et les fermetures d’usines : ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise !

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