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Les Tsiganes, oublié-e-s de l’antiracisme

Par Yamakawa (18 avril 2016)
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Cette année, ça fera 6 ans déjà qu'à Troyes, un enfant de 6 ans est mort d'un incendie dans sa caravane, (nous ne citerons pas son nom). Mort du mépris raciste de la part de véritable barons féodaux qui règnent en maître sur ce coin du monde, mort dans l'indifférence généralisée, y compris des classes populaires. Mort parce qu'une poignée de bureaucrates a cru bon de décider qui était digne d'avoir accès à l'eau potable et à l’électricité et qui devait en être banni à vie. Et je répète "A VIE" parce que oui, localement et comme au Moyen Âge, la mairie de Troyes et les pourritures qui la gèrent prononcent comme il y a mille ans des sentences d'exil, des sentences médiévales. Ce drame fait écho à bien d'autres, comme celui de Pau il y a 3 ans, et d'autres, drames banals, une grande partie de la population étant largement indifférente.

Mes ces mesures d'un autre âge, que l'on pensait oubliées depuis longtemps, ne visent pas l’entièreté de la population, elles visent spécifiquement une catégorie vivant un véritable apartheid social, l'une des minorités nationales les plus brutalement réprimées ici. Une minorité que l’État français a contribué à génocider il n'y a pas si longtemps et qui pourtant ne bénéficie que peu de mémoire collective. Cette minorité ce sont les Tsiganes.

"Tsigane", c'est un nom générique pour désigner manouche, Gitans, Rroms, Yéniche, Sinté etc. Des minorités nomades, n'ayant pas grand-chose à voir les unes avec les autres, qui parcourent l'Europe et l'Orient depuis des siècles. Avec la création des États-nations, et des idéologies nationales, ces éternels voyageurs sont devenus des parias, leurs langues, leurs cultures, leurs modes de vies sont devenus des injures au bon goût bourgeois. Les persécutions déjà présentes se sont accentuées... et jusqu'à aujourd'hui le bilan est lourd. Une honte pour l'humanité entière. Flicage, sédentarisation forcée, lynchage, pogroms, jusqu'au nazisme ou ils partagèrent le sort funeste des juifs dans les camps de la mort. Dans la langue rromani des Balkans, il y a un terme qui désigne le génocide, et qui est aujourd'hui repris par les historiens pour le génocide des Tsiganes : "Porajmos"...

Et en France après la guerre, on aurait pu croire que ce grand charnier ignoble aurait suffit, que l'on avait tiré les leçons du nazisme. Et pourtant, les internements continuèrent des années. Jusqu'en 2015, le carnet de circulation permettait aux forces répressives d’État de fliquer chaque Gitan. Aujourd’hui encore il ne se passe pas une semaine, sans que les flics, dans leur métier de pourriture, ne fassent évacuer un bidonville rrom, un campement gitan. Comment grandir lorsque tous les 6 mois les flics matraquent vos parents? Comment grandir, sans que l'accès à l'eau potable et à l’électricité ne soit garanti, et ce malgré la loi? Comment grandir, lorsque toutes les institutions de l’État bourgeois ne visent qu'à détruire le nomadisme, qu'à détruire ces cultures, qu'à maintenir dans la misère toute cette partie de la population?

Comment accepter enfin, pour nous gadjés, que l'on traite nos camarades, nos frères et nos sœurs, nos égaux en humanité de la sorte? L'indifférence coupable dont nous avons trop longtemps fait preuve doit cesser au plus vite. Le combat anti-raciste est un combat d'émancipation sociale, et de ce fait, il doit être réapproprié par la classe ouvrière. Il doit se mener aux côtés des premiers/ères concerné-e-s, les revendications des militants anti-racistes émanant des communautés de gens du voyage et de tous les groupes victimes de racisme doivent être soutenus par nous tous. Nous travailleurs et travailleuses, précaires, étudiant-e-s et lycéen-ne-s radicaux/ales. Mais pas que, ce combat est celui de toutes celles et ceux que la violence de ce monde pourri répugnent, qui ont l'oppression en horreur, qui sont attaché-e-s à la dignité humaine. Bref, à toutes celles et ceux pour qui l'émancipation humaine n'est pas un combat vain.

A chaque fois que nous acceptons une violence raciste, chaque fois que nous ne réagissons pas, les fascistes avancent, la barbarie avance, et il est temps qu'elle recule, il est temps de la renvoyer où est sa place, dans les poubelles de l'Histoire et dans nos pires cauchemars.

Et malgré ça, que constatons-nous ? Les violences policières continuent, impunies, toujours dans l'indifférence ! Le racisme grandit, et pas qu’à l'extrême-droite. Et je le répète, pas seulement à l'extrême-droite. Aujourd'hui le PS assume pleinement sa politique raciste. Nous avons même vu, l'été dernier à côté de Besançon, des élus soi-disant socialistes défiler derrière une banderole abjecte clamant « invasion des gens du voyage, ça suffit! ». Les racistes sont déchaînés et partout, jusqu'au Parti communiste1 (ou même la FASE2) qui assument pleinement de faire matraquer des bidonvilles rroms, qui assument de s'en prendre à toutes les minorités de ce pays.

La seule solution face à la tragédie annoncée, est encore et toujours un front anti-raciste organisé par toutes celles et ceux frappé-e-s par celui-ci. Un front soutenu et encouragé par la classe ouvrière et ses organisations. Faire converger tous les combats d'émancipation, pour enfin en finir avec cette société dégueulasse.

A bas le racisme ! Vive la Révolution !


1 A Vénissieux, Grigny, Stains (2014), à la Courneuve (2015)...

2 A Saint-Ouen en 2013

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