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Argentine: très forte mobilisation contre les violences faites aux femmes

Argentine féminisme international

Brève publiée le 7 juin 2015

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.socialismo-o-barbarie.org/?p=5113

A l’issue de cette édition, nous retournons de l’impressionnante mobilisation dans Plaza Congreso. C’était, en fait, une mobilisation historique parce que 500 000 personnes se sont mobilisées autour d’une revendication très ressentie dans la population comme le rejet de la violence contre les femmes.

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Une mobilisation populaire

Il y a plusieurs choses à dire pour caractériser cette mobilisation

La première chose est que c’était une action qui a eu lieu aux quatre coins de l’Argentine : plus de cent rassemblements  dans tout le pays, dans de nombreux cas  des mobilisations et des rassemblements qui ont vraiment dépassé toutes les expectatives : comme les 50 000 qui étaient rassemblés à Córdoba et Rosario, 20.000 personnes dans La Plata et des chiffres semblables dans toutes les latitudes du pays.

Bien sûr, la concentration la plus grande a été celle de la Plaza Congreso, à Buenos Aires où, vraiment, il y avait 500.000 personnes ou plus. Non seulement la Plaza en elle-même était littéralement débordée, mais en outre toutes les grandes artères (avenues et boulevards) qui y convergent étaient remplies des masses qui ont été les protagonistes de cette journée historique.

Un élément est à souligner et, en fin de compte, il est logique que ce soit comme ça (en raison du poids de ce fléau de la violence familiale): c’est la composition populaire de mobilisation, des femmes et des familles de travailleurs qui se sont rassemblés à la Plaza Congreso très tôt, en n’oubliant pas les syndicats et les secteurs de travailleurs qui ont participé, même organisés.

Cette composition sociale, à laquelle se sont ajoutés des énormes contingents d’étudiants de toutes les latitudes de la Capitale Fédérale et du grand Buenos Aires, ainsi que les secteurs de la classes moyenne progressiste, a radicalement démentie la campagne du gouvernement qui avait dit à demi-mot, ce qui serait une mobilisation « réactionnaire » comme celle pour le procureur Nisman[1].

Rien plus éloigné de la réalité : c’était une mobilisation vraiment populaire, énormément progressive et qui, par ailleurs, s’est caractérisée par son caractère indépendant.

Ceci a été un autre élément important, même contre certains qui avaient des réflexes sectaires face à la concentration : le meeting a duré à peine une heure. Mais personne ne s’est intéressé à la durée du meeting lui-même : la mobilisation a eu un caractère même festif, de joie, de lutte, de l’expression des revendications des femmes et de rejet de la violence à leur encontre qui non seulement est allé beaucoup plus loin que les organisateurs ; en réalité, ne s’est soucié de qui appelait : les gens ont trouvé dans l’appel simplement un canal pour s’exprimer et pour exprimer leurs revendications.

D’ahi que bien avant 17 h. des foules ont commencé à arriver à la place et que lorsque la tribune du meeting (à 18 h) a invité à « partir », non seulement la grande majorité n’est pas parti, mais des masses et des masses de monde continuaient à arriver. Il était 21h et il y avait toujours des gens sur la Plaza.

Les problèmes des femmes, sont à l’agenda au niveau national

On a beaucoup parle et dit sur ce qui « resterait » après la mobilisation. En réalité, c’était une ligne des militants pro-gouvernement, qui voulait rester de l’importance à une mobilisation qu’ils ne pouvaient pas contrôler.

Même des secteurs de la « gauche » ont prétendu conditionner leur soutien à la mobilisation au nom du caractère « limité » de son programme. Mais, comme l’a dit le vieux Marx il y a un siècle et demi, tout pas en avant réel des exploités et des opprimés vaut plus que n’importe quel programme !

En outre, toute mobilisation massive comme celle-ci s’installe, définitivement, comme un fait objectif de la lutte des classes. Cela fait qu’au-delà de son programme explicite, ou de ce qui feront les « leaders » circonstancielles de la mobilisation, le fait énormément progressif de cette mobilisation énormément progressive, c’est qu’elle a installé (nous pourrions dire que définitivement), l’agenda des droits des femmes dans la scène nationale.

Pas parce que nous l’avons vécu il est moins important et surprenant que quelque chose bouge dans les profondeurs de la société autour des problèmes de cette nature (comme autour d’autres problèmes dans cette Argentine où les rapports de forces créées il y a dix ans et demi sont toujours présents).

Bien sûr que l’appel des journalistes et des personnalités du spectacle (« les célébrités ») à se mobiliser a aidé ; bien sûr que c’était presque « politiquement correct » de soutenir le « Ni una menos » (Pas une en moins, slogan central de la mobilisation). Mais que ce soit le cas est extrêmement progressif ! Que quelque chose d’aussi progressive que le rejet de la violence contre les femmes soit si massif et attire cette adhésion, est un fait vraiment révolutionnaire !

L’attitude du gouvernement par rapport à la mobilisation a été, pour le moins honteuse. Cristina a commencé à parler sur Twitter seulement à partir du mardi soir et dans l’un de ses nombreux discours par la télévision il a fait une sorte « d’appel » à soutenir le meeting d’aujourd’hui.

Mais le gouvernement ne pouvait pas cacher qu’il se méfiait de la mobilisation ; par le biais de certains de ses porte-parole il l’avait accusée d’être une mobilisation « réactionnaire » ; qu’il a même défendu qu’il fallait se mobiliser devant les tribunaux et des choses comme ça.

Cette politique du gouvernement, combinée au fait que la mobilisation n’a pas eu de « propriétaire » ; qu’elle a été une mobilisation de masses et populaire placée dans les faits à la gauche de l’échiquier politique, ont donné un caractère indépendant à la journée.

D’autre part, le gouvernement cherche à imposer l’idée que la violence sexiste est un problème « éducatif », « culturel », qu’aucune autorité et aucune institution n’ont la responsabilité de celle-ci.

Les centaines de milliers de personnes qui se sont exprimées aujourd’hui dans tout le pays ne pensent pas ceci. De là aussi que la mobilisation ait eu ce caractère indépendant, que le gouvernement ait dû finalement participer à demi-mot et que l’opposition de droite n’ait pas réussi à la capitaliser non plus.

L’expulsion de Piombo (juge critiqué par ses jugements sexistes et homophobes) des universités et du système judiciaire a marqué le contraire et trace un chemin : les autorités ont une responsabilité dans la violence. Le gouvernement a la responsabilité de « détourner le regard ». Les juges et d’autres autorités qui protègent les femicides et les violeurs sont responsables de ce fléau. Un fléau qui n’est pas quelque chose qui découle de la « vie privée » des gens, mais qui est un problème social et politique de premier ordre dans le pays.

Entre la mobilisation d’aujourd’hui et la grève générale du 9, le gouvernement aura, en moins de dix jours, deux grandes expressions de protestation qu’il avait peut-être pas prévu dans sa marche « triomphale » vers les urnes.

Une participation historique de Las Rojas et le Nuevo MAS

C’est dans ce contexte que nous devons situer la participation de notre parti dans la journée. Nous avons euraison de nous mettre à l’avant-garde de cet appel dès la première minute après qu’il a été annoncé.

Sans sectarisme ou « réticence » (bien qu’avec nos propres revendications), nous avons préparé  avec toute notre force la mobilisation, de là les cortèges historiques que Las Rojas et le Nuevo MAS ont réussi à rassembler dans tout le pays.

En effet, notre parti et Las Rojas continuent à s’implanter à l’échelle nationale, et nous avons vu cela dans la pratique aujourd’hui, en organisation de très importantes participations dans plusieurs provinces et capitales de l’intérieur du pays, mais aussi en faisant notre « présentation en société » pour la première fois à plusieurs endroits.

On ne peut pas dire la même chose du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT), qui une fois de plus, comme pour chaque événement de la lutte des classes de ce pays, était absent. Le plus grave a été l’attitude du Parti Ouvrier, qui était pratiquement absent (ou avec une très petite délégation) lors de la mobilisation au Congrès.

Le PO et les Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) n’ont pas eu une intervention commune dans cette journée ; ils n’ont même pas été capables de faire une déclaration commune, quelque chose qui caractérise de plus en plus cette « coopérative électorale », maintenant concernant quelque chose tellement ressenti comme la violence contre les femmes.

Engagé dans un combat interne insupportable pour les « postes éligibles » lors des prochaines élections, le FIT encore une fois a raté l’occasion et n’a pas été à la hauteur des circonstances.

Notre bilan est exactement le contraire : nous avons été à l’avant-garde de cette journée historique dans tout le pays et ceci s’est exprimé dans nos cortèges et dans la possibilité de recruter des nouvelles et des nouveaux camarades pour le parti dans les prochaines semaines.

Le caractère massif de la mobilisation a signifié également la ratification de comment il faut faire de la politique révolutionnaire: à partir de la lutte des classes, d’un dialogue avec celle-ci ; C’est pourquoi quand une organisation révolutionnaire pense même dans ses candidatures pour les élections, il doit le faire à partir de ce « dialogue » avec la réalité.

Les revendications des femmes sont au centre de l’agenda national, ainsi que les revendications des travailleurs (tel que cela s’exprimera dans la prochaine grève générale du 9): à partir de notre formule présidentielle, Manuela Castañeira et Jorge Ayala, nous cherchons à faire une synthèse de ces processus qui émergent par en bas, en postulant une alternative socialiste contre les candidats de l’austérité.

La tâche de l’heure actuelle est d’ouvrir nos équipes à travers le pays pour intégrer les nouvelles et les nouveaux camarades ; se préparer à participer aux piquets de la grève générale 9 partout au pays et à lancer une grande campagne présidentielle pour une alternative socialiste.

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[1] ;