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État espagnol: "Construire une opposition au parlementarisme"

Espagne international

Lien publiée le 19 septembre 2015

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.alternativelibertaire.org/?Etat-espagnol-Luis-Leon-Apoyo

Le mouvement espagnol des Indignés a engendré deux formations politiques différentes : la plus connue est Podemos, qui brigue les suffrages ; l’autre est Apoyo Mutuo, qui s’y refuse, et cherche à construire un contre-pouvoir populaire se réclamant de l’anticapitalisme, de la démocratie directe et de l’autogestion.

Suite au mouvement des Indigné-e-s (le 15-M), est apparue il y a un peu plus d’un an en Espagne une nouvelle force politique : Podemos. De ce même héritage, et à l’initiative de militantes et militants libertaires, syndicalistes de lutte de classe et des mouvements sociaux, est née en mai dernier une autre organisation : Apoyo Mutuo (AM).

Si le parti de Pablo Iglesias a fait le choix de peser sur l’échiquier politique en se présentant aux élections, avec un certain succès comme le prouvent les conquêtes des mairies de Madrid et de Barcelone par des listes soutenues par Podemos, Apoyo Mutuo a choisi une autre voie, en dehors du cadre institutionnel, rejetant avec force l’option électorale.

Découverte, avec Luis Léon, 19 ans, syndicaliste libertaire et porte-parole de cette nouvelle formation se réclamant de l’anticapitalisme, de la démocratie directe et de l’autogestion.

Alternative libertaire : Ce printemps a été créé Apoyo Mutuo. Peux tu revenir sur la genèse de votre organisation ?

Luis Léon : Avec l’émergence du mouvement des Indigné-e-s, de nombreuses personnes sont descendues dans la rue sur le mot d’ordre : « Ils ne nous représentent pas ! » Le cycle ouvert par le mouvement des Indigné-e-s s’est aujourd’hui refermé avec comme acquis : une activité, une créativité et des initiatives sociales tout à fait exemplaires.

Néanmoins, nous, qui avons été aussi acteurs et actrices de ce mouvement, avons été témoins de sa dérive sur le terrain de l’électoralisme. Une forme d’institutionnalisation qui de fait a vidé l’essence du 15M et de son projet de transformation sociale, authentiquement révolutionnaire.

Ce processus a fait prendre conscience à de nombreux camarades du besoin de nous organiser politiquement au-delà de ce que peuvent représenter des collectifs ou organisations syndicales (sans pour autant cesser d’être syndiqué-e-s), qui bien souvent ne se battent que pour la défense de nos acquis sociaux.

De ce constat est né Apoyo Mutuo, qui a comme finalité l’élaboration d’un projet alternatif de société opposé au modèle étatique et capitaliste, et comme modalité d’action de travailler en lien avec les mouvements sociaux, et non pas sur le terrain électoral.

Peut-on dire qu’Apoyo Mutuo est une organisation libertaire ?

Luis Léon : Apoyo Mutuo n’est pas une organisation spécifiquement libertaire. Nous ne souhaitons pas nous enfermer dans un carcan idéologique. Nous préférons définir notre combat comme anticapitaliste, féministe et écologiste. Cependant, l’étiquette libertaire ne nous gène pas au vu de la provenance de nombre de nos militantes et militants. De même, notre fonctionnement interne de démocratie directe est à rattacher explicitement au courant anarchiste.

Peux-tu préciser la structuration de Apoyo Mutuo ?

Luis Léon : AM se structure de deux manières. Au niveau national, nous avons ce que l’on appelle le niveau commun, qui fait office d’organe de coordination. Au niveau local, du fait de notre récente création, pour l’heure, notre développement est encore limité avec des groupes militants existant avant tout sur Madrid et dans la région de Grenade.

Nous n’avons pas envie, non plus, de créer de toutes pièces, avec fébrilité, des groupes qui seraient des coquilles vides. Laissons le temps au temps. Un luxe que l’on peut se permettre d’autant que l’on n’est pas pris, puisque c’est notre choix stratégique, par l’urgence d’une quelconque échéance électorale et ses inévitables coups de stress pour monter des listes, mener une campagne, nouer éventuellement des alliances.

Si des groupes, à terme, nous rejoignent dans d’autres villes, nous souhaitons que cela se fasse sur la base d’une réflexion approfondie des personnes intéressées. Cela dit, il existe déjà de nombreux contacts ailleurs avec des noyaux de personnes qui entendent intégrer notre organisation.

Quel est le profil des militantes et militants de Apoyo Mutuo ?

Luis Léon : Il n’y a pas de profil type. À titre personnel, je viens de la CNT. D’autres personnes viennent d’autres groupes libertaires (CGT, SO, Athénées libertaires) ou de syndicats alternatifs et combatifs. D’autres, la plupart en fait, sont issu-e-s du mouvement des Indigné-e-s, des collectifs de locataires qui luttent contre les expulsions, ou encore de groupes féministes, internationalistes, ou de défense animale.

Ici en France, il est beaucoup question du phénomène Podemos. Un parti où sont impliqués aussi des personnes issues des mouvements sociaux ainsi que du mouvement libertaire. Peux-tu nous préciser vos rapports avec le parti de Pablo Iglesias ?

Luis Léon : Notre position vis-à-vis de Podemos mais aussi des différentes formes prises par des initiatives similaires au niveau local (Ganemos à Madrid, Barcelona en Comú par exemple) est une position de respect mutuel même si nous avons fait un choix différent du fait de notre antiélectoralisme.

Nous ne discutons pas leurs choix, ni leurs intentions que l’on juge honnêtes d’autant que la plupart de ses membres sont d’anciennes et anciens camarades qui étaient impliqué-e-s comme nous dans le mouvement des Indigné-e-s ou les mouvements sociaux.

Nous pensons juste, à la différence de Podemos, qu’entrer dans le jeu électoral est un piège qui comporte d’irrémédiables risques d’institutionnalisation, à moyen ou long terme. Et ce d’autant que dans le contexte espagnol, il n’existe pas de mouvement social suffisamment costaud pour peser et faire pression réellement sur les Partis (y compris Podemos).

Pour moi, Podemos demeure trop restrictif au niveau de son discours. Lutter contre le néolibéralisme c’est bien mais sans s’attaquer aux causes profondes de la structure même du modèle économique, c’est finalement laisser planer l’illusion qu’il existe l’option d’un système capitaliste à « visage humain ». Ce qu’à Apoyo Mutuo nous ne croyons pas.

Nous observons, en outre, que Podemos n’échappe pas, malgré sa courte existence, à des dérives inhérentes à tout parti qui s’inscrit dans la politique traditionnelle, à savoir un « leaderisme » toxique et un dirigisme du sommet vers la base.

Le mot de la fin ?

Luis Léon : Maintenant, ne nous trompons pas d’ennemi. L’adversaire n’est pas Podemos, mais le capitalisme et les partis politiques qui le font vivre. Et de notre côté, tâchons de construire une opposition réelle au parlementarisme en général en nous appuyant sur les mouvements sociaux.

Propos recueillis par Jérémie Berthuin (AL Gard)


Apoyo mutuo, c’est aussi un site internet et une page facebook.