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Martinez se prend pour Valls

attentats syndicalisme

Lien publiée le 3 décembre 2015

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http://www.revolutionpermanente.fr/CGT-Martinez-ce-n-est-pas-avec-les-mesures-d-etat-d-urgence-que-l-on-defend-les-libertes-syndicales?utm_content=buffer85481&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

Radié du syndicat parce que trop barbu ou soupçonné de radicalisme islamiste ? Ce n’est pas une mesure réclamée par Manuel Valls ou l’extrême droite… mais bien ce qu’applique la CGT.

Yano Lesage et Corinne Rozenn

Juste après les attentats, la CGT avait clairement mis en garde contre ce qu’état d’urgence voulait dire. Le 18 novembre dernier, la centrale dénonçait dans un communiqué les mesures prises par le gouvernement et la trêve sociale à sens unique qu’elles impliquaient. Martinez, secrétaire général de la Confédération, avait fait part de ses craintes face à l’utilisation de l’état d’urgence et les mesures administratives que les préfets peuvent mettre en place de façon discrétionnaire. Quoi de plus simple en effet, pour casser un syndicat combatif, que de perquisitionner certains de ses membres ou d’assigner à résidence l’un de ses militants ? La prise de position de la centrale avait été largement impulsée par des sections de l’UDT75 et 76, ou encore la FILPAC CGT, à contre courant des sections d’Air France ou de l’AP-HP qui avaient décidé de repousser les échéances de mobilisation.

Au début des années 1980, c’est dans l’automobile que, face aux explosions de mouvements sociaux, les socialistes et le Conseil National du Patronat Français (actuel Medef) dénonçaient la menace des mollahs dans les usines de PSA-Aulnay. Derrière l’ombre des « mollahs » si mal nommés, nulle trace de soutien à la Révolution islamique iranienne, mais une armée d’immigrés surexploités, soumis au racket « du couscous et du Ricard » par leurs supérieurs, en lutte pour des augmentations de salaires, mais surtout pour leur droit à la dignité et à la liberté syndicale. Rien d’étonnant à voir le gouvernement les disqualifier de cette manière : ils incarnaient le fer-de-lance de la combativité.

Aujourd’hui, patronat, « socialistes », droite et extrême-droite ont lancé une campagne contre le péril islamiste qui menacerait la sécurité des Français dans le secteur du transport. Depuis que cette « croisade » a été lancée, on assiste à une multiplication des mesures contre les travailleurs dans l’aérien, à AirFrance Cargo et à Servair, filiale d’AirFrance, pendant que l’on pointe du doigt les soit-disant barbus de la RATP, à la SNCF, etc. Un nouveau prétexte bienvenu pour le patronat comme pour le gouvernement, afin de tuer dans l’œuf la contestation sociale qui s’y manifeste, et pratiquer l’intimidation voire la répression et l’assignation à résidence.
Et pourtant, malgré toute l’évidence grotesque de la manipulation visant à assimiler tout travailleur musulman ou combatif à un terroriste, hier matin, un retournement absolu de la situation est advenu à la CGT.

Face à la pression gouvernementale, Martinez va dans le sens… des réactionnaires. « Il y a eu des embauches qui auraient dû se faire dans d’autres conditions, nous les avons condamnées », a expliqué Philippe Martinez au micro deFrance Info, mercredi matin. » « Il y a des femmes qui ont été menacées, car ces individus refusaient de conduire un bus après une femme… Ce sont très peu d’individus, mais il y a besoin d’agir. C’est ce que nous avons fait. On n’est pas complaisants du tout. » Se serait-il fait piéger ? Pas si sûr. « Depuis des années, nos camarades de la RATP, d’Air France aussi, ont dénoncé des dérives. À Air France, on les a exclus de la CGT, et ça nous a coûté la première place aux élections professionnelles (de mars 2015). On a viré purement et simplement ce genre d’individus de la CGT ». Son discours est on ne peut plus clair.

Comment peut-il encore dénoncer ensuite les perquisitions chez Air France Cargo, Servair, Fedex, avec chasse aux Corans annotés et aux tapis de prière ? Par ces dernières déclarations, Martinez montre qu’il fait le jeu du gouvernement en surfant sur la terreur « islamiste » et s’aligne derrière les mesures d’état d’urgence en emboitant le pas au gouvernement.

Le syndicalisme, c’est la défense des intérêts immédiats et historiques des travailleurs, indépendamment de leurs origines et de leurs croyances religieuses. Faire de quelques cas qui existent certainement (moins nombreux que ceux... de permanents ou de délégués très proches du patronat, dans de nombreux secteurs) une espèce d’épouvantail, c’est aller dans le sens du camp d’en face, du patronat et du gouvernement. Comment se poser en alternative de classe face à la désespérance sociale, politique et culturelle qui fait le lit du radicalisme religieux si l’on expulse ou que l’on refuse des syndiqués sur la base de leurs pratiques - réelles ou supposées ?
Ce n’est pas avec les mesures d’état d’urgence que l’on défend les libertés syndicales.