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Audincourt : Des femmes en lutte « se lèvent et disent non ! »

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Brève publiée le 3 mars 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.anti-k.org/2016/03/02/audincourt-des-femmes-en-lutte-se-levent-et-disent-non/

EST REPUBLICAIN 02/03/2016

Institutrice puis paysanne dans le Haut-Doubs, Dominique Henry est surtout une militante. Pour la Journée de la femme, elle témoigne de son parcours engagé.

Placée en garde à vue puis condamnée dans l’affaire du démontage de la ferme des mille vaches, Dominique Henry reste fidèle à ses convictions : défendre la nature et le monde paysan. Photo DR

«Ils étaient tous éberlués ! ». Quarante-quatre ans après son arrivée, toute jeunette, dans un lycée agricole de Moselle, Dominique Henry en rit encore. C’était en 1972 et, à l’époque, nul, parmi les professeurs et les élèves, n’avait imaginé, vu son prénom et l’absence totale de représentant de la gent féminine dans ce genre d’établissement, que cette Dominique-là soit une fille ! « Mais ma sœur aînée a insisté, a tempêté et on a fini par me trouver un logement à proximité (il n’y avait alors qu’un internat de garçons). Et, au final, j’ai décroché mon bac agricole en étant la seule fille du lycée et je l’ai très bien vécu ! »

À bas les préjugés !

Une anecdote que celle qui se revendique comme « une paysanne », un mot « noble » pour celui ou celle qui travaille-et non exploite- « la terre du coin », devrait raconter mercredi 9 mars à Audincourt. En partenariat avec la ville, l’association l’Atelier organise à l’espace Gandhi une table ronde : outre Dominique, Sylvie Vachoux, responsable CGT à Besançon et Salima Debbiane-Bellal, militante à Solidarité Laïque à Belfort viendront s’exprimer sur le sens leur engagement et la part féminine de ce combat.

Amoureuse de tout temps de la nature, Dominique Henry, fille d’ouvrier, élevée aux Buis à Valentigney à l’époque où les grands ensembles naissants côtoyaient une ferme, a toujours, dit-elle, été féministe, dans le sens de la promotion de l’égalité et des droits. Mais son parcours, au début du moins, penche plutôt du côté de la tradition.

Comme son mari, paysan également, et elle ont du mal à trouver une ferme tout de suite pour s’installer, elle suit une nouvelle formation puis exerce pendant vingt ans comme institutrice.

Les quatre enfants devenus grands, la ferme laitière de Grand’Combe-des-Bois étant lancée, elle revient ensuite à la terre et devient conjointe collaboratrice de son mari. « J’ai toujours été une femme épanouie mais au niveau de notre statut dans le monde agricole, il y aurait beaucoup de chose à dire. C’était souvent la triple journée : l’organisation globale de la ferme, celle de la maison et la comptabilité ! » L’évolution actuelle -qui fait, depuis 1999, de la femme un conjoint collaborateur et lui permet, depuis 2011, grâce au GAEC entre époux, de devenir chef d’exploitation- la réjouit. Comme le nombre croissant de jeunes femmes diplômées qui s’installent.

« Mais le souci est encore dans les mentalités, dans la tête des hommes mais aussi des femmes. La paysanne doit encore penser à tout, être partout et c’est encore trop souvent son compagnon qui décide. Nous avons des outils et des compétences mais les préjugés sont tenaces. Les femmes doivent s’habituer à prendre leur place »

Lanceuse d’alertes

Dans les fermes certes mais aussi dans la société et les instances agricoles. Mobilisée notamment sur la pollution des rivières, Dominique Henry a, pour sa part, rejoint la Confédération paysanne. Entre autres faits d’armes, cette toute jeune sexagénaire, à la silhouette gracile et à la voix douce, a participé, le 28 mai 2014, au démontage de la ferme des mille vaches, ou plutôt de la machine de traite. Ce qui, comme cinq autres camarades parmi la soixantaine de manifestants, lui a valu 48 heures « au cachot » (en garde à vue) et quelques ennuis judiciaires.

Condamnée en première instance à 5 mois de prison avec sursis, elle a été reconnue coupable, en appel, de s’être introduit sur une propriété privée mais la peine a été ramenée à 3 000 € d’amendes avec sursis. « Le juge nous a surtout reconnu le statut de lanceur d’alerte dans une situation environnementale, sociale et sociétale préoccupante », souligne celle qui, même retraitée, entend bien continuer le combat. « Je ne suis pas une experte mais cette industrialisation de l’agriculture m’est insupportable, comme il m’est insupportable qu’on puisse mettre des vaches en batterie, que les usines remplacent les fermes et que les animaux disparaissent de nos campagnes ».

« À un moment, il faut se lever et dire stop : les femmes peuvent et doivent mener ce combat car elles portent une parole différente », poursuit la militante. « Elles peuvent être des expertes, des spécialistes et en même temps voir le côté profond, le sens des choses. Nous avons un monde à transmettre à nos enfants, nos petits-enfants : il ne faut pas hésiter à ruer dans les brancards pour le préserver ». La réponse est là : être une femme engagée, c’est donc travailler pour l’avenir de l’humanité. Vaste chantier !

Mercredi 9 mars à 20 h 15 à l’espace Gandhi d’Audincourt, table ronde « Femmes en luttes », entrée libre.

Sophie DOUGNAC