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La moitié des cadres travaillent pendant leur congé maternité

féminisme

Brève publiée le 9 mars 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.20minutes.fr/economie/1802307-20160308-moitie-cadres-travaillent-pendant-conge-maternite-elles-peur-etre-placardisees-retour

Un chiffre qui a de quoi surprendre. Selon une étude* de Cadreo parue à l’occasion de la journée de la femme ce mardi, une femme cadre sur deux continue de travailler pendant son congé maternité. Marc Loriol**, sociologue, chercheur au CNRS, spécialiste de la fatigue et du stress au travail nous explique pourquoi.

La moitié des femmes cadres continuent à travailler pendant leur congé maternité, est-ce de leur propre initiative ou à la demande de leur employeur ?

Il s’agit d’une initiative sous contrainte. Car si les employeurs ne peuvent plus tenir de discours machistes en entreprise, ils continuent insidieusement à suspecter les femmes qui deviennent mères d’être moins disponibles. Et comme les entreprises ont du mal à évaluer la productivité des cadres, la culture du présentéisme est très développée chez cette population. Le bon cadre est celui qui est capable de rester tard au bureau le soir, d’être disponible même une fois rentré chez lui, pour affirmer sa productivité. Par ailleurs, une forte concurrence s’exerce chez les personnes occupant les fonctions les plus valorisées en entreprise. Les femmes ont intégré cette forte pression et une partie des cadres ont ainsi tendance à rester connectées à leur messagerie professionnelle pendant leur congé maternité.

Cette attitude témoigne-t-elle aussi de leur crainte de perdre leur position lors de leur retour au travail ?

Oui, car elles ont peur d’être placardisées à leur retour. Tout d’abord parce qu’elles craignent de ne plus apparaître comme indispensable, plus être au fait des dossiers en cours et que la personne qui les a remplacées prenne leur place une fois leurcongé maternité achevé. Elles ont aussi conscience que les fonctions cadres exigent de connaître les jeux de pouvoirs en entreprise, de savoir entretenir son réseau professionnel. Elles se sentent donc obligées d’entretenir leur réputation pendant leur congé maternité en poursuivant cette sociabilité professionnelle.

La crise amplifie-t-elle ce phénomène ?

Elle a un double effet : certaines femmes vont abandonner leurs ambitions de carrière de peur de ne pas réussir à concilier leur vie professionnelle et leur vie privée. Et celles qui vont les conserver font généralement plus de sacrifices pour rester au top professionnellement.

Quelles sont les conséquences de ce congé maternité tronqué pour elles ?

Il peut générer un stress qui n’est bon ni pour elle, ni pour l’enfant à naître. Et elles intériorisent souvent à cette période la nécessité de faire passer le travail avant leurs impératifs familiaux, ce qui risque d’être encore le cas à leur retour au travail. Tout cela en développant une culpabilité car la société exige d’elles non seulement qu’elles soient des mères attentives, mais qu’elles ne renoncent pas à leurs ambitions professionnelles.

Comment les employeurs peuvent-ils inciter les femmes cadres à davantage profiter de leur congé maternité ?

En menant une réflexion sur les moyens de ne pas les exclure de l’entreprise, pendant et après leur congé maternité. Ils doivent insister sur l’importance familiale, sociale et en termes de santé, à profiter pleinement du congé maternité. Ils doivent aussi garder un lien avec elles, par exemple en les faisant participer exceptionnellement à une réunion à distance pendant leur congé maternité ou en les invitant à une fête d’entreprise. La tenue d’un entretien avant leur retour de congé maternité et après est aussi essentiel pour montrer aux femmes cadres qu’elles comptent dans la hiérarchie de l’entreprise et que des opportunités les attendent.

*Etude réalisée auprès de 1.432 cadres et dirigeants, interrogées en ligne entre juin 2015 et septembre 2015.

**Marc Loriol est auteur avec Nathalie Leroux de l’ouvrage Le travail passionné, Erès, 2015.