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    Manifestation à Toulouse : « La CGT doit se questionner ».

    syndicalisme

    Brève publiée le 30 avril 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

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    Ça chauffe dans les rangs de la CGT. Depuis le début de la mobilisation, plusieurs militants cégétistes critiquent la position affichée par la direction de la centrale, et ce de plus en plus ouvertement, comme lors du congrès de l’organisation fin avril. Nous reproduisons ici la tribune d’un militant CGT qui souhaite interpeller son organisation sur son attitude durant la manifestation fortement réprimée du 28 avril à Toulouse.

    Tribune de Roland Berthou, militant CGT, reproduite avec son autorisation

    Ce 28 avril 2016, lors de la manifestation à Toulouse, comme à Paris et d’autres villes de France, des incidents ont éclaté entre les manifestants et les forces de l’ordre et on compte au moins un blessé parmi les manifestants.

    Le manifestant blessé l’a été à la main par une grenade explosive lancée par les forces de l’ordre.

    Je ne serai pas le nième commentateur regrettant que « quelques casseurs isolés aient gâché une si belle manifestation » par ailleurs, il est vrai créative, festive et très dynamique (12000 manifestants selon les organisateurs).

    Entre ceux qui se sont affrontés aux forces de police et le reste du cortège, il n’y avait pas de différence de nature mais une différence de degré dans la colère exprimée.

    Je fais partie de ces manifestants qui ont été très choqués que les organisateurs de la manifestation, aidée de son service d’ordre, décident de faire bifurquer le cortège, 2 heures après son départ, par une petite rue adjacente laissant le groupe placé à l’avant, sans doute plus déterminé, s’affronter avec les forces de police, et cela sur injonction de la préfecture de la Haute-Garonne, comme indiqué dans son communiqué :

    « Lors de la manifestation se déroulant à Toulouse dans le cadre de la journée nationale interprofessionnelle de mobilisation, de manifestation et de grève, contre le projet de loi Travail, des jets de projectiles très nourris ont eu lieu contre les forces de l’ordre, par des individus aux visages dissimulés situés en tête cortège. Deux policiers ont été légèrement blessés au crâne. Après contact avec les organisateurs, il a été décidé d’interrompre la manifestation à hauteur de la rue du Rempart Saint-Étienne. La dislocation de la manifestation est en cours. »

    À ce moment-là, il y a eu de violentes altercations entre certains participants à la manifestation et les membres du service d’ordre empêchant les premiers de rejoindre la tête du cortège. Le service d’ordre de la CGT doit-il être un supplétif des forces de l’ordre ? Est-ce le rôle de la CGT « d’encadrer » les mouvements jeunes et d’éviter tout débordement hors du cadre fixé par le syndicat lui-même.

    Après cela, une bonne partie du cortège a malgré tout décidé de rejoindre la tête et sans doute pour cette raison, par la masse critique atteinte, les forces de police ont décidé de ne pas déclencher d’offensive, décrédibilisant ainsi la mauvaise décision prise par les organisateurs du mouvement.

    Au moment où dans notre pays, nous avons la formidable opportunité que la jonction se fasse entre la Nuit Debout, jeunes étudiants et lycéens, salariés, retraités, fonctionnaires de l’éducation nationale, de la santé, territoriaux, agriculteurs, intermittents du spectacle, cheminots, etc (désolé pour ceux qui sont oubliés ici, mais la liste peut être très longue…) pour refuser la loi El Khomri et le monde qui va avec, la CGT, mue par ses forces conservatrices, choisit une autre voie : la sienne propre.

    Le syndicat se revendique pourtant une force de transformation sociale, alors il faut que ses dirigeants se posent la question de comment mieux opérer la jonction avec les forces contestataires et d’écouter même (et surtout) celles les plus en colère. Ce n’est pas en s’opposant à elles qu’elle gagnera la bataille contre la loi Travail, et bien d’autres batailles encore à venir qui peuvent, c’est vrai, la bousculer dans son héritage productiviste et pour la défense d’une industrie qui doit elle aussi évoluer face aux enjeux démocratiques et environnementaux.

    Je suis syndiqué CGT parce que c’est un des rares syndicats qui n’est pas encore vendu au capital, capable encore de résister aux forces patronales très puissantes et de la finance. Cette force syndicale est indispensable, sans quoi la casse parmi les salariés serait plus terrible encore. Mais pour que le syndicat garde ses adhérents et qu’il en gagne plus encore, il doit se mettre à l’écoute et rester solidaire des citoyens ou des représentants de la société civile, qui sont tout autant, et voire plus encore pour certains, révoltés par l’idéologie néo-libérale en train d’emporter toute notre humanité.