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Le manifestant éborgné a porté plainte, décidé à «ne rien lâcher»

Khomri Violences-Policières

Brève publiée le 21 septembre 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Mediapart) Blessé à l’œil jeudi lors de la manifestation à Paris, Laurent Theron a été entendu samedi matin par l’IGPN. Son syndicat, Solidaires, dénonce « une nouvelle doctrine du maintien de l’ordre depuis la loi Travail, qui vise à faire peur aux manifestants ».

Laurent Theron, le syndicaliste éborgné par une grenade lancée vraisemblablement par un CRS jeudi dernier lors de la manifestation contre la loi sur le travail à Paris, a porté plainte samedi matin auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices. Selon son syndicat, Solidaires, qui a tenu une conférence de presse mardi après-midi, une dizaine de personnes ont déjà été entendues. Tous les témoignages concordent : c'est bien un projectile lancé depuis un cordon de CRS avançant sur la place de la République qui a gravement blessé à l'œil le militant de Sud Santé Sociaux. 

Opéré à l’hôpital Cochin, son œil n’a pu être sauvé. À sa plainte, déposée pour « violence volontaire par une autorité publique ayant entraîné une infirmité permanente », Laurent Theron a joint un certificat médical qui indique une « perte irréversible de la vision ».

Éric Beynel, porte-parole de Solidaires, Nicolas Guez, de Sud Santé Sociaux, syndicat dont faisait partie Laurent Theron, et Me Julien Pignon, son avocat, ont tenu mardi 20 septembre une conférence de presse au siège de Solidaires à Paris.

Éric Beynel a insisté sur l’état d’esprit de Laurent Theron : ce dernier est « d’humeur combative », il a voulu rendre son cas public « pour que ça ne se reproduise plus » et décidé de « ne rien lâcher »

Les trois hommes présents à la conférence de presse sont également revenus sur le déroulé des faits, avec deux vidéos à l’appui. On y voit clairement que des manifestants se trouvent place de la République mais que le « calme règne », qu’il n’y a pas de« mouvements de foule ». Il est 16 h 30, dans le fond d’une des deux vidéos, on voit que des ballons rouges des syndicats sont encore en train d’arriver sur la place de la République. Il n’y a pas d’invectives à l’encontre des forces de l’ordre sur place, ni de slogans criés à cet instant précis. La distance entre les forces de l’ordre et les manifestants est assez importante et il n’y a pas de contacts. Soudain, un cordon de CRS décide d’avancer sur la place, on aperçoit alors une explosion au loin, avec un peu de fumée qui se dégage. Les cameramen avancent et Laurent Theron est à terre. 

Il a fallu « une heure pour que Laurent Theron soit pris en charge », a insisté Éric Beynel, et encore a-t-il fallu « qu’il insiste lourdement »

Laurent Theron jeudi dernier à Paris © DR 

Laurent Theron jeudi dernier à Paris © DR

Me Julien Pignon est ensuite revenu sur l’enquête elle-même. Rien n’indique pour l’instant la nature du projectile qui a blessé le syndicaliste. Il pourrait s’agir d’une grenade désencerclante ou bien d’une grenade lacrymogène. L’objet a été lancé en cloche, selon plusieurs témoignages.

Ce genre de lancer est proscrit pour les grenades désencerclantes mais pas pour les grenades lacrymogènes. S’il s’agit en revanche d’une grenade lacrymogène, celle-ci aurait été défectueuse, étant donné qu’aucun gaz n’est diffusé à la suite de l’explosion.

Dans tous les cas, a insisté l’avocat, les CRS n’étaient pas menacés au moment du lancer. Ce sont même eux qui avançaient. Or, dans la doctrine du maintien de l'ordre, les forces de l’ordre sont censées avoir un usage proportionné de leur force. En tout état de cause, a souligné Éric Beynel, l’IGPN devrait avoir accès rapidement aux images des nombreuses caméras de surveillance qui se trouvent sur la place.

Dix personnes environ ont déjà été entendues par la police des polices, d’autres auditions devraient encore suivre. 

Le syndicat Solidaires compte également souligner par cette affaire la répression violente qui s’est abattue sur les manifestations contre la loi sur le travail depuis le début du mouvement. « La proportionnalité d’usage de la force n’est pas respectée », a estimé Éric Beynel. « On assiste à une nouvelle technique du maintien de l’ordre qui vise à faire peur aux manifestants, à les dissuader d’aller dans la rue manifester », a-t-il ajouté. « Le 1er mai par exemple, juste devant le carré syndical, on a vu des grenades désencerclantes lancées en cloche sur des manifestants nassés », a-t-il encore indiqué. « La loi Travail a donné lieu à une répression policière comme jamais on n’en a connu », a déclaré Nicolas Guez. 

Solidaires va sans doute préparer une saisie du Défenseur des droits. Celle-ci ferait suite à celle déposée par le collectif Stop violences policières, qui a déjà déposé 68 réclamations en août dernier.