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Se disant victime de violences policières, un enseignant de Paris-1 porte plainte

Violences-Policières

Brève publiée le 26 septembre 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Mediapart) Guillaume Vadot a publié vendredi un témoignage anonyme sur un contrôle d'identité qui a mal tourné pour lui jeudi soir. Les faits qu'il décrit – des violences verbales et physiques, des menaces de viol et de mort – l'ont poussé à prendre un avocat. Une plainte devait être déposée mardi. Le défenseur des droits devrait être saisi.

Le message a commencé par faire le tour des réseaux sociaux : Facebook, Twitter. Christian Salmon, blogueur sur Mediapart, l’a republié sur son blog. Vendredi 23 septembre, le témoignage anonyme d’un homme présenté comme « enseignant à Paris-1 » faisant état de violences policières s’est répandu comme une traînée de poudre.

Le lieu, « une gare de banlieue », la date, « en fin de journée », de même que l’anonymat de l’auteur et surtout l’intensité de la scène décrite – un contrôle d’identité par deux policiers qui finissent par insulter, menacer et même violenter la victime – ont pu faire douter du témoignage. Lundi après-midi, Guillaume Vadot, jeune enseignant-chercheur, a mis fin au début de polémique en convoquant la presse dans les bureaux de son avocat, Slim Ben Achour, situés dans le VIIIe arrondissement parisien.

C’est son témoignage qui a circulé depuis vendredi. La scène a eu lieu jeudi soir devant la gare de Saint-Denis. Son avocat a annoncé qu’une plainte, en cours de rédaction, serait déposée mardi auprès du procureur de la République de Bobigny pour « abus d’autorité, violences policières, agressions sexuelles, menaces de viol et de mort, injures, et vol de cigarettes ». 

Au cours de cette conférence de presse, Guillaume Vadot est d’abord longuement revenu sur les faits. Au moment de sortir de la gare, l’enseignant et une personne qui l'accompagnait entendent les cris « stridents » d’une femme d’environ 45 ans, menottée et tenue contre le mur à l’extérieur de la gare. « Un réflexe relativement banal », selon Guillaume Vadot, le pousse à filmer la scène, d’abord depuis l’enceinte de la gare, à travers des barreaux. Mais un policier lui demande alors de sortir, expliquant qu’il n’est pas autorisé à filmer dans la gare. L’enseignant s’exécute et entreprend de filmer à nouveau la scène depuis l’extérieur.

Selon ses dires, l’opération de police en cours fait intervenir une trentaine de membres des forces de l’ordre. Certains sont occupés avec la femme, d’autres forment un cordon pour repousser les badauds. Soudain, un policier lui demande d’éteindre son portable et de le suivre pour un contrôle d’identité. Guillaume Vadot est alors maintenu par deux policiers en tenue, à quelques mètres de la scène qu’il filmait précédemment. « Juste devant une porte verte où se trouve une caméra de surveillance, si bien que je ne sais pas si la scène qui me concerne a pu être filmée », a-t-il précisé lundi.

De gauche à droite : Me Slim Ben Achour, Guillaume Vadot et Johanna Siméant, sa directrice de thèse © CG

 De gauche à droite : Me Slim Ben Achour, Guillaume Vadot et Johanna Siméant, sa directrice de thèse © CG

Les événements vont alors dégénérer, selon son récit. Les deux policiers lui attrapent chacun un bras, le lui tordant dans le dos pour le maintenir ventre et tête contre la porte. On lui prend son téléphone portable. « Les policiers m’ont dit : “Tu as voulu jouer avec la police, maintenant on va jouer avec toi.” Ils m’ont traité de pédé, m’ont menacé de “me crever là dans les 10 minutes”. Un agent avait une main sur mes fesses et m’a menacé de me violer. Ils ont ensuite parlé de Daech. »

Selon l’enseignant, les policiers l’accusent en effet de soutenir Daech : « Quand ils vont venir tu feras quoi ? Tu vas les sucer ? », lui auraient-ils demandé. La suite de la scène est décrite dans le billet anonyme posté vendredi : « Ils ouvrent mon sac et prennent mon portefeuille, le vident dans mon dos. Ils me prennent mes clopes en me disant de m’asseoir dessus. Ils trouvent ma carte de prof précaire à la fac. “T’es prof ? Quand l’État islamique viendra à la Sorbonne tu vas les regarder en te branlant ?” Celui de gauche : “Regarde-moi sale pédé. Sale pute. Tu habites là-bas hein ? (il montre mon immeuble). Je vais venir chez toi, je vais mettre une cagoule et je vais te violer.” » Guillaume Vadot affirme également avoir reçu une décharge de Taser au cours de ce contrôle.

La scène dure plus de dix minutes. Pour finir, un supérieur explique à ses hommes qu’ils doivent partir : « Le monsieur, il dégage », leur indique-t-il. Un des policiers demande pourtant son téléphone à l’enseignant, parcourt l’album photo afin de détruire les deux vidéos. « Il va même ensuite dans le dossier “photos supprimées” pour être sûr qu’elles soient détruites », a indiqué Guillaume Vadot lundi. Les deux vidéos ont cependant pu être retrouvées, elles ont d’ailleurs été diffusées lors de la conférence de presse.

Le post Facebook de Guillaume Mazeau a été supprimé par Facebook 

Le post Facebook de Guillaume Mazeau a été supprimé par Facebook

Choqué, l’enseignant est ensuite parti vers son domicile. En chemin, il assure avoir rencontré un homme qui lui a expliqué avoir vu une scène similaire dans la matinée. Le témoignage diffusé vendredi a été rédigé jeudi soir. « Dès le vendredi matin, j’ai reçu des coups de téléphone de collègues enseignants, dont Guillaume Mazeau », a précisé M. Vadot. C’est ce dernier qui diffuse le témoignage sur Facebook. Le géant américain a d’ailleurs fait supprimer le post durant le week-end, en se référant aux « Standards de la communauté Facebook »…

L'enseignant est allé voir un médecin vendredi, qui n'a pas noté de lésions ni d'hématomes mais des douleurs articulaires. 

Lundi, dans le cabinet de son avocat, Guillaume Vadot, par ailleurs militant NPA, a cependant voulu aller plus loin qu’un simple témoignage : « Ce qui m’est arrivé est banal, ce n’est pas banal que ça soit arrivé à moi, jeune non racisé. Je témoigne pour dénoncer l’ensemble des violences policières qui touchent notamment les personnes racisées. » Son avocat, Slim Ben Achour, estime que cette affaire est « classique ». Pour lui, les policiers font de plus en plus en sorte de détruire les preuves de leurs contrôles illégaux. Or « le droit de filmer est un droit fondamental, selon l’avocat, en particulier eu égard aux circonstances, c’est même vital ». Le smartphone est en effet de plus en plus une « preuve essentielle » des violences policières, a fortiori, selon Me Ben Achour, depuis que François Hollande a abandonné sa promesse numéro 30, celle qui devait instituer« un récépissé de contrôle d’identité » pour lutter contre les contrôles au faciès. Un dossier que connaît bien l’avocat, puisqu’il a défendu des personnes qui tentaient de le faire imposer par la justice (notre dernier article sur ce sujet est ici).

Johanna Siméant, la directrice de thèse de Guillaume Vadot, était également présente lundi. Elle est venue témoigner du sérieux de son étudiant, mais aussi du fait que la communauté enseignante de la Sorbonne a été choquée par les propos d'un policier, tels que rapportés par M. Vadot : « On va venir à la Sorbonne, on va vous exterminer toi et tes collègues, sale gauchiste. » « Il faut aussi tirer la sonnette d'alarme sur ces propos », a-t-elle déclaré.

Alerté dès vendredi, le cabinet du ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a tenté de contacter Guillaume Vadot par l’intermédiaire de Guillaume Mazeau, de façon à lui communiquer les coordonnées de l’IGPN. Son avocat a précisé lundi qu’une plainte serait tout de même déposée auprès du procureur de la République de Bobigny. Le Défenseur des droits, qui a également la charge de la déontologie policière, devrait également être saisi.

Durant la conférence de presse, Guillaume Vadot a insisté sur le fait que son cas n’était pas isolé. Il a notamment cité la mort d’Adama Traoré, en juillet à Beaumont-sur-Oise dans le Val-d’Oise (que nous avons largement documentée ici ou encore ici), mais aussi les violences subies par le sociologue Nicolas Jounin lors du mouvement contre la loi sur le travail (notre article ici), ou encore le cas de Laurent Theron, ce syndicaliste éborgné lors de la dernière manifestation parisienne le 15 septembre dernier (notre article ici). Surtout, l’enseignant n’est pas parvenu à savoir ce qu’il était advenu de la femme, apparemment arrêtée jeudi soir. Un appel à témoignages a donc été lancé.