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La mesure du PIB chinois de nouveau remise en cause

Chine économie

Lien publiée le 5 octobre 2016

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.latribune.fr/economie/international/la-mesure-du-pib-chinois-a-nouveau-remise-en-cause-603005.html

La falsification des statistiques en Chine est un vieux serpent de mer qui refait surface régulièrement. Le professeur à l'université de Pékin Christopher Balding a ravivé le débat dans les colonnes de Bloomberg.

La mesure du produit intérieur brut (PIB) chinois est sujet à controverse pour les investisseurs et les économistes qui étudient la Chine. L'économiste et professeur à l'université de Pékin Christopher Balding a récemment relancé le débat dans une tribune sur Bloomberg, en commençant par se demander pourquoi cette controverse devait compter :

"Après tout, la Chine a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté durant ces dernières années pendant qu'elle construisait des infrastructures étincelantes qui pourraient rendre l'Occident envieux."

Il a ensuite poursuivi sur la remise en cause du taux de croissance évoqué par des experts :

"Officiellement, Pékin a connu un taux de croissance proche de 10% pendant plus de trois décennies mais de nombreux analystes indiquent que ces chiffres sont vraiment optimistes. D'autres doutent de l'intégrité des chiffres publiés par leur institut national de statistiques, le National Bureau of Statistics of China (NBSC)."

Le problème est que le PIB n'est pas simplement une mesure de la croissance. C'est un indicateur largement utilisé pour avoir une meilleure compréhension des tendances économiques, replacer les risques dans une perspective, prendre des décisions d'investissements et commerciales importantes. Ces doutes sur la mesure du PIB en Chine peuvent selon l'universitaire "créer des distorsions" dans la prises de décisions de certains dirigeants d'entreprises ou chefs d'Etat.

Si l'on prend l'un des indicateurs les plus observés tels que la dette en % du PIB, les chiffres officiels annoncent qu'elle a atteint 255% du PIB à la fin de l'année dernière. Mais dans l'hypothèse que le PIB actuel serait inférieur de 10 %, cela voudrait dire que la dette pourrait représenter 285 % du PIB selon le spécialiste. Cela a des implications pour les régulateurs et les investisseurs autour du monde. Des organisations comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque de règlements internationaux (BRI) qui surveillent le niveau des dettes auraient pu sonner l'alarme beaucoup plus qu'elles ne le font actuellement.

Des changements dans la mesure du PIB

Certaines annonces alimentent également le débat sur la fiabilité des statistiques chinoises. L'empire du Milieu a annoncé au début du mois de juillet dernier qu'il avait changé sa manière de calculer son produit intérieur brut. Le NBSC a ainsi expliqué sur son site qu'il avait utilisé une nouvelle méthode destinée "à mieux refléter la contribution de l'innovation à la croissance" comme le rapporte l'AFP. En  clair, les dépenses de recherche et développement (R&D) pourraient être comptabilisées comme une part du capital fixe et non comme une consommation intermédiaire. Ce nouveau mode de calcul mis en place depuis mi-juillet a été appliqué pour réviser les chiffres de la croissance depuis 1952. Rien que pour l'an dernier, la croissance aurait été gonflée de 120 milliards d'euros par rapport aux premières estimations.

D'autres changements méthodologiques étaient intervenus en septembre 2015, servant à calculer le PIB pour chaque trimestre indépendamment et non plus sur le cumul depuis le début de l'année. Ce qui avait entraîné des révisions partielles. Enfin, le chiffre du PIB publié à la fin de chaque trimestre ne correspondrait pas au total des chiffres sur le PIB de chaque province.Tous ces éléments renforcent ainsi la suspicion sur la qualité des statistiques officielles chinoises.

Dans une revue de l'école nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE) publiée en 2012, le chef du service économique au consulat général de France à Hong Kong et Macao Stéphane Cieniewski n'annonçait pas d'amélioration à court ou moyen terme.

"La fiabilité des statistiques chinoises reste bien loin des niveaux qu'on serait en droit d'exiger de la part de la seconde économie mondiale et rien ne permet de penser que ce décalage pourra être rapidement résorbé, tant il est lié à l'avancement de réformes structurelles très profondes (décentralisation fiscale, unification du marché du travail, élimination du biais en faveur des entreprises publiques."

Selon cet expert, la solution pour mettre fin à la falsification des chiffres qui serait née "de la divergence d'intérêts entre la bureaucratie centrale et la bureaucratie locale" viendra de l'économie elle-même et plus précisément dans "le rééquilibrage du processus de décentralisation administrative [...]la seule manière d'éradiquer complètement la falsification statistique consiste à aligner les intérêts du centre et de la périphérie".

Quelques années auparavant, le Premier ministre actuel Li Keqiang, qui était à l'époque chef du Parti communiste de la province industrielle du Liaoning, avait reconnu en 2007 que les chiffres du PIB étaient "fabriqués artisanalement" selon un document révélé par Wikileaks. La polémique n'est pas prête de s'éteindre.