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Inégalités salariales hommes-femmes: 15% ou 64%?

féminisme

Brève publiée le 8 novembre 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Par Piketty

http://piketty.blog.lemonde.fr/2016/11/07/inegalites-salariales-hommes-femmes-19-ou-64/#xtor=RSS-3208

La France se mobilise aujourd’hui pour dénoncer les inégalités salariales entre les sexes. Le chiffre du jour est 15%, qui est une estimation de l’écart salarial moyen entre hommes et femmes pour un même emploi occupé. Autrement dit, c’est comme si les femmes travaillaient pour les hommes à partir du 7 novembre 16h34. Aussi emblématique soit-il, ce chiffre ne doit pas faire oublier que les choses sont en réalité bien pires que cela, car les femmes n’ont toujours pas accès aux mêmes emplois que les hommes, loin s’en faut.

Commençons par examiner l’évolution du rapport entre le revenu du travail moyen des hommes et femmes (tous emplois confondus, et en incluant les personnes sans emploi) en fonction de l’âge en France en 2014. On constate que l’inégalité augmente très fortement avec l’âge, avec un rapport passant d’un peu plus de 1,2 en début de carrière à plus de 1,6 en fin de carrière.

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Autrement dit, autour de l’âge de 25 ans, les femmes travaillent presque aussi souvent que les hommes, et occupent en moyenne des emplois relativement comparables, si bien l’écart de revenu observé (25%) correspond grosso modo à l’écart salarial mesuré  à emploi équivalent (généralement entre 10% et 20%, suivant les estimations, d’où d’ailleurs une certaine confusion sur le chiffre du jour: 15% pour certains, 19% pour d’autres). Mais à mesure que les carrières progressent, les femmes sont moins souvent promues que les hommes sur les emplois les mieux rémunérés, si bien que l’écart s’envole avec l’âge: il dépasse 60% autour de 50 ans, et atteint 64% à la veille de la retraite. Ce graphique illustre assez clairement les limites du raisonnement « toutes choses égales par ailleurs » appliqué à l’inégalité hommes-femmes: certes pour un même emploi, de mêmes qualifications, l’écart est « seulement » de 15% ou 20% (ce qui est déjà considérable); mais le fait est que les femmes n’occupent pas des emplois « égaux par ailleurs ».

On pourrait se rassurer en notant que ce graphique illustre aussi le fait que les femmes des générations plus âgées (celles qui ont actuellement 50 ou 60 ans) avaient des carrières professionnelles moins continues que les nouvelles générations, et qu’elles souffraient davantage de discriminations professionnelles et de bais sexistes que les jeunes générations. Autrement dit, tout s’arrange progressivement, et il suffit d’attendre un peu pour que la courbe présentée plus haut s’aplatisse naturellement. Malheureusement, on risque de devoir attendre longtemps, comme l’illustre le graphique suivant, qui indique l’évolution de la part des femmes parmi les différents groupes de hauts revenus du travail depuis 1970:

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On constate que les femmes continuent d’être massivement sous-représentés au sein des emplois les mieux rémunérés. Un cas particulièrement extrême est celui des 1% des personnes les mieux rémunérées : la part des femmes a certes progressé au cours des dernières décennies, mais à un rythme extrêmement lent: entre 5% et 10% de femmes dans les années 1970, 10% en 1994, 16% en 2012. Si l’on poursuit l’évolution observée, alors il faut attendre 2102 pour atteindre la parité. C’est bien loin.

(les données complètes en format xls, issues de l’exploitation des fichiers de déclarations de revenus, sont disponibles ici; ces résultats sont issus de recherches menées avec Bertrand Garbinti et Jonhattan Goupille sur la dynamique des inégalités en France, dont une présentation plus complète est disponible ici)