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Algérie : Des émeutes, mais quelles perspectives ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://npa2009.org/actualite/international/algerie-des-emeutes-mais-quelles-perspectives
La loi de finances de 2017, concoctée par la tripartite kabyle 1, constitue une attaque supplémentaire et grave contre ce qui reste des acquis sociaux des larges masses et couches populaires algériennes.
Dès la divulgation de son contenu, durant sa phase de préparation déjà, des voix s’élèvent, dans la presse nationale mais surtout sur les réseaux sociaux, pour la dénoncer. Ce sont les petits commerçants – en voie de prolétarisation depuis la levée du monopole de l’État sur le commerce extérieur au début des années 1980, mais surtout après l’application du PAS au milieu de l’année 1994, ouvrant grandement la porte aux importateurs de tout acabit – qui ont pris de façon anonyme l’initiative d’appeler à une grève de cinq jours, du 2 au 5 janvier.
Cet appel fut largement médiatisé, à la fois par ses partisans et par ses opposants au premier rang desquels se trouve le patron de l’UGCA (Union générale des commerçants algériens). La désapprobation de la grève par cette tutelle des commerçants a produit l’effet inverse, mais ces derniers la maintiennent.
Contrastes et contradictions
Comme de tradition, le lumpenprolétariat de Bgayet (nom berbère de Béjaïa) ne rate aucune occasion pour crier sa rage contre le pouvoir en place, cause de tous ses malheurs. En effet, dès le début, d’ailleurs timide, de la grève des commerçants, le lundi 2 janvier, des jeunes et moins jeunes des quartiers populaires de Bgayet-ville, comme ceux des villages et quartiers d’autres localités (Aokas, Sidi Âich, Amizour, etc.) envahissent les rues et installent leurs barricades. Et l’intervention des forces de police attise le feu.
Mais comme le mouvement n’est pas organisé et loin d’être homogène, il est traversé par plusieurs contradictions. Ici, c’est un fourgon de police qui est complètement incendié par les émeutiers. Là, c’est un bus de transport public de voyageurs qui l’est aussi. Ailleurs, on vide la SNTA de tout son stock de tabac. Plus loin, un groupe s’attaque à BNP-Paribas. Et la nuit tombée, un autre groupe dévalise un grand magasin Condor. La direction de l’Éducation a été saccagée pour la énième fois. Une façon contrastée de cibler à la fois les biens publics (symbolisant l’État) et les biens privés qui renseigne sur la nature de l’événement. Nos jeunes camarades, en majorité étudiants, ont tenté, en vain, de donner un sens politique à ce mouvement et de l’organiser.
Un signe avant coureur ?
Même si la grève des commerçants a plus ou moins continué jusqu’au jeudi 5 janvier, les émeutes se sont essoufflées le même jour. Quelques échauffourées ont repris le lendemain en fin de journée, mais vite contenues par la police. Et, place à la répression, aux arrestations des voleurs et des émeutiers sans distinction, et à leur emprisonnement. Plus de soixante détenus ont écopé de peines allant d’une année à six ans.
Une fois encore, ces émeutes ont profité au pouvoir en place, le Premier ministre Sellal l’a annoncé en grande pompe. L’anonymat et l’apolitisme ne peuvent produire que la défaite. Aussi, en l’absence d’une vraie force politique de gauche, capable de (se) saisir (de) ce mécontentement, à même de le conscientiser, de l’organiser et de le matérialiser en un réel et large mouvement de lutte, ce sont les forces contre-révolutionnaires qui l’instrumentalisent pour avorter une vraie grève générale qui tracerait la voie salutaire vers le départ du pouvoir et du système en place.
Toutefois, la colère sincère des jeunes émeutiers est un signe avant-coureur qui augure d’une gestation d’une vraie révolution. À nous d’être conséquents.
De Bgayet, Mohand Amghar (Parti socialiste des travailleurs - PST)2
- 1.En effet, cette tripartite (véritable arme de la bourgeoisie algérienne militaro-rentière et mafieuse) est composée de « grands » Kabyles de services : Abdelmadjid Sidi Saïd (UGTA, syndicat maison), Ahmed Ouyahia (chef de cabinet de Bouteflika et secrétaire général du Rassemblement national démocratique) et Ali Heddad (FCE, patronat), le tout sous la chefferie du gouvernement d’un « petit » Kabyle (d’origine, dit-on...), Abdelmalek Sellal. Enfin, Med Larbi Ould Khelifa, un autre « grand » Kabyle, va porter cette loi de finances en sa qualité de président de l’Assemblée populaire nationale.
- 2.Titre et intertitres de la rédaction.




