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Le Papier Mâché, un restaurant-librairie autogéré (1978-1985)

autogestion

Brève publiée le 14 février 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.autogestion.asso.fr/?p=6665

papier-mache

Dans ce petit livre très vivant, l’auteur – qui fut l’un des principaux animateurs du Papier mâché dans le Vieux-Nice de 1978 à 1985 et le seul à y avoir été salarié de manière continue tout au long de cette expérience – insiste à juste titre sur le contexte local et national, et le lien entre le projet du Papier mâché avec les aspirations radicales de l’après-68 à vivre autrement, à mettre en pratique les principes d’autogestion, y compris dans la vie quotidienne avec le phénomène communautaire, élément-clé de la contre-culture des années 1960 et 1970 mais très largement ignoré dans le discours habituel de la gauche radicale elle-même sur l’après-68.

Le projet du Papier mâché – dont l’auteur est l’un des concepteurs – se veut « lieu d’animation et d’échanges, de réflexion et de convivialité de toute la mouvance d’extrême-gauche mais aussi de la population en général ».

L’articulation entre ce contexte et l’expérience du Papier mâché est présente dans la conception du fonctionnement de cette expérience : l’autogestion, les principes d’égalité salariale et de décisions collectives qualifiées de démocratie directe par l’auteur, la rotation des tâches même si celle-ci est compliquée dans sa mise en œuvre. Ces décisions sont prises par un collectif au fonctionnement régulier, associant les salarié-e-s du Papier mâché et plus largement celles et ceux qui se veulent partie prenante du projet. Les femmes y sont aussi nombreuses que les hommes – « le collectif est strictement paritaire sans que cela ait été recherché » – et une forte sensibilité féministe constitue l’un des éléments moteurs du  projet puis du collectif du Papier mâché. L’auteur ne dissimule aucunement les difficultés de ce type de fonctionnement collectif et autogéré, les tensions et les crises, mais sa conclusion est claire : globalement, ces tensions sont vivables et ces crises surmontables précisément parce qu’il existe un espace permanent d’expression et d’échanges qui seul permet de les limiter.

L’essentiel du livre, au-delà de l’évocation pertinente du contexte, est consacré au récit de l’expérience elle-même, et en évoque les différents aspects. On peut en retenir par exemple l’articulation entre l’activité de la restauration et ses succès, le caractère ouvert des embauches et de la participation sans condition de qualification, au contraire de la librairie centrée sur l’activité spécifique d’un salarié nécessairement qualifié, même si d’autres le relaient de temps à autre.

Concernant la librairie, l’auteur rappelle qu’avant sa mise en place, de vifs débats ont partagé le collectif du Papier mâché sur l’optique à prendre : librairie générale ou librairie militante ? Librairie populaire ou librairie élitiste ? Sur fond idéologique alors de « remise en cause des catégories académiques », c’est pourtant le pragmatisme qui prévaudra et une optique intermédiaire entre ces options de ces deux questionnements.

On peut encore en retenir les raisons du choix du statut juridique, celui d’une coopérative de consommation, cadre considéré comme le plus approprié au projet initial du Papier mâché. Le récit évoque aussi l’ouverture du projet à la projection de films, aux expositions avec les artistes locaux – et sous la bienveillance de Ben, présent à tous les vernissages – à la mise en route d’ateliers avec les enfants du quartier du Vieux-Nice où est situé le Papier mâché, à l’ouverture de salles de réunion parfois utilisées par la gauche alternative de ce temps.

L’auteur épingle en introduction les forces politiques de la gauche radicale et les travaux sur l’autogestion qui n’accordent qu’une faible place au « grand nombre de lieux de vie ou de lieux travail autogérés qui se sont créés à cette époque », à l’image du Papier mâché. Une critique qui sonne juste et qui appelle à faire toute la place qui leur revient à ces expériences riches et foisonnantes, largement oubliées ou passées sous silence alors qu’elles sont directement liées aux aspirations à l’autogestion, aux exigences d’un autre mode de vie et d’autres relations humaines et sociales qu’on peut commencer à construire et à pratiquer sans attendre le changement de société, même quand celui-ci apparaît nécessaire.

Une réflexion politique est nécessaire sur les traces laissées par de telles expériences et le lien, dans le sens d’une continuité et sous des formes différentes, qu’on peut établir entre elles et la diffusion continue depuis plusieurs années des expériences coopératives, de l’économie sociale et solidaire – en dépit de toutes ses ambiguïtés – et des aspirations toujours vivaces à vivre, à produire et consommer autrement, notamment dans les jeunes générations, que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural. Ces aspirations ne sont pas totalement ignorées dans le champ politique actuel, comme le montre dans une sorte de reflet déformé la prise en compte cependant bien réelle à gauche de la thématique écologiste.

Favoriser ces pratiques du passé, les faire connaître et les raccorder aux réalités du présent, n’est-ce pas aussi contribuer à faire la démonstration qu’une autre société est toujours possible, et préparer ainsi les ruptures nécessaires pour la société autogérée de demain ?