[RSS] Twitter Youtube Page Facebook de la TC

Actualités et analyses [RSS]

Lire plus...

Newsletter

Twitter

Protectionnisme et libre échange à l’heure de Trump

libre-échange protectionnisme Trump

Brève publiée le 17 février 2017

Tweeter Facebook

Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://www.anti-k.org/2017/02/11/protectionnisme-libre-echange-a-lheure-de-trump/

LR: Protectionnisme : Voici un sujet qui nous tient à cœur depuis longtemps, anti-k a collecté pas moins de 320 articles sur ce sujet, des articles liés à l’actualité, des analyses de branches et des articles de fond : http://www.anti-k.org/?s=Protectionnisme. L’actuelle campagne présidentielle va ré-armer ce débat, objet d’une vive controverse au sein de la gauche, dont les contours ne sont pas toujours limpides. Nous poursuivons le débat avec le texte d’Anne-Marie Chartier qui travaille en franche-tireuse et qui juge plutôt peu utiles dans ce type de débat chargé de beaucoup de procès, les textes à connotations universitaires! Elle répondra aux commentaires.

Anne-Marie Chartier le 05/02/2017

PROTECTIONNISME ET LIBRE ECHANGE A L’ HEURE DE TRUMP.

Fallait-il l’élection du fascisant Trump pour que ces questions difficiles soient discutées de la façon la plus pertinente ? Peut-être. Mais pertinente du point de vue de qui ? Du point de vue de la compétitivité des quelques lobbies dont on dira que celle-ci ne fait qu’exprimer l’avancée du progrès technique ? Ou du point de vue du porte-monnaie des consommateurs qui peuvent acheter ? Ou du point de vue de ceux dont l’emploi dépend temporairement des loobys ? Ou du point de vue des besoins humains de tous ? Mais dans ce dernier cas, qui décidera de ces besoins humains ?

Il faut dire de quel point de vue on se place. Pour défendre l’emploi aux USA, Trump a annoncé, entre autres aux ouvriers du Kentucky, qu’il allait faire mettre des droits de douane à hauteur de 30% du prix des autos, à tout véhicule acheté au Mexique. Ceci dans le but de faire rapatrier aux USA une partie de la production des automobiles. Et, relativement, cela a marché. Au moins temporairement.

Cela s’appelle établir des barrières douanières pour éviter une nouvelle l’hémorragie des industries automobiles à l’étranger, tandis que les automobiles arrivent bon marché de l’étranger.

Dans le nord de la France les industries du minerais de fer, de la métallurgie, du charbon, du textile, ont été liquidées sous l’effet de la concurrence des mêmes industries à l’étranger, et de l’industrie du pétrole, qui ont répandu en retour leurs produits à bas prix. Un chômage massif en a été le résultat. Les retombées en termes humains et politiques ont été considérables. Jamais les intéressés n’ont pu se saisir de ces questions, ils ont été mis devant le fait accompli.

Ces exemples sont intéressants car ils mettent en évidence qu’aux USA, en France (t en Europe), le choix de délocaliser ou de supprimer une industrie qui aurait dû être défendue du point de vue de l’emploi, venait des lobbies nationaux eux-mêmes.

Le protectionnisme ou le libre- échange sont en effet des politiques imaginées par des hommes du pouvoir, économique et politique. Dans le but d’investir là où le profit sera le plus élevé, face à une concurrence qui peut être dévastatrice pour les capitaux.

Ces choix ont porté les débuts du capitalisme. Tous libre-échangistes, tels furent les premiers manufacturiers anglais, les grands commerçants, les pionniers du commerce triangulaire, les agrariens de la production esclavagiste de sucre et de coton, les manufacturiers des villes portuaires du grand commerce, et leurs banquiers.

Ces politiques libre-échangistes furent à la base du colonialisme, de l’affrontement entre les Etats dominants et les régions dominées, des guerres civiles contre les populations autochtones, des guerres pour le partage du monde, et aujourd’hui des combats entre pays industriels de même capacité productive.

La riposte, quand elle était possible, fut partout l’organisation de frontières douanières, par exemple celles imaginés par l’économiste List en 1840 (Le Zollverein) autour des Etats allemands isolés, contre la Grande Bretagne décidée à y imposer ses produits, et à tuer l’industrie artisanale et le petit commerce, au nom du progrès, de la modernité, et à semer un chômage considérable.

Les défaites furent multiples. L’Inde, qui n’eût pas le temps de se défendre, fut contrainte au 18ème siècle d’abandonner toute son industrie de tissage du coton, fonctionnant avec des métiers à bras, qui faisait sa notoriété dans le monde entier. Elle fut inondée par les tissages venus des industries mécaniques de la GB ; le peuple indien tomba dans la plus ignoble des misères ; les paysans furent contraints de produire plus de coton que de riz pour les industries anglaises. Cela s’appela le progrès dans le libre- échange. En effet les métiers mécaniques présentent toutes les caractéristiques du « progrès » technique contre les métiers à bras !

L’Egypte tenta de résister, mais la GB bloqua tout commerce dans les ports égyptiens, par la méditerranée et la mer rouge, après 1840, pendant de longs mois, jusqu’à la capitulation de Mehmet Ali. Etc…

Il en fut ainsi dans le monde entier. Les vainqueurs furent les Etats européens, la GB au premier chef.

Aujourd’hui les mêmes questions resurgissent au sein même des pays industrialisés et sont portées par des nationalistes qui, sous couvert de protéger l’emploi contre les productions à bon marché venues de l’extérieur, veulent ethniciser leur Etat et en chasser les éléments impurs, en s’appuyant sur des populations ouvrières tombées dans la déchéance sociale, ou en voie de l’être. Une partie de la population se range dès lors derrière la bannière du protectionnisme, qui sauve leur emploi momentanément. C’est l’effet Trump aux USA.

Inversement des populations ouvrières produisant de l’acier en Chine, ou du textile au Bangladesh, au Vietnam, en Indonésie se rangent sous la bannière du libre-échangisme de leurs gouvernements pour pouvoir vendre en Occident, sous peine de voir leurs emplois disparaître.

Dans l’un et l’autre cas, il n’y a pas d’issue à terme pour les masses populaires, sauf dans la guerre.

Cependant une chose est sûre, et même si Marx doit se retourner dans sa tombe, on ne peut être libre-échangiste, car le libre-échange est la politique du dominant qui doit écraser le dominé. Les marchandises qui circulent dans ce cadre, ne relèvent pas d’une circulation libre et démocratique, c’est tout le contraire.

Bannir le libre- échange, revient donc à dire que les frontières doivent s’interposer contre la libre circulation des marchandises, en vue de les refouler car elles détruisent les marchandises locales….Mais quid de ceux qui vivent de cette destruction ?

Avant d’aller plus loin, qu’est-ce donc que ces marchandises qui circuleraient librement en si grand nombre qu’elles seraient des facteurs de destruction ?? Sont-ce des bananes, des oranges, des épices qui viennent agrémenter l’ordinaire des populations qui ne peuvent en produire ? Si ce n’était que cela, où se trouverait ce facteur de destruction ?

Il s’agit en fait de marchandises produites volontairement en excédent, qui doivent se substituer aux productions locales, en vue de s’approprier un marché par la force, dans le cadre d’une politique planifiée, agrémentée par des escouades de policiers ou de soldats, pour faire de l’argent. Quand le pays visé en a la force, sous la pression des populations, il crée des droits de douane pour refouler ces marchandises. Cela s’appelle donc le protectionnisme. Ce système s’appuie nécessairement sur un gaspillage important de marchandises, puisque certaines doivent rendre d’autres inutilisables, au point où il faudra les détruire.

Ce couple libre-échange/protectionnisme est capitaliste par essence. Il est fondé sur une surproduction intentionnelle, qui doit être à bas prix, en associant bas salaires et innovations, dans des emplois non garantis.

Il ne fonctionne pas de façon spontanée, il est agi historiquement d’abord par des marchands qui veulent faire fructifier un capital et prendre du pouvoir dans un périmètre défini, puis par les industriels capitalistes. Cette surproduction n’est pas une conséquence fatale d’un capitalisme qui impose ses lois face à l’impuissance générale, il est agi par des classes sociales (bourgeoisies et propriétaires fonciers) en pleine connaissance de cause.

Ces questions intéressent-elles les masses populaires ?? Oui, et au premier chef. Mais reste à savoir comment les poser correctement de leur point de vue. C’eût été le travail d’une internationale des travailleurs et des peuples, laquelle a été soigneusement écartée au début du 20ème siècle, au profit de dictateurs prétendant cependant agir pour les masses populaires ! Les difficultés de compréhension actuelles viennent pour partie de là.

C’est ici que l’intellectuel honnête doit remplir sa mission, si tant est qu’il en ait une…

De ce point de vue, il faut revenir à l’exemple des industries automobiles aux USA. Car on y trouve un comble de stratégie ignominieuse vis-à-vis de populations séduites, de longue date, par la marchandisation, et par un statut et un standing de vie du travailleur américain octroyé, où la possession de la voiture joue un rôle non négligeable.

Les grandes sociétés automobiles américaines (GM, Ford, Chrysler…) et les manufactures diverses et variées, se sont construites aux USA fin 19ème siècle et au début du 20ème siècle dans un monde capitaliste largement protectionniste au départ (sauf la GB qui se servait du libre-échange comme d’une voiture bélier), et ont fait l’apogée de ce pays. Puis sous l’effet de la concurrence, ces mêmes sociétés ont créé, avec l’appui des gouvernements successifs, ce qu’on a appelé les« Maquilladoras » (entreprises maquillées) au Mexique, pas moins de 41 groupes d’industries, directement derrière la frontière américaine, d’est en ouest, de Brownsville à San Diego, pour profiter de l’absence des taxes, et des bas salaires des ouvriers mexicains.

Elles ont en même temps construit un mur de ferrailles de 1130 km, à l’époque des Bush (quand on démantelait le mur de Berlin..) puis Obama, pour empêcher les mexicains d’entrer aux USA. Aujourd’hui Trump veut faire un mur en béton de 3200 km….

Liberté de circulation des marchandises, interdiction de cette même liberté pour les populations, ainsi va la liberté du commerce.

Les ouvriers mexicains devaient soit fabriquer des pièces automobiles, soit les assembler, pour que les voitures ainsi produites soient vendues pour 70% d’entre elles aux USA même, à bas prix, sans droits de douane. En même temps en 1994, les USA signaient avec le Mexique et le Canada un traité de libre-échange, à sens unique et bien ficelé pour que n’entrent aux USA que ce que les grandes sociétés désiraient, et pour que le marché mexicain soit inondé de produits agricoles identiques à ce qu’il produisait, en vue de détruire la production locale…. Génial n’est-ce pas ? Les USA exigeaient également la modification des lois sur la terre au Mexique qui interdisaient de céder celle-ci à des étrangers, ainsi que son sous-sol, comme dans maints pays où la possession collective avait eu un sens dans le passé (Japon, Brésil, Afrique….). Ceci dans le but de prospecter librement et de se livrer à l’extractivisme. Sauf que les populations locales ne se sont pas laissé faire.

Il n’a pas échappé aux ouvriers américains que cette politique équivalait à des délocalisations et faisaient perdre des emplois aux USA même. Et il n’a pas échappé aux ouvriers mexicains qu’ils étaient sous-payés dans les maquilladoras, d’où leurs tentatives en continu d’entrer clandestinement aux USA. Des travaux importants ont été faits sur cette question.

A noter que si les mafias de la drogue se développent tant au Mexique, c’est sans doute la contrepartie délétère d’une situation pourrie où à la place de la solidarité entre les travailleurs américains et mexicains, la situation n’offre que le poison et l’assassinat.

On n’a encore jamais vu les masses ouvrières des deux pays unir leurs efforts pour agir en commun, de part et d’autre de la frontière, mais pour demander quoi ?? Des salaires équivalents des deux côtés de la frontière ? Cela nécessite de poser la question des maquilladoras et du mur !

Pourraient-elles demander une juste répartition des emplois entre les deux pays ?? Or ce sont des emplois d’industries d’exportation qui ne trouvent avantage à être au Mexique qu’en raison des bas salaires….. Les exportations se dirigent principalement aux USA mais aussi dans tout le continent et hors du continent : on trouve en effet les sociétés Nissan, Fiat Chrysler, BMW, Toyota, Volkswagen, Mazda, Honda, Daimler, Audi, et GM et Ford, qui veulent participer à la fiesta des bas salaires.

Les ouvriers devraient-ils se faire les gestionnaires de la politique automobile et de la concurrence entre groupes ? Sachant que par définition les industries d’exportation de n’importe quel type de marchandises sont en surproduction… Non pas les gestionnaires, mais ils pourraient demander l’ouverture des livres de compte, et poser des questions sur ce monstrueux gaspillage de productions de voitures ??

Encore une fois l’absence d’une solidarité ouvrière organisée, pour des objectifs simples : des emplois pour des productions utiles avec des salaires semblables… est un terrible manque ; tandis que le silence actuel sur ces questions exprime à quel point des travailleurs en général ne contestent pas le système de la marchandisation, aliénés qu’ils sont, par l’espoir de dépasser individuellement leurs conditions sociales.

On a pris l’exemple de l’industrie automobile qui est le pire exemple qui soit.

On pourrait prendre l’exemple de l’énergie eu Grèce. Deux entreprises publiques DEI dans l’électricité et Desfa dans le gaz sont en position de force pour produire et gérer presque la moitié de l’énergie utile pour les consommateurs grecs. Leur permettre d’investir dans des énergies renouvelables semblerait relever d’une rationalité conforme aux besoins de ceux-là. Mais c’est sans compter sur le gendarme européen qui exige la « dérégulation », la mise en concurrence avec des entreprises étrangères, françaises, allemandes, italiennes….dans un libre- échange européen total. C’est ainsi que la production locale ne pourra être préservée, au nom d’arguments financiers et de profit, et au nom, de façon perverse, du « progrès » puisque c’est la France qui devrait intervenir pour les énergies renouvelables ! Les grecs pourraient demander à titre transitoire, des crédits pour leurs entreprises publiques pour mettre en valeur ces énergies…

Voler ou détruire une production locale, ou agir pour que celle-ci ne puisse se développer, au profit des vampires étrangers, aboutit à interdire l’expression des travailleurs et consommateurs concernés, ou à la rendre très difficile. Ou aboutit à opposer les travailleurs entre eux..

Il est absolument nécessaire de protéger par des lois la production locale jugée utile. Mais cela ne peut se faire qu’au cas par cas, et nécessite que les populations se saisissent de leurs propres problèmes, définissent ce qui leur est utile pour vivre et travailler, dans le cadre d’un appel aux populations voisines pour qu’elles fassent de même. Cela suppose qu’elles puissent s’élever avec force contre la surproduction organisée, dans tous les domaines pour détruire le tissus social et produire la guerre civile.

Jusqu’ici les populations résistent à la guerre civile et aux pogroms, vers lesquels on les pousse, mais elles n’en viennent pas à s’interroger sur la nature des productions elles-mêmes.

Les licenciements dans la dernière usine de production de cigarettes à Riom, ou ceux programmés à Amiens dans une usine de sèche-linge qui doit partir pour la Pologne, pourraient être l’occasion d’un questionnement d’ampleur. Quels emplois pour quelles marchandises ? Quelles productions utiles délaissées à protéger, ou inutiles à abandonner ? Quelles surproductions à rejeter ? De quoi serait faite une solidarité entre travailleurs, et entre populations ? Et en attendant ? Les capitaux placés dans les banques devraient couvrir tous les salaires.

AMC le 5-2-17