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Le rajeunissement de la bourgeoisie française

Brève publiée le 18 mai 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://proletariatuniversel.blogspot.fr/2017/05/le-rajeunissement-de-la-bourgeoisie.html

« On m'a souvent laissé pour mort ».

Johnny Hallyday (Flash Back tour 2006)

« Si les élites ne font que se parler à elles-mêmes, une des raisons en est qu'il n'existe pas d'institutions qui promeuvent une conversation générale, transcendant les frontières de classe ».

Christopher Lasch (La révolte des élites et la trahison de la démocratie, p.125)

Pour que le fin et élégant sondologue Brice Teinturier, fils du célèbre chirurgien Pierre du même nom1, pionnier dans la prothèse de la hanche, prédicateur infaillible du dernier résultat électoral, adresse sur une radio quelconque une supplique au gamin élu à l'Elysée en se basant sur les analyses de Christopher Lasch, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume du Danemark et de la francophonie.

Electeur lambda tu es le roi des cons. Electrice lambda tu es la reine des connes. Bien sûr vous avez empêché une gourde incapable d'accéder aux ors de la République, et, croyez-vous, avoir repoussé un fâchisme imaginaire et récurrent dans la manip de gauche bourgeoise et néo-stalinienne, dès lors que vous avez bêtement adoubé un condensé d'exploiteur bourgeois de première classe pourrie. Mais en élisant sur un plateau de milliardaires – Macron est un vulgaire produit de l'élite financière 2- le candidat de la mondialisation heureuse et de la finance perverse, vous lui avez donné blanc seing pour décider à sa guise au profit de l'élite « diplômée ». C'est ce que regrette l'aimable Brice Teinturier, que les élites bourgeoises classiques aient été remplacées par les élites du diplôme, sans changer d'un iota leur mépris pour les dites masses (multitude en version moderniste), le peuple au demeurant, selon cet observateur de la comptabilité orwellienne d'un électorat figé et millimétré aux besoins du pouvoir.

Le fils Teinturier3, promu grand prêtre de l'électologie, n'en reste pas moins un lecteur superficiel de Lasch, et un énième courtisan de Macron, qu'il appelle à plus de considérations pour les « exclus du système »4, sans supputer un réel chambardement à la révolution encravatée (costard à 600 euros).

Lasch, mieux que les Debord et Bourdieu ou les minorités de la « gauche communiste », avait très bien vu le processus pathologique sous-jacent « à la base », au plan « local » – qui reste obscur pour les perroquets d'un marxisme rigide et bègue - qui conditionne la soumission électorale, initié par la démocratie américaine : « Les institutions municipales rattachent les communautés de quartiers, qui sont fondées sur des liens ethniques et familiaux et qui ont par conséquent un très fort esprit de clocher, à la culture impersonnelle du monde extérieur »5. Comme Hollande en 2012, la bande à Macron a joué largement sur le clientélisme communautariste, patriotique et islamophile.

Les meetings bourgeois ne sont pas ringards ; ils irradient grâce aux diverses assocs collaboratrices. Ils gonflent le bouche à oreille jusqu'aux cours d'école. Les prestations télévisées ne suffiraient pas à cet entregent pas si vieillot que ne le croient les résidus d'un militantisme erratique et errant du milieu maximaliste marxiste pur comme la meilleure lessive bio. C'est sur « le terrain » que la bourgeoisie répand son idéologie simpliste : votez et nous nous occupons de vous gouverner ! On s'en souviendra, nous les révolutionnaires galeux et solitaires, c'est dans la rue et dans des réunions publiques dans des locaux institutionnels qu'on établira et discutera de la destruction de cette société bourgeoise plus si jeune qu'elle ose le prétendre avec ses vieilles barbes et ses jeunes perroquets.

LA FUITE DES CERVEAUX DE DROITE...

Tout était cuit d'avance et filtrait via les médias à la botte, comme pour mieux se foutre de notre gueule et de nos désirs d'en finir avec ce monde de nullités mondaines et d'apaches chansonniers. Si tous les ânes s'appellent Martin... C'est à un Martin élitaire et hyper-individualiste qu'échoit la noble fonction de premier commis d'Etat. Le type il déclare d'emblée : « je suis un homme de droite » aux ordres d'un « banquier technocrate », promoteurs des autocars de merde. Et merde à toi électeur de gôche qui croyait avoir voté contre le fâchisme et filou Fillon ! Le mec, 1M94, adepte des sports de combat, ex-rocardien est typique du rajeunissement bourgeois, barbe en plus pour limiter la calvitie : je retourne ma veste et je vous emmerde !

Brillant n'est-ce pas ? Un énarque lui aussi, dans les quinze premiers de sa promo. Un qui avait failli en venir aux mains avec le petit Sarko. Il a tout de suite séduit Macron et sa maman. Il a renâclé lorsqu'il lui a fallu rendre compte de son patrimoine. Bourgeois atypique mais typique quand même le nouveau premier commis d'Etat. Mais il est capable d'amabilités, comme le soulignait l'iconoclaste amerloque Lasch : « Le culte (…) de l'amabilité cache sans la supprimer une compétition meurtrière pour l'acquisition de biens ou de postes ; au contraire, cette compétition est devenue plus sauvage à notre époque de désenchantement »6. Un coup de latte par ci ou par là comme toute racaille dans son club de kick boxing. La politique est un sport de combat ; Bourdieu l'avait constaté mais il ne cassait pas des briques.

Le renouvellement, la « révolution » macronienne, c'est le carburant de la mondialisation heureuse, des banksters aux dents longues, des maquereaux de Taïwan et de Vierzon, de la pourriture municipale de base hollandaise aux personnalités hiérarchiques de la « société civile ». La nomination des nouveaux promus gouvernementaux a été l'objet d'un tel marchandage (classique!) qu'il a fallu remettre au lendemain la liste des ministres intérimaires jusqu'aux fatidiques élections parlementaires de la mi-juin, de peur que les policiers de médiapart et du Canard ne révèlent des fortunes cachées des édiles « renouvelés » de la République bourgeoise (complexe Cahuzac)7.

TRANSGRESSION EN MARCHE VERS... LA DROITE COLLABO MONDIALISTE

Moyenne d'âge des « djeuns » du « nouveau » gouvernement en transition vers la « révolution » macronienne : 55 ans ! Colomb et Le Drian 70 piges. Bayrou est plus jeunôt de cinq ans . La bourgeoise gauche convenable et antifachote dira que l'expérience a été jointe à des énergies « neuves ». Mais foin du bla-bla gauche-droite à la manière du pitre égocentrique Mélenchon, le cœur du « changement révolutionnaire » reste de bien faire appliquer la « loi travaille » et « ferme ta gueule », voire par ordonnances du gamin de l'Elysée. Ah pour une surprise, c'en est une. La bobologie enthousiaste a un écran illuminé pour y croire encore, comme le souligne l'attaché es écologie gogole, D. Cohn Bendit, la nomination (provisoire) du « pape » de l'écologie, le journaliste aérien et pingouinphile Nicolas Hulot.

Néanmoins, la Bourse, qui ne ment jamais elle, a fait chuter la valeur EDF et Areva. Ce n'est pas pour rien que la bourgeoisie classique (Neuilly-Passy) appuyait Fillon, Areva et EDF sont LE POUVOIR industriel, « patriotique », dirai-je. L'écologie c'est la fraction bourgeoise pro-allemande et pro-US. La petite bourgeoisie électorale exprime le mieux la décomposition des ambitions nationales en se mettant au service du bloc dominant. Elle va aller de déception en déception, et il faut souhaiter que la bourgeoisie ne puisse plus gouverner comme avant car il ne suffit pas que ceux d'en bas ne veuillent plus.

Le mot patriotique, si désuet, est devenu un des faux nez de l'ordre bourgeois. Le gagneur Macron, comme cette pauvre Le Pen et la buse Mélenchon l'ont accordé à leurs violons électoraux mais chacun y met des épices différents. Le fait que les dites « classes moyennes » s'enthousiasment pour la fable du lutin Macron, sans épaisseur ni consistance, n'est pas tant une explication de la décomposition qu'une nouvelle volonté, médiatisée par les contrôleurs élitaires de la haute caste élitaire bourgeoise (oligarchie incontrôlable) de ridiculiser toute prétention du prolétariat à proposer un avenir à la société et à proposer une société sans compétition destructrice ni encouragement au suicide personnel.

Le petit fils d'un cinéaste lunatique et barbant risque bien de nous faire rire. Pendant l'entracte.

NOTES:

1Coucou Dr Hélène !

2Je ne cède aucunement à la démagogie dite populiste, car le soubassement de la « réussite » macronesque est indiscutable ; dans l'éloge médiatique perpétré sur TF1, le petit Macron à New York lors de la rencontre avec des « français de New York » est bien présenté comme venant recueillir des millions de dollars, convertibles en euros, pour assurer des meetings répétés et très coûteux, et très médiatisés. La preuve que le pognon pour vous faire voter ça marche à plein régime. Peuple vénal, tu as assisté à des meetings certes gratuits, mais tu t'es laissé corrompre par de belles promesses d'estrade. Un certain Lénine a écrit un jour qu'il n'était pas contre des élections démocratiques « pures », mais programme contre programme des divers candidats, sans aucun apport financier aux candidats ni ...temps d'antenne, que j'ajoute. C'est dans les OC mais je n'ai jamais réussi à retrouver ce texte d'un Lénine génial, certes encore en opposition, et qui n'eût jamais des pouvoirs régaliens comparables à ceux d'un Macron président élu par les moutons civils et totalement contrôlés dans le système monarchique des pays « développés ».

3 Teinturier peut faire référence à :

  • un métier : teinturier-dégraisseur, personne qui se charge de faire disparaître les taches des étoffes, des vêtements ; personne qui assure la coloration (teinture) des textiles, cuirs et peaux. 
  • à celui qui élabore, corrige, refond les œuvres littéraires auxquelles un autre met son nom (cf. nègre littéraire).

  • au raisin teinturier, raisin dont le jus est coloré ; à une famille de cépages, dont le nom provient du fait que les baies contiennent beaucoup detannins de couleur rouge, p.ex.

4La manipulation du prolétariat est plus complexe, d'abord en le niant sous couvert de l'intérêt général du peuple, même illettré et sans dents, et il y a un évident mépris de la « colère », lire cette intéressante interview in Libération :

5La révolte des élites, p.138.

6La culture du narcissisme, p.100. Lire, et se délecter du génial Christopher Lasch : « Le triomphe apparent du capitalisme américain laissait aux critiques de la société peu de sujets de préoccupations, sauf ceux concernant le déclin de l'individualisme et la montée du conformisme » (…) Dans les années 1970, période plus dure, il semble que ce soit la prostituée, plutôt que le VRP, qui incarne le mieux les qualités indispensables à la réussite dans la société américaine. Elle aussi se vend pour de l'argent, mais on ne saurait dire que sa séduction représente un désir d'être aimé (…) Elle exploite la morale du plaisir qui a remplacé celle de la réalisation de soi, mais sa carrière, plus que tout autre, nous rappelle que l'hédonisme contemporain, dont elle est le symbole suprême, ne prend pas naissance dans la poursuite du plaisir, mais dans la guerre de tous contre tous, dans laquelle même les rencontres les plus intimes deviennent une forme d'exploitation mutuelle » (…) La recherche d »un gain dans la compétition par la manipulation des émotions envahit aussi bien les relations personnelles que les relations de travail ; c'est pour cette raison que la sociabilité peut maintenant fonctionner comme une extension du travail, par d'autres moyens. La vie personnelle, qui n'est plus un refuge contre les frustrations et les chocs subis au travail, est devenue aussi anarchique, belliqueuse et éprouvante que la vie publique. Le cocktail réduit la sociabilité à un combat social. Certains experts écrivent des manuels tactiques sur l'art de survivre en société ; ils conseillent aux mondains, qui cherchent à imposer leur image de marque, de se placer dans une position dominante dans la pièce, de s'entourer d'un groupe loyal de fidèles et d'éviter de tourner le dos au champ de bataille » (…) « L'idée que le succès repose sur la manipulation psychologique et que chaque aspect de l'existence – y compris dans le domaine du travail – est centré sur la lutte pour avoir le dessus dans les relations interpersonnelles, jeu mortel qui consiste à intimider ses amis et à séduire autrui ». « mais cet hédonisme est une duperie ; la poursuite du plaisir masque la lutte pour le pouvoir. (…) Les verbes associés au plaisir sexuel sont plus suggestifs que de coutume lorsqu'ils ont trait à la violence et à l'exploitation psychique (…) C'est pourquoi les hommes, quel que soit leur âge, dépendent souvent des femmes, sur le plan tant matériel que psychologique (…) par certains aspects, la société bourgeoise américaine est devenue une pâle copie du ghetto noir, et l'appropriation de son langage peut paraître une illustration de cette mutation. IL n'est pas nécessaire de minimiser la pauvreté des ghettos, ni les souffrances que les Blancs ont infligées aux Noirs, pour voir que les conditions de plus en plus dangereuses et imprévisibles dans lesquelles vit la classe moyenne ont créé des stratégies de survie semblables à celles des Noirs. De fait, l'attirance que les Blancs aliénés éprouvent pour la culture noire, semble montrer que celle-ci s'applique à une situation générale, dont al composante principale est la perte de confiance en l'avenir, qui se rencontre aujourd'hui dans tous les milieux » (…) Un grand nombre de gens que l'on dit, par euphémisme, appartenir à la classe moyenne parce qu'ils vont au travail « bien habillés », sont maintenant réduits à des conditions d'existence prolétariennes » (p.104). Christopher Lasch ne fait ici que développer et actualiser le célèbre passage de Marx, que j'ai si souvent cité, du prolétaire dans sa maison de mort dont il lui faut payer le loyer.

7Jean Yanne, petit boutiquier râleur, n'avait pas que ce défaut, il voyait bien comment les élites s'auto-mystifient : « La manipulation des élites est encore plus facile que celles des masses » (cf . Les clefs de la manipulation ou comment faire de votre voisin de palier votre esclave dévoué, Larousse).