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Grève générale à Mayotte : les travailleurs imposent leur volonté aux bureaucrates

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Brève publiée le 9 octobre 2011

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

A Mayotte, une grève générale contre la vie chère paralyse le pays depuis 10 jours : manifestations, affrontements avec la police coloniale. La population est déterminée à obtenir satisfaction. Les bureaucrates syndicaux qui font tout mettre fin à la grève ont été contraints de faire marche arrière. Ci dessous quelques articles de presse.

http://www.malango-actualite.fr/article/mayotte__refus_du_protocole_par_la_population-7874.htm

Les représentants syndicaux et associatifs sont sortis vers midi d'une nouvelle séance de négociations pour présenter le projet de protocole qu'ils venaient de rédiger avec les représentants de l'état, du conseil général et les distributeurs. C'est non.

Au terme d'une nouvelle matinée de négociations, les représentants des syndicats et associations de consommateurs ayant déclenché la grève illimitée qui paralysie Mayotte depuis plus d'une semaine ont présenté le projet de protocole qu'ils venaient de rédiger à la population venue en masse sur la place de la République (parvis du comité du tourisme).

Devant le refus sans appel de la population des propositions qui leur étaient faites, les syndicalistes ont changé leur fusil d'épaule et ont, finalement, refusé également de signer le protocole qui avait reçu l'approbation de tous les participants.

Les pourparlers reprennent cet après-midi à 14h30 alors qu'une manifestation s'est immédiatement mise en place, dans le calme.

http://www.malango-actualite.fr/article/mayotte_subit_ses_10_jours_de_greve-7876.htm

A trop vouloir jouer avec le feu, on se brûle… C’est la leçon du jour que vont pouvoir méditer les syndicalistes. Car après avoir plus que mollement géré un mouvement dont l’ampleur les a servi pour donner du poids aux négociations, les leaders syndicaux n’arrivent plus à reprendre la main : après 22 heures de négociations avec le patronat et les représentants de l’Etat (préfecture et DIECCTE), une proposition dont ils étaient plutôt satisfaits en matinée a été rejetée par le millier de manifestants massés sur la place de la République.

Sans avoir ni dormi ni mangé, les leaders syndicaux, épuisés ont commenté à leur base, de manière factuelle, trop sans doute, les propositions nées de la concertation de la veille. Un tel investissement humain, tant de leur côté que de celui du patronat ou de l'État aurait mérité une plus large défense des avancées, et non une obéissance immédiate dès que quelques uns d’entre eux eurent levé le poing « on veut plus d’effort du côté de la grande distribution ». Boinali Said Toumbou (Cisma CFDT), bien qu’exténué, parvint pourtant à faire rassoir la foule de plus de 1000 manifestants qui écoutèrent de nouveau en silence, mais ne défendit pas assez vigoureusement certains prix qui pourtant ont bien baissé.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/07/mayotte-paralysee-par-des-manifestations-contre-la-vie-chere_1584235_3224.html

Mamoudzou, envoyé spécial - Les négociations ont été suspendues à Mamoudzou, vendredi 7 octobre, entre les représentants des manifestants et une dizaine de chefs d'entreprises de la grande distribution, après 26 heures non-stop, sous la houlette du préfet Thomas Degos.

Les avancées obtenues - la proposition de baisse des prix d'une dizaine de produits jugés de première nécessité comme le poulet, le riz, la farine, le lait, l'huile, mais aussi le sable, le ciment, le gaz, l'électricité… - n'ont pas suffit aux centaines de personnes rassemblées sur la place de la République, ainsi nommée lors de la création du 101ème département le 31 mars dernier.

Depuis la 1ère manifestation contre la vie chère du 21 septembre, à l'appel de l'intersyndicale composée de la CGT, CFDT, FO et deux associations de consommateurs, les rues de Mamoudzou, puis désormais de toute l'île sont paralysées. Les négociations ont été entamées le 29 septembre, après des échauffourées la veille, et depuis se poursuivent à un rythme intense, sans succès. Les barrages paralysent désormais toute l'île.

LE POIDS DU SECTEUR PUBLIC

Car le problème est plus profond. Dans ce nouveau département, le salaire minimum a doublé en 7 ans, pour atteindre 80 % du smig net, tandis que les prix ont augmenté de "seulement" 40 % sur cette période. Mais seules 30 000 personnes travaillent, sur plus de 200 000, et seuls 4 "revenus sociaux" sur 22 sont en place, avec le RSA prévu à 25 % seulement à partir du 1er janvier 2012.

Un "ancien" vit avec 150 à 300 euros par mois, les handicapés sont encore à l'abandon, un chômeur ne perçoit aucune allocation et chaque travailleur doit faire vivre plus de six personnes. Sur ce point, le jeune président du conseil général Daniel Zaïdani (centre-gauche) élu en mars dernier a encore demandé vendredi soir au gouvernement, lors d'une allocution télévisée très suivie sur les télévisions locales, que le taux de RSA versé à partir du 1er janvier prochain soit passé des 25 % prévus à 50 % du montant alloué en métropole.

A Mayotte, le secteur public occupe par ailleurs la moitié des salariés, mais les agents des collectivités locales sont à 80 % des agents de catégorie C. Ils ont été essentiellement embauchés pour des raisons familiales ou politiques, souvent à chaque élection, et ne sont pas capables d'assurer leurs missions. Cette situation a été assumée par les élus qui revendiquaient ces "embauches sociales", à défaut de toute autre prise en charge.

Le souci est que ces agents ont été intégrés dans la fonction publique territoriale lors du passage au département, la charge salariale a alors augmenté de 30 %. Le conseil général, les mairies et autres syndicats intercommunaux se retrouvent avec 80 % de leurs budgets en moyenne qui doivent servir aux frais de fonctionnement, essentiellement les salaires. Certains n'ont même plus assez de recettes pour couvrir leurs dépenses obligatoires. Ces instances ont alors sabré dans toutes les dépenses d'investissement, mais aussi tous les soutiens aux associations d'insertion, sportives, sociales, les activités culturelles, les aides à l'économie, d'où une raison de plus à la grogne actuelle.

LES COMMUNES SANS MOYENS

Le conseil général a ainsi renvoyé le Cirad et le Conservatoire national des arts et métiers ces derniers mois, faute de pouvoir assumer sa légère participation. Sur les dix-sept communes de l'île, une dizaine est actuellement sous tutelle, suite aux décisions de la Chambre régionale des comptes, et surtout le conseil général, dont le budget 2011 a été arrêté par le préfet il y a à peine deux mois et qui a accumulé un déficit qui se monte désormais à 65 millions d'euros.

Mayotte vit une transition, un changement de société, voulu par la population et rappelé lors du référendum de 2009 pour le département où le "oui" l'avait emporté à 95,2 %. Mais à défaut de fiscalité locale, les communes n'ont pas de moyens,. L'an passé, 46 millions d'euros d'investissements prévus n'ont même pas pu être réalisés, faute de compétences dans les services : 59 % des agents ont un niveau d'école primaire avait révélé une récente étude du CNFPT.

"Il faut qu'il y ait des agents de catégorie A et B qui amènent une expertise financière et juridique", s'était même permis le préfet. L'investissement public est devenu très limité et les collectivités publiques ne peuvent même plus honorer les dizaines de millions d'euros de dettes qu'elles ont contractées auprès des entreprises locales, qui souffrent jusqu'à fermer. La situation est donc très difficile pour le nouveau département.

Un vrai plan de développement économique, avec un appui à la production locale, a bien été intégré dans les négociations, mais faute de moyens cet espoir risque de rester lettre morte. Le fonds de développement économique et social de 30 millions d'euros sur 3 ans, déjà prévu en 2001, devrait bien voir le jour, mais sera-t-il à la hauteur des espoirs du nouveau département qui a vraiment besoin d'un soutien fort de l'Etat ?

Le Pacte pour la départementalisation, transmis à tous les Mahorais par Nicolas Sarkozy, prévoit bien une mise à niveau "sur 25 ans", mais les Mahorais attendent un geste concret.L es négociations reprendront samedi, mais l'approvisionnement en carburant et en nourriture commence à poser de sérieux problèmes aux familles. Combien de temps l'île pourra-t-elle tenir ?