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    La CFE-CGC plante le patronat et François Hollande

    syndicalisme

    Brève publiée le 26 mars 2014

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (Mediapart) La CFE-CGC ne digère pas les nouvelles règles d’indemnisation des chômeurs. En représailles et parce que la confiance est rompue avec le patronat, le syndicat des cadres a décidé de ne plus signer le pacte de responsabilité de François Hollande. De quoi fragiliser un peu plus un président en pleine tourmente électorale.

    Grande première. Ce mardi 24 mars, à l’occasion d’une conférence de presse« exceptionnelle », Carole Couvert, la présidente de la CFE-CGC, a annoncé en plein entre-deux tours que son organisation changeait d’avis. Finalement, le syndicat des cadres, qui revendique 160 000 adhérents (et n'est pas vraiment du genre à faire des vagues), ne signe plus le relevé de conclusions sur le pacte de responsabilité. Le syndicat avait été pourtant l’un des premiers à parapher le 10 mars dernier avec les autres syndicats réformistes, la CFDT et la CFTC.

    Sur le fond, cela ne change pas grand-chose. Le pacte de responsabilité, qui passe par le législateur, ne devient pas caduc. La CFE-CGC participera malgré tout aux négociations de branche qui en découleront. Les syndicats n’ont en effet paraphé qu’un relevé de conclusions. Cela n'a pas le même statut juridique qu'une négociation sociale, un accord national interprofessionnel, comme l’accord sur l’emploi de janvier 2013 ou la récente négociation de l’assurance-chômage, qui nécessitent la signature d'au moins trois syndicats sur cinq. C’est une déconvenue symbolique pour le gouvernement qui a fait du dialogue social la pierre angulaire de ses réformes, et compte sur la concertation pour mettre en place son pacte décrié.

    Or l'exécutif est déjà en très grande difficulté après le premier tour des municipales. De nombreux élus, mis à mal dans leurs fiefs ou battus dimanche prochain lors du second tour, pourraient revenir ulcérés de la trêve parlementaire, qui s'interrompt le 7 avril. Certains rêvent d'ailleurs d'en découdre dès la semaine prochaine. « Si on perd une centaine de villes, plus Strasbourg et Toulouse, les députés verront se profiler un 21 avril 2017 et demanderont des comptes », parie un cadre socialiste. Certains pourraient alors contester ce fameux "pacte", sur lequel le gouvernement veut engager sa confiance devant le Parlement, mais qui symbolise dans une partie de la majorité les renoncements de la gauche au pouvoir (lireici notre analyse). Ils auraient alors beau jeu de se justifier en mettant en avant le fait que l'accord n’est plus validé que par deux des cinq syndicats représentatifs, qui ne représentent pas la majorité des salariés.

    La CFE-CGC ne rougit pas de cette volte-face qui peut paraître illisible et crée la signature réversible, un nouveau concept des relations sociales. « Ce n’est ni un coup de bluff, ni un coup de poker, ni un problème de gouvernance, ni la foldingue Carole Couvert qui a pris la décision toute seule ! explique à Mediapart Carole Couvert, la présidente du syndicat. C'est une décision prise à l’unanimité des fédérations ce lundi, lors d’un comité directeur que j’avais réuni en urgence. » Elle insiste encore : « Cela n’a rien à voir avec la politique, les municipales. » Elle appuie toutefois sur le « ras-le-bol fiscal des classes moyennes qui remonte du terrain ».

    La confédération des cadres entre en grève du stylo car « la confiance avec le patronat est rompue », dit-elle. Car ce que la CFE-CGC ne digère pas, c'est l’accord conclu entre trois syndicats (CFDT, CFTC, FO) et le patronat dans la nuit du 21 au 22 mars sur la nouvelle convention d’assurance-chômage (lire ici notre article). Selon Couvert, il se fait« sur le dos des classes moyennes et des cadres ». La convention prévoit en effet que les cadres qui ont touché un gros chèque d'indemnités de départ devront à l'avenir attendre jusqu'à 180 jours pour toucher leurs allocations chômage, au lieu de 75 jours aujourd'hui. 

    « On se moque de nous. C’est un pacte de trahison qui va étrangler les cadres mais aussi les chômeurs puisque le patronat ne refuse quasiment aucune hausse de cotisation. Nous avons donc décidé de revenir sur notre décision de signer l'accord sur le pacte de responsabilité. On nous fait un enfant dans le dos. Il faut que le patronat arrête de nous considérer comme des supplétifs. Quant à ses promesses, elles sont fausses », assène Carole Couvert, nommée en avril 2013 à la tête de la centrale de l’encadrement après une guerre de succession. Elle cloue au pilori au passage « le Medef et la CFDT, les syndicats officiels du gouvernement avec lesquels tout se joue. Nous, les autres, nous n’existons pas ». Une véhémence dont la CFE-CGC est très peu coutumière.

    Au ministère du travail, chez Michel Sapin, on refuse de commenter ce revirement.« C’est un peu bizarre comme attitude et c’est surtout contraire aux règles du dialogue social », pointe un conseiller social du gouvernement sous couvert d’anonymat. Il relativise ce coup de gueule, qui n'a selon lui « aucune conséquence pour la mise en place du pacte et révèle surtout un problème de gouvernance de la CFE-CGC, qui sait qu’elle ne pèse pas grand-chose ».

    Du côté des syndicats contestataires, on sourit de voir la petite CFE-CGC rejoindre le camp des “nonistes” « après avoir été cocufiée par le Medef qui a préféré troubler le jeu en séduisant FO », lors de la négociation sur l’assurance-chômage. « Le plus grave, c’est qu’on nous bassine tous les matins avec le dialogue social mais nous n’en faisons pas en réalité. L’assurance-chômage a été une négo de couloir où le patronat a joué à “je te donne un poste, tu signes” dans des conciliabules fermés », fulmine un cadre de la CGT.

    Pour plusieurs acteurs et observateurs du microcosme social, ce changement de pied fragilise aussi le gouvernement socialiste car il renforce l'idée d'une alliance, étroite et exclusive, avec la CFDT dont de nombreux anciens sont conseillers dans les ministères. Dans les étages de la centrale réformiste, on en est bien conscients. Des mois que l’étiquette « courroie de transmission du gouvernement » colle à la peau de l’organisation de Laurent Berger, même si la CFDT n’a pas appelé à voter Hollande lors de la présidentielle, au contraire de la CGT.

    « C’est bien malgré nous que ce soupçon circule », rétorque un responsable confédéral de la CFDT en “off”, qui estime que la CGC est surtout « une organisation à la dérive ». Il rappelle que son syndicat, qui ne participe à « aucun conseil des ministres », est« souvent en désaccord » avec le gouvernement. Pour lui, « le problème, ce n’est pas la CFDT mais le champ de ruines qu’offrent les acteurs politiques, patronaux et syndicaux en ce moment : les projecteurs sont braquées sur la CFDT, le seul syndicat. Nous n’allons pas arrêter d’investir le champ social parce que nos idées sont reprises ! ».

    La discussion du pacte de responsabilité, sur laquelle le gouvernement compte demander la confiance des parlementaires, va très vite occuper les députés et les sénateurs. Le pacte de responsabilité, qui consiste en une baisse de 30 milliards du coût du travail – sans contreparties explicites pour le moment – doit être adressé à Bruxelles le 15 avril, en même temps que le programme massif de réduction des dépenses publiques envisagé par la France au cours des prochaines années.