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    Hamon et Laurent plus à gauche que Mélenchon ?

    Ce titre peut sembler une provocation, mais un certain nombre de camarades du NPA le pensent et le disent ouvertement. Nous pensons que cela recoupe des désaccords d’analyse et d’orientation qui méritent d’être clarifiés.

    Le NPA a été formé sur la base des succès électoraux des candidatures LCR d’Olivier Besancenot de 2002 et 2007. Une illusion qui était très présente parmi les fondateurs/trices du NPA était que l’on pourrait facilement occuper tout l’espace à la gauche du PS (de plus en plus discrédité). Le PCF poursuivait son effondrement, coulant lentement avec le PS auquel son appareil d’élus est accroché comme une huître (la lutte des places d’abord). Pendant des années, la LCR et le NPA ont martelé que le principal pour regrouper la « gauche radicale », la « gauche antilibérale », était de rompre avec le PS.

    Déjà en 2005, il était totalement juste de s’investir dans la campagne pour le NON au TCE, mais pas de laisser entendre qu’une « candidature antilibérale unitaire » était possible avec Buffet ou Bové, à la seule condition de l’indépendance par rapport au PS. Olivier Besancenot a semblé sortir « vainqueur » de cette séquence parce qu’il était le meilleur orateur sur ce créneau politique, mais cet impact médiatique n’a pas suffisamment été utilisé pour faire progresser la conscience anticapitaliste.

    Rien n’interdisait pourtant à ce vide à gauche du PS d’être occupé par des forces bien plus modérées que les anticapitalistes. Mélenchon est venu combler ce vide, avec un appareil d’abord petit (Parti de gauche) mais qui le liait moins à la mangeoire « socialiste ».

    En 2012, la campagne de Mélenchon a attiré énormément de militant-e-s du NPA, jusqu’à la scission de la Gauche anticapitaliste qui a rejoint le Front de Gauche pour former plus tard Ensemble avec d’autres. Même parmi celles et ceux qui pensaient qu’il fallait résister, beaucoup ont parlé de « réformisme radical », minimisant énormément les différences entre l’anticapitalisme (révolutionnaire) et l’antilibéralisme du Front de gauche. Interrogés sur notre isolement par rapport au Front de Gauche, notre parti s’est parfois contenté de répondre que Mélenchon n’était pas totalement clair par rapport au PS… Des arguments aussi insuffisants sur le fond ne pouvaient que nous faire paraître sectaires.

    Pour notre part, nous défendons depuis des années des idées différentes :

    • Le PS n’est plus « réformiste » mais est devenu depuis Mitterrand un parti du capitalisme, comparable au Parti démocrate aux Etats-Unis. Il ne fait plus partie du mouvement ouvrier.1

    • Le parti de Mélenchon n’est pas un « réformisme radical » à la gauche du réformisme, il est une tentative de faire renaître le réformisme qui était en train de disparaître du paysage politique. Loin d’être radical, il est une forme extrêmement « light » de réformisme. Il fait très peu référence aux luttes de la classe ouvrière, et n’évoque quasiment pas la perspective d’une société différente du capitalisme, comme pouvaient le faire les réformistes classiques.

    • La revendication d’être « 100% à gauche », « à gauche de la gauche » ou de « gauche radicale » ne peut absolument pas suffire à nous définir. Cela n’évoque malheureusement plus grand-chose en rapport avec la lutte du mouvement ouvrier.

    • Le label de « gauche antilibérale » ne peut pas suffire non plus. Pour résister aux contre-réformes néolibérales, nous devons effectivement lutter aux côtés des « antilibéraux » (qui sont de fait le courant dominant dans les syndicats), et même les pousser à lutter sans attendre les élections. Mais pour défendre notre alternative politique (donc notamment dans les élections qui nous servent à la populariser), nous ne pouvons pas nous fondre dans un cartel commun avec eux.

    Dans cette campagne 2017, l’attitude du NPA est beaucoup plus critique envers Mélenchon, y compris de la part de camarades qui minimisaient les divergences avec lui en 2012. Plusieurs arguments sont invoqués, pour dénoncer « une rupture avec les meilleures traditions du mouvement ouvrier et de la gauche »2. Ces arguments enjolivent ce qu’était la « gauche d’avant » (et ses « fondamentaux, tant en matière de lutte de classes que d’antiracisme »), et conduisent à des aveuglements sur les dynamiques actuelles entre Mélenchon, le PC et la gauche du PS.

    Il y a clairement une inflexion : Mélenchon ne se présente plus au nom d’un « Front de gauche », mais de la « France insoumise ». Mais ce n’est pas totalement nouveau chez celui qui faisait déjà des affiches avec « la France, la belle, la rebelle » en 2012, et qui insistait déjà lourdement sur la France-universelle-et-cinquième-puissance-mondiale. Par ailleurs, les vieux PCF et PS réformistes ont une longue histoire de populisme et de nationalisme, et même de cogestion de l’impérialisme français. Il faut dénoncer Mélenchon, mais le discours plus lisse d’un Hamon ne doit pas nous faire oublier qu’il fait partie du parti actuellement au pouvoir, celui qui est donc aux commandes des troupes françaises partout en Afrique et ailleurs.


    Mélenchon met plus en avant le « peuple » qu’avant, et nous dénonçons le flou que cela engendre.3 Mais il le faisait déjà beaucoup en 2012, et le PCF le fait aussi beaucoup depuis les années 1930… Le réformisme a toujours été sous l’influence des idéologies dominantes, mélangeant les appels (électoralistes surtout) aux ouvriers et au peuple.

    Mélenchon assume d’abandonner tactiquement la référence à la « gauche ». C’est une évolution contradictoire, qu’on ne peut pas réduire à une dérive à droite. Cela reflète aussi sa rupture avec le PS. Derrière le discours beaucoup plus constant du PCF sur le « rassemblement de la gauche », il n’y a en réalité que le ronron d’un appareil moribond. Celles et ceux qui se reconnaissent dans le « peuple de gauche » aujourd’hui ne sont qu’une frange très réduite, et il est normal et même nécessaire de viser plus largement des travailleurs/ses qui ne s’identifient plus à la gauche. Ce qui fait que Mélenchon dérive, c’est qu’au lieu de remplacer le clivage « droite/gauche » par le clivage « exploités/exploiteurs », il flatte les préjugés présents dans le peuple. En particulier, il donne une interprétation nationaliste à des aspirations à la rupture, par exemple en enrobant d’un discours anti-Allemands la rupture avec les institutions néolibérales de l’Union européenne. C’est un fait que Hamon ou Laurent font beaucoup moins d’écarts chauvins dans le discours, mais ils sont aussi, parallèlement, totalement soumis aux règles du libre-échange. Peut-on réellement considérer qu’ils sont plus internationalistes alors que la mondialisation capitaliste conduit à l’exaspération sociale et à la montée des tensions dans le monde ?

    Une autre critique adressée à Mélenchon est que sa campagne de 2017 « ne s’est pas construite selon un processus de rassemblement politique, comme cela avait été le cas en 2012 dans le cadre du Front de gauche, mais par une démarche très personnalisée d’appel au peuple » 2. Là encore il y a du positif et du négatif. Le positif est le refus de se laisser entraîner par le PCF dans un conservatisme d’appareil et dans un rabibochage sans fin avec le PS, de viser plus largement les non encarté-e-s. Le négatif est que pour court-circuiter les appareils de notables, Mélenchon n’encourage pas du tout la création d’un parti démocratique permettant de débattre avec les travailleur/ses de son programme, mais se complait dans un rapport de tribun.

    Nous voulons donc souligner une contradiction dans le discours de la majorité du NPA : celui qui était un « réformiste radical » est devenu 5 ans après plus à droite qu’un apparatchik du PS comme Hamon ? « L’indépendance par rapport au PS » était centrale en 2012, mais en 2017, on peut être à la gauche du PS et être plus à gauche que Mélenchon ? Dans sa réponse à l’appel du pied de Hamon, Mélenchon a répondu d’une façon assez claire qu’il fallait choisir ce qu’il appelle la « vague dégagiste » (l’envie populaire de faire dégager les politiciens) ou rien. Hamon a clairement assumé qu’il voulait gouverner avec l’appareil de Hollande et Valls.

    Clairement, nous devons aussi nous positionner parmi ceux qui veulent mettre un « coup de balais » (et pas comme une gauche tranquille), tout en expliquant que Mélenchon ne pourra pas nettoyer les écuries d’Augias du capitalisme avec son illusoire programme réformiste.4


    1 Tendance CLAIRE, Sur la nature du PS : Ce n’est plus un parti ouvrier réformiste, c’est un parti purement et simplement bourgeois

    2 NPA, Campagne Mélenchon : Un projet de réorientation populiste de la gauche française ?

    3 Tendance CLAIRE, Le populisme contre l’élite ?

    4 Tendance CLAIRE, L’impasse antilibérale de Mélenchon. L’avenir hypothéqué d’une France soumise au système capitaliste

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