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Sur le film « Le grand retournement » de Gérard Mordillat

Gérard Mordillat a adapté la pièce de théâtre de Frédéric Lordon intitulée « D'un retournement à l'autre ». Il dépeint les relations incestueuses entre les élites financières et politiques. Dans un décor de friche industrielle, en apesanteur, les personnages (une brochette de banquiers, le président de la république, et ses conseillers) dialoguent en alexandrins. Procédé déconcertant au premier abord, mais captivant : on savoure la finesse d'un texte taillé au scalpel, qui exhibe toute l'hypocrisie et la toxicité d'un monde qui jouit de son pouvoir, de sa fortune, tout en méprisant la populace.
Le film montre des banquiers qui combinent un discours anti-État (quand celui-ci aide les pauvres) tout en appelant l’État à l'aide pour les sauver de la banqueroute. Il permet de comprendre que l’État n'est pas neutre, mais structurellement au service des parasites de la classe dominante. Il montre l'impossibilité de toute dissidence parmi les conseillers du prince. La logique, à la fois folle et rationnelle, du système rend impossible toute déviation d'une route qui nous conduit tout droit vers l'abîme. Et le film se conclut logiquement sur la nécessité de « l'insurrection qui vient », de la légitime violence des opprimés pour abattre ce système.
Ce film est un antidote efficace à la propagande servie par les médias capitalistes. Il nous amuse, aiguise notre intelligence, et stimule notre envie d'en découdre. Trois bonnes raisons pour ne pas passer à côté de ce film.








