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Sur la pièce de théâtre « Amargi ! Anti-tragédie de la dette »

Par Alya ( 9 novembre 2016)
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Amargi est jouée au théâtre de la Manufacture des Abbesses à Paris 18éme, par la compagnie ada-théatre1. Cette pièce explique le manège infernal de la création monétaire à partir d'un simple jeu d'écriture, notre système économique, l’effacement de la dette en Mésopotamie 2000 ans avant notre ère, et la perspective d'un salaire à vie dans le futur. Pour cela elle s'inspire des travaux de David Graeber, Frédéric Lordon, André Orléan et surtout Bernard Friot.

Dès le début de la pièce, on comprend que la majorité des individus sont esclaves de leur dette, mais aussi des serviteurs des capitalistes, obligés d’exécuter des tâches que ces derniers leur ont confiées. Aujourd'hui, nous sommes tous endettés, soit personnellement par nos propres emprunts, soit collectivement par la dette publique. 75% des Français se sont endettés auprès d'une banque pour acquérir un bien immobilier. En Amérique du nord, les gens souscrivent massivement des crédits pour leur consommation courante.

Par ce mécanisme de la dette, l'emprunteur devient serviteur à la fois de son créancier et de son employeur dès le plus jeune âge, car un bon nombre entre nous sont obligés de passer par un crédit pour financer nos études. Le salarié se tue à la tâche, essaie de faire des heures supplémentaires, pour payer ses dettes. La plupart d'entre nous ne travaillons pas pour notre propre épanouissement mais pour ce fléau qui nous tient en laisse. Par conséquent, nous sommes obligés d’obéir à notre employeur sous peine de sanction (perte de salaire) qui peut nous mettre en « défaut de paiement ».

Suite à constat, cette pièce propose deux solutions pour sortir de l'enfer de la dette : « amargi » et le salaire à vie. Ces solutions contre la pauvreté et contre l'aliénation au travail sont à la fois utopiques et réalistes, car elles ne sortent pas de nulle part.

Tout abord, à chaque fois que l'ordre social était menacé en Mésopotamie, le roi annonçait l'annulation de toutes les dettes (amargi), et on remettait les compteurs à zéro. Annuler les dettes est tout à fait possible. Aucune richesse n'est détruite, on met simplement fin au pouvoir des créanciers de prélever de la richesse sur les débiteurs.

Puis à la fin de la pièce, la troupe imagine un avenir idéal, avec un salaire à vie inconditionnel pour tous les citoyens à partir de 18 ans jusqu'à la mort.

Le montant du salaire serait calculé en fonction des qualifications de chacun et chaque individu pourrait progresser en passant devant une commission. Le salaire à vie permettrait de couvrir les besoins vitaux de chacun et de sortir de l'obligation de trouver un employeur pour avoir un salaire.

Ainsi ce salaire permettrait au jeune parent qui a un ou plusieurs enfants en bas âge de bénéficier d'un salaire sans avoir un « emploi » car il serait reconnu comme producteur de valeur quand il s'occupe de son enfant. Tout membre de la société serait donc considéré comme producteur (de valeur) et aurait une place reconnue dans la société.

Le travailleur n'a pas besoin de propriétaire pour produire et doit décider ce qui doit être produit.

Aujourd'hui, le salaire à vie existe déjà pour les fonctionnaires et les retraités. En effet les fonctionnaires ont une garantie de salaire à vie et les retraités ont une pension jusqu'à leur mort. Ce système de salaire à vie doit être étendu à tous les individus de manière à effacer la pauvreté et reconnaître l'être humain au-delà de son emploi.

En outre, ce système permet la propriété individuelle, la propriété d'usage, et bannit la propriété lucrative, la propriété des capitalistes qui exploite notre force de travail.

Aujourd'hui, le revenu de base revient souvent dans les discours politiques alors que le salaire à vie est totalement mis sur le banc de touche. Néanmoins, il commence à être popularisé à une échelle large, comme en témoigne le fait que Alexis Corbière (qui fait la campagne de Mélenchon) s'en est réclamé sur BFM face à Benoît Hamon qui défend le revenu de base.2

L'explication est assez simple, le revenu de base reconnaît l'individu comme ayant des besoins vitaux, donc on lui donne de quoi survivre (par exemple 250 € pour un enfant et 500 € pour un adulte) pendant que les capitalistes remportent le gros lot grâce au travail des salariés. Par ailleurs, le revenu de base permet de détruire de nombreuses aides sociales (CMU, APL) et surtout de détruire le CDI et les protections des salariés. Ce que recherchent les capitalistes, c'est à détruire le CDI et nos acquis sociaux, et à nous donner en compensation un revenu de misère qui ne permet pas d'avoir une vie décente. En outre, il permet de détruire des emplois déjà existants et « coûteux » pour les capitalistes. En effet, il n'y aurait plus d'aides sociales donc plus besoin de travailleurs sociaux, de salariés à CAF ou à Pôle emploi. Chacun devrait se débrouiller avec son revenu de base. C'est pourquoi le salaire à vie est préférable, car il reconnaît tous les individus comme producteurs donc acteurs dans notre société et non spectateurs comme le veut le revenu de base, qui laisse le pouvoir entre les mains des capitalistes.

Je recommande vivement d'aller voir cette pièce qui est jouée jusqu'au 4 décembre et accessible pour 13 €3. Une pièce intelligente, agréable à voir, qui décrypte la société actuelle, et qui aide à penser une autre société.

Liens :

Dates :

  • Statut des fonctionnaires :  la loi du 19 octobre 1946
  • Rmi : loi du 1er décembre 1988
  • Rsa : loi du 1er  décembre 2008

1 http://www.manufacturedesabbesses.com/theatre-paris-piece-amargi-291.html

2 http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/benoit-hamon-politique-face-a-alexis-corbiere-jean-luc-melenchon-qui-assume-une-vision-fraternelle-de-la-societe-francaise-est-prudent-quand-il-s-agit-d-evoquer-la-migration-880749.html

3 http://www.billetreduc.com/171537/evt.htm

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