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    120 battements par minute

    Par Anne Brassac ( 9 septembre 2017)
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    Pour celles et ceux qui n'ont pas encore été voir 120 battements par minute, il faut vous précipiter au cinéma tant qu'il est encore diffusé. Le film de Robin Campillo revient sur la lutte contre le sida mené par Act Up au début des années 90 alors que l'épidémie fait des ravages. On suit le combat de l'association ainsi que l'histoire d'amour de deux de ses militants, arrêtée bien trop vite par la mort qui est au cœur de cet film. A travers son oeuvre, Robin Campillo, ancien militant de l'association, rappelle plusieurs choses. Si Act Up a vu le jour, à New York comme à Paris notamment, c'est parce que la lutte contre le sida était inefficace, lente, et menée dans l'ignorance des premièr-e-s concerné-e-s. Entre des laboratoires pharmaceutiques dirigés par une logique de profit et des Etats (la France en tête), indifférents et même hostiles aux populations touchées, le sida pouvait proliférer tranquillement. Parce qu'il touchait les « pédés », les « putes »  et les « toxicos » majoritairement, on allait pas en faire une priorité. Act Up ce sont alors justement des militants-e-s homosexuel-le-s séropos ou concerné-e-s par le sida, des militants-e issu-e-s des minorités dont on ne voulait pas entendre parler qui ont décidés de s'approprier la parole et le combat contre le sida. Elles et ils ont fait d'une connaissance précise de la maladie, des connaissances médicales et des moyens de protection leur arme de combat. On les voit dans le film s'invitant dans des réunions policées comme pour dénoncer l'hypocrisie d'une campagne de prévention menée par l'AFLS (Agence Française de Lutte contre le Sida) censurée par l'Etat français (il ne faut surtout pas de représentation de l'homosexualité devant le grand public). On les voit mettre la pression dans un laboratoire pharmaceutique en repeignant leurs beaux locaux de faux sang. On les voit intervenir dans des classes où on ne les a pas invités pour compenser une prévention inexistante et pourtant urgente.

    A travers ce film ce que l'on voit aussi c'est l'auto-organisation des personnes concernées par le sida. Le militantisme d'Act Up c'est la mise en oeuvre du principe selon lequel l'émancipation des opprimé-e-s sera l'oeuvre des opprimé-e-s elles et eux mêmes. Il s'agit certes de combattre une maladie, mais aussi des institutions qui relèvent d'un pouvoir vertical. Des organismes d'Etat, des groupes pharmaceutiques privés. C'est parce qu'elles et ils sont directement touché-e-s par la maladie qu'elles et ils sont capables d'en connaître et montrer tous les aspects. Les conséquences que cela implique en terme de précarité, l'invisibilisation de certains groupes touchés (comme les femmes longtemps ignorées), les inégalités en terme d'accès aux soins (inégalités selon les pays, détenu-e-s mal ou non soignés en prison etc.). C'est parce qu'une organisation comme Act Up se situe du point de vue des personnes concernées qu'elle est capable de mieux saisir les enjeux de ce combat dans ses différentes dimensions.

    Mais dire que l'auto-organisation est essentielle dans les différentes luttes ne signifie par que nous devons nous dédouaner de ces combats. Act Up nous rappelle à l'occasion de la sortie du film que la lutte continue contre le sida. Les progrès dans le traitement du sida dont les médias se font parfois le relais ne doivent pas nous faire oublier qu'on n'en guérit toujours pas. Et surtout ils ne doivent pas nous faire oublier le fossé qui existent dans l'accès aux soins entre les pays riches et pauvres. On pourra consulter leur dossier de presse disponible sur leur site. http://www.actupparis.org/spip.php?article5649. Or ce sont toujours les industries pharmaceutiques protégées par des Etats capitalistes qui ont la mainmise sur les traitements, qui déposent des brevets et font des profits sur la santé de personnes toujours précarisées, stigmatisées et invisibilisées par le sida. Contrairement à l'une des revendications d'Act Up c'est toujours l'OMC qui gère les flux de médicaments à l'échelle mondiale et non l'OMS, envoyant ainsi un message clair : l'accès aux soins est en premier lieu une marchandise !

    De ce pont de vue on pourrait regretter que le film ne s'ouvre pas sur la perspective des luttes qui sont encore à mener. Cette question est une des nombreuses illustrations de la logique assassine du capitalisme. Les enjeux de santé, les inégalités face à la maladie, la stigmatisation des malades et la lutte contre ceux qui spéculent sur le dos des malades ne doivent jamais être négligés par les anticapitalistes. Nous ne devons pas laisser seul-e-s celles et ceux qui refusent de se laisser tuer par le sida autant que par le capitalisme mais nous associer à ce combat dans une perspective internationaliste.

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