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    Que faire après la répression de la grande révolte populaire au Sri Lanka ?

    Par Don Samantha (28 juillet 2022)
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    Entretien (partie 2) avec Don Samantha, réfugié sri lankais en France, membre du Socialist Party of Sri Lanka et du NPA

    Vendredi 22 juillet, le nouveau président (intérimaire) Ranil Wickremesinghe a fait monter d’un cran la répression de la puissante révolte des travailleur/se-s et étudiant-e-s du Sri Lanka. Il a fait intervenir l’armée pour évacuer notamment la place Galle Face Green, à Colombo, où se concentraient les manifestant-e-s qui avaient réussi à faire fuir le président Gotabhaya Rajapaksa le 9 juillet. Aujourd’hui même, ces 27 et 28 juillet, le gouvernement a dressé une liste de centaines de personnes à arrêter et la police a procédé à des dizaines d’interpellations et d’emprisonnements. Est-ce la fin de la mobilisation ?

    DS : C’est indéniablement un coup d’arrêt au cycle des énormes manifestations qui ont marqué les derniers mois. L’aragalaya est un mouvement de masse spontané, où les principaux partis et syndicats n’ont joué aucun rôle. Des manifestations ont eu lieu dans tout le pays, quotidiennement, et ont convergé vers la capitale. Le monde entier a pu voir la puissance de cette révolte, avec ces manifestant-e-s qui ont envahi et occupé des bâtiments publics, jusqu’au palais présidentiel, ainsi que les résidences privées de plusieurs ministres, qui ont été pillées, voire brûlées.

    Le président Gotabhaya Rajapaksa s’est débarrassé du Premier ministre, son frère, Mahinda Rajapaksa, mais cela n’a pas suffi à mettre fin à la révolte. Il a fait appel à l’armée, notamment le 9 mai, mais cela n’a fait qu’accroître et intensifier la mobilisation. Beaucoup de policiers et de soldats l’ont même rejointe ! Les manifestant-e-s voulaient chasser du pouvoir le clan Rajapaksa et ont enfin obtenu la fuite et la démission du président.

    Malheureusement, celui-ci avait nommé un nouveau premier ministre, Ranil Wickremesinghe, et le parlement l’a élu président par intérim. Les manifestant-e-s n’ont pas réussi à empêcher cela. Ils ont pourtant scandé depuis des mois « Go Home 225 », exigeant le départ des 225 députés du parlement. Le parlement est dominé lui aussi par le parti des Rajapaksa, le SRFP (Sri Lanka Freedom Party), et l’ensemble des députés soutiennent une solution institutionnelle. En particulier, le président par intérim Ranil Wickremesinghe n’a aucune légitimité : il était même le seul député de son propre parti, l’UNP (United National Party), qui a longtemps été l’autre grand parti de la bourgeoisie au Sri Lanka (droite conservatrice et libérale).

    Or la police et l’armée ont réussi à protéger le parlement contre les tentatives de le prendre d’assaut. Le pouvoir a été aidé par les dirigeants des syndicats, comme Ravi Kumudesh du TUCC (Trade Union Coordination Centre), qui ont apporté leur soutien à Wickremesinghe pour qu’il gère la situation jusqu’aux prochaines élections. De même, l’association des avocats a appelé à un gouvernement d’union nationale : c’est elle qui a demandé la première que le Parlement élise un président par intérim jusqu’à une nouvelle élection présidentielle (comme la constitution le permet).

    Et certains manifestants, comme le National Movement of Non-party Agitators, ont annoncé une pause dans la mobilisation. Tout cela a permis au gouvernement de reprendre la main, donc de déployer la répression : état d’urgence, évacuation de tous les manifestants, destruction de la mobilisation en 24 heures.

    Le problème de ce grand mouvement populaire est donc qu’il n’a pas de direction politique propre. C’est cela qu’il va falloir construire : sans direction révolutionnaire, la révolte est vouée à l’impuissance.

    Cela veut-il dire que le pouvoir ait gagné ?

    DS : L’UNP a profité de la situation pour revenir au pouvoir, mais ne représente personne et est incapable de gérer la situation. Rien n’est réglé car le pays s’effondre. L’État est en faillite, il n’a plus de réserves de change pour payer l’énorme dette (50 milliards de dollars) contractée sur les marchés internationaux – auprès du FMI, de la Banque mondiale, de la Chine.

    L’origine de cette dette, c’est d’une part la politique néolibérale menée depuis 1977, qui a rendu le Sri Lanka dépendant du marché mondial, avec le pillage du pays par les multinationales, la privatisation des entreprises publiques, etc.

    D’autre part, la guerre civile contre les indépendantistes tamouls (LTTE, Tigres tamouls), qui a duré près de 30 ans, a mobilisé une part énorme du budget de l’État, jusqu’à 10 milliards de dollars par an, financés par la dette. L’écrasement de la lutte armée des Tigres tamouls en 2009 n’a pas fait diminuer ce budget militaire, car les régions à majorité tamoule sont occupées et maltraitées de façon permanente par l’armée.

    Enfin, les dirigeants de la bourgeoisie ont détourné l’argent en amassant d’énormes fortunes par les rétrocommissions et la corruption généralisée.

    Aujourd’hui, l’État se retrouve en défaut de paiement et n’a même plus assez de réserves pour son propre fonctionnement. La population manque de tout : nourriture, énergie, médicaments, matériels pour les hôpitaux. La crise alimentaire semble paradoxale dans une économie essentiellement agraire, mais la production s’est effondrée car le gouvernement avait décidé de cesser l’importation d’entrants chimiques, officiellement pour des raisons écologiques, en fait faute d’argent. Le pays a besoin de 2,5 millions de tonnes de riz, mais aujourd’hui il n’en a qu’1,6 million. 20% des enfants sont en situation de malnutrition. Les malades et les personnes âgées ne peuvent pas être soignés. Beaucoup d’écoles sont fermées car les enfants n’y vont plus faute de carburants. Le pays a besoin de 500 millions de dollars d’hydrocarbures pour les prochains mois.

    L’État sri lankais va donc demander l’aide du FMI et la condition sera de nouvelles privatisations, de nouvelles restructurations. L’intérim de Wickremesinghe va donc servir à rendre le Sri Lanka encore plus dépendant des puissances capitalistes, sans rien régler des problèmes qui ont conduit à la révolte.

    Que faut-il faire maintenant ?

    DS : Je crains que les mobilisations ne reprennent pas tout de suite, car la répression est très forte. Il faut s’appuyer sur la révolte pour poser la question d’une direction révolutionnaire. Ce doit être l’objectif des groupes de gauche. La gauche au Sri Lanka est faible, divisée, mais surtout incapable de proposer une nouvelle stratégie. Trop de groupes se sont tournés, les uns après les autres, vers les partis bourgeois, depuis le grand parti LSSP (Lanka Sama Samaja Party) entré au gouvernement en 1964 [voir l’entretien sur l’histoire du Sri Lanka] jusqu’au NSSP, qui était membre pendant des années de la Quatrième internationale-Comité international (ex-Secrétariat Unifié) et n’en a été expulsé après de longues tergiversations qu’en 2020, après que son principal dirigeant ait décidé de se rallier pour l’élection présidentielle au candidat... de l’UNP (le parti bourgeois de droite dont est justement issu le nouveau président Wickremesinghe !). Les autres groupes qui viennent du trotskysme ou se réclament du communisme manquent de vision stratégique. Il faut cependant travailler pour dépasser les vieilles divisions de la gauche, réaliser l’union sur la base d’une orientation politique révolutionnaire, indépendante du régime et de tous les partis qui le servent.

    Pour cela, il faudra se mettre d’accord sur un programme politique. Cela commence par le refus de donner le moindre soutien aux institutions actuelles et par la mise en avant d’objectifs fondamentaux comme la réforme agraire (car les terres sont toujours accaparées par un petit nombre de grands propriétaires, alors que la majorité de la population est encore rurale), l’annulation de la dette, la confiscation des fortunes amassées par la corruption, l’arrêt des réformes néo-libérales, l’expropriation des grandes entreprises et leur renationalisation sous contrôle des travailleur/se-s... Il faudra aussi engager un combat pour la démocratisation des syndicats, contre les bureaucrates qui les dirigent, généralement alliés du régime.

    Il est crucial d’apporter un soutien inconditionnel aux droits des minorités, notamment au droit des Tamouls (15% de la population) à l’autodétermination (c’est là une ligne de clivage avec la plupart des groupes maoïstes), ainsi qu’aux droits des Indiens tamouls du Sri Lanka (5%), toujours considérés comme étrangers dans leur propre pays alors qu’ils y travaillent, toujours dans des conditions terribles, depuis que les Britanniques les ont fait venir de force voici 200 ans pour les plantations de thé dans les montagnes.

    Enfin, nous avons besoin de la gauche internationale pour qu’elle soutienne la gauche sri lankaise et plus généralement la population sri lankaise. Nous devons notamment construire une coordination révolutionnaire au niveau du sous-continent indien, car par leur histoire, leur culture et la politique néocoloniale qu’ils subissent de la part des grandes puissances, les peuples du Sri Lanka, de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Népal, du Bhoutan, du Myanmar ont les mêmes intérêts et tous ont renoué avec de grandes luttes depuis quelque temps, notamment au cours de l’année écoulée. C’est en ce sens qu’a été créée la coordination Asia Commune dont la Tendance CLAIRE a traduit et publié la dernière déclaration (https://tendanceclaire.org/article.php?id=1824)

    Dans l’immédiat, nous mettons en avant les mots d’ordre suivants :

    1. Dissolution immédiate du parlement ;

    2. Proposons une large institution démocratique pour créer un projet de nouvelle constitution ;

    3. Créons un nouveau front de solidarité socio-économique d’Asie du Sud ;

    4. Unifions la gauche ;

    5. Construisons une union socialiste de l’Asie du Sud ;

    6. Construisons le parti international du peuple travailleur pour la révolution socialiste.

    1. Dissolve the parliament immediately.

    2. Let   us   propose   a   broad   democratic   institution   to   create   a   draft   of   new constitution.

    3. Let us create a new socio - economic solidarity front with South Asian region. 

    4. Let us unite the left movements.

    5. Let us build a socialist union in South Asia.

    6. Let us build the international party of working people to achieve the socialist revolution.

    1.  පාර්ලිමේන්තුව විසුරුවා හරිනු.

    2. නව ව්‍යවස්ථා කෙටුම්පතක් සකස් කිරීම සදහා පුළුල් ප්‍රජාතන්ත්‍රවාදි ආයතනයක් ගොඩනඟමු.

    3. දකුණූ ආසියානු කලාපය සමග නව සමාජ, ආර්ථික, සහයෝගිතා පෙරමුණක් ගොඩනඟමු.

    4. වම එක්සත් කරමු.

    5. දකුණූ ආසියාව තුල සමාජවාදි සමූහ ආණ්ඩුවක් ගොඩනඟමු.

    6. සමාජවාදි විප්ලවය ජය ගැනීම සදහා වැඩ කරන ජනතාවගේ ජාත්‍යන්තර පක්ෂය ගොඩනඟමු.

    1. பாராளுமன்றத்தை உடனடியாக கலைத்துவிடு.

    2. புதிய அரசியலமைப்பு  வரைபை  உருவாக்குவதற்கு ஒரு பரந்த ஜனநாயகக் கட்டமைப்பை முன்மொழிவோம்.

    3. தெற்காசிய பிராந்தியத்தில் ஒரு புதிய சமூக - பொருளாதார  ஒருமைப்பாட்டு முன்னணியை உருவாக்குவோம். 

    4. இடதுசாரி  இயக்கங்களை  ஒன்றிணைப்போம்.

    5. தெற்காசியாவில் சோசலிச தொழிற்சங்கத்தை உருவாக்குவோம்.

    6. சோசலிசப் புரட்சியை வென்றெடுக்க சர்வதேசத் தொழிலாளர் கட்சியைக் கட்டியெழுப்புவோம்.

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