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Dégraissage chez Aoste qui veut fermer son usine « Calixte » à Boffres en Ardèche : les travailleurs et la population se mobilisent pour dire non à la fermeture et aux licenciements

Par Jean Veymont (24 mai 2012)
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La charcuterie ardéchoise dont le célèbre saucisson Calixte ne doit pas disparaître ! Car après la fermeture de GPV à Davézieux et les 182 licenciements de Chomarat au Cheylard (1), ce serait encore près d’une centaine de travailleurs qui se retrouverait sur le carreau. Une nouvelle fois en quelques mois, c’est tout le bassin d’emploi nord-ardéchois qui serait frappé de plein fouet. Une telle hémorragie condamnerait à une mort lente cette zone rurale.

Repères et quelques chiffres

En Rhône-Alpes, 1 400 travailleurs sont employés par le groupe Aoste à Maclas, Saint-Symphorien-sur-Coise, Vernoux (la plus grosse usine de production) et Yssingeaux, plus une centaine de salariés à Albi et Pau. Le groupe fait un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros pour 60 000 tonnes de production charcutière.

Si le groupe hispano-américain réussissait à mettre à exécution son plan scélérat de fermeture de son usine de salaisons Calixte située à Boffres en Ardèche, ce serait un coup dur pour ce petit village de 647 habitants des Boutières puisque c’est la seule PME locale. Calixte est une vieille entreprise ardéchoise, installée à Boffres depuis 1859. Elle a été rachetée en 1993 par le groupe Aoste dont le siège social est situé à Saint-Priest dans le Rhône. Calixte, c’est six chaînes de production spécialisées dans le tranchage et le conditionnement du jambon et du saucisson qui emploie 65 travailleurs et quelques 30 intérimaires à majorité féminine. Il n’existe aucune organisation syndicale en dehors de délégués du personnel au CE. Cela implique que les travailleurs sont à la merci de leur patron et ballottés par toutes les politiciens de droite ou de gauche qui viennent, en ces veilles d’élections, faire les promesses d’usage en faisant mine de s’intéresser à leur sort.

Le groupe Aoste est une entreprise agro-alimentaire française spécialisée dans la fabrication et la distribution de charcuterie fondée en 1976, propriété du groupe espagnol Campofrío Food Group qui est l’un des cinq plus grands acteurs mondiaux du marché de la viande transformée. En 2006, Aoste est rachetée par l’américain Smithfield Foods (12 Mds d’€ de chiffre d’affaires et 51 000 salariés), qui regroupe toutes ses activités françaises sous le nom de « Groupe Aoste ». La marque Jean Caby, acquise en 2004, ainsi que quatre sites de production implantés à Saint-André-lez-Lille, Lampaul-Guimiliau (ex-SBS), Ergué-Gabéric (ex-Jean D'Erquet) et Saint-Priest (ex-Imperator) viennent s'ajouter à ce que possédait Aoste. Il commercialise également la marque Weight Watchers sous licence. Cette même année, Aoste était devenu le partenaire officiel du Tour de France à la voile et Cochonou celui du tour de France cycliste, gaspillant ainsi des millions d’euros en sponsoring dont les divers sites faisaient les frais, notamment celui de Saint-Chamond qui a été fermé avec à la clé des licenciements.

Mais pour ce mastodonte de l’agro-alimentaire, seuls le profit et les dividendes à distribuer aux actionnaires comptes : tous les « canards dits boiteux » doivent disparaître suivant la logique du groupe pour rentabiliser au maximum. Aussi envisage-t-il de concentrer toutes les activités de découpe et de conditionnement des salaisons sur le site d’Aoste en Isère, ce qui implique la fermeture de Boffres. Selon les salarié que nous avons interrogés, rien ne laissait présager une telle restructuration puisqu’il y a trois mois le site faisait faire des heures supplémentaires et que donc rien ne laissait augurer d'une telle annonce. L’incompréhension est grande et le désarroi profond après ce coup de massue qui a été entériné par les comités d’entreprise du groupe Aoste le 6 avril 2012 et de l’établissement Calixte de Boffres le 10 avril 2012. A ces comités, la direction Aoste a officiellement annoncé la fermeture du site pour le 1er septembre, les 35 licenciements et le plan de « sauvegarde de l’emploi » qui devrait être mis en place.

Pour les 65 salariés de Boffres, Aoste prévoit la suppression de 35 emplois. Les 30 autres seront transférés vers d'autres sites rhône-alpins. Parmi eux, la seconde usine ardéchoise du groupe, Vernoux, située à quelques encablures mais qui, embarquée dans la même galère, ne pourra sûrement pas accueillir les laissés-pour-compte de Boffres. Les intérimaires ont été la première variable d’ajustement et purement et simplement rayés des effectifs à reclasser.

Comme toujours en pareil cas, les directions entonnent toujours la même antienne. C’est pour « préserver sa compétitivité et donc ses emplois, et continuer à se développer, que le groupe Aoste n'a pas d'autre choix que d'investir pour concentrer ses activités de tranchage et optimiser son organisation logistique », a déclaré Olivier Maes, directeur général du groupe.

Pour faire passer la pilule et créer l’illusion qu’elle se soucie des travailleurs, la direction du groupe Aoste évoque la création d'une soixantaine de postes répartis sur les cinq sites en Rhône-Alpes, et certifie que les salariés de Boffres seraient prioritaires sur ces emplois. Avec toute la muflerie qui caractérise ces vampires, ils donnent le choix entre le chômage ou la valise, faisant fi des situations familiales. Bon nombre des ouvriers ont 25 ans voire plus de présence à l’usine : ils ont fait leur vie au village (maison, travail du conjoint(e)…) et on leur propose un déplacement dans un rayon allant à près de 150 km sur les différents sites du groupe. Ce « choix » méprisant, arrogant, les travailleurs disent ne pas vouloir l’accepter.

Ils ont raison car Aoste et Smithfield sont des patrons voyous. Smithfield Food Inc, créé en Virginie en 1936, ne s’embarrasse pas de fioritures pour être le plus gros cochon dans la porcherie. Aux États-Unis, où il met la main sur ses concurrents, il enfreint les lois sociales et environnementales américaines. Smithfield se distingue par une politique sociale réactionnaire où menaces, intimidations et violations du droit du travail sont légion. Moins de la moitié des 44 100 salariés de Smithfield sont couverts par des conventions collectives. Le patron lutte fermement contre toutes implantations syndicales allant jusqu’à menacer, intimider et licencier les travailleurs qui osent le braver en créant une structure syndicale ou simplement aller voter lors des élections syndicales.

Smithfield a annoncé ses résultats pour le quatrième trimestre de l’année fiscale 2012. Les ventes totales s’établissent à 3,5 Mds de dolalrs, en croissance de 9% sous l’effet d’une hausse des prix et de volumes de produits du porc vendus (+68% en valeur à l’export). Si le bénéfice net est en revanche en forte baisse (-60%), à 79 M$, c’est dû l’accroissement des coûts (+23% pour le prix des porcs vivants) par rapport à l’année dernière et à la participation de Smithfield dans le groupe Campofrio.

Manifestation contre la fermeture du site

Plus de 600 personnes ont manifesté le samedi 21 avril après-midi à Boffres, contre la fermeture de l’usine Calixte. Salariés menacés, proches et voisins ont défilé en martelant : « Arrêtez de nous saigner comme des cochons, bande de cornichons », ou « Aoste, touche pas à mon poste ! », réunissant plus de manifestants que le village ne compte d"habitants.

Manifestation des salariés de la charcuterie Calixte, groupe Aoste, le 21 avril 2012 à Boffres (Ardèche)

Réactions des travailleurs enregistrées au cours de la manifestation

Nous avons interrogé des manifestants. Une travailleuse de 51 ans, dont 34 ans d’ancienneté, a l’impression de vivre un mauvais cauchemar et nous dit son émotion : « Calixte, c’est toute ma vie, ma seconde famille, je n’arrive pas à y croire ! Je suis rentrée dans l’usine à 16 ans et demi après l’école. On nous fout dehors comme des malpropres, c’est inacceptable ! Ces gens sont des assassins, des criminels. » Une autre salariée dira même : « Jamais on n’aurait imaginé cela, on le voit ailleurs en effet, mais chez nous, ici dans cette région… On est une grande famille, de père en fils, parfois plusieurs de la même famille, travaillent ici, et certains sont là depuis plus de 30 ans ! »

Quant à l’élue au CE, partagée entre colère et incompréhension, elle « rappelle que l’usine fait des bénéfices et il y a même eu deux embauches en juillet 2011. Les raisons invoquées par la direction ne sont que balivernes. Nous nous attendons à vivre des moments difficiles… C’est un vrai coup de massue. Nous avons missionné un expert-comptable pour analyser la situation économique du site, et trouver une solution alternative qui permettrait de maintenir l’emploi à Boffres. Il rendra sa conclusion dans 21 jours mais le bassin d’emploi est déjà sinistré. De toute façon, on va d’abord se battre jusqu’au bout. »

Premier sursis, mais aussi premiers faux pas des directions syndicales

La direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) de l'Ardèche, a notifié à la direction d"Aoste, dans un courrier daté du 18 avril, un constat de carence du plan de sauvegarde de l'emploi en considérant que « le projet de PSE est insuffisamment développé au regard des mesures visant à éviter une partie des licenciements envisagés [...], que cette insuffisance constitue une carence et que, dans ces conditions, ce plan ne peut être regardé comme satisfaisant au sens de l'article L 1233-61 du code du travail ».

Mais, pour le délégué central CFTC, « il n’est d’abord question que de dialogue avec la direction et d’une grosse mobilisation même si elle ne reste qu’administrative au départ ». Cela ne va pas : le rôle des délégués centraux n’est pas de s’en tenir à demander au directeur général des explications sur cette fermeture ! Ils doivent s’efforcer d’organiser la bagarre pour empêcher la fermeture de l’usine et les suppressions d’emploi.

Malheureusement, à ce stade, la CGT Ardèche ne propose guère mieux. Selon elle, la note de la DIRECCTE est « très bonne nouvelle. Même si le tribunal de grande instance est le seul à pouvoir annuler le PSE, ce courrier prouve que l'État ne veut pas qu'il y ait 80 suppressions d'emploi. C'est une pression énorme sur Aoste ». Une telle déclaration alimente les illusions en laissant croire aux travailleurs que les institutions, le gouvernement seraient leur sauveur. Or le patron finira bien par présenter un PSE acceptable par la justice. Et, si le gouvernement était vraiment choqué par les licenciements dans cette entreprise qui fait des profits, il pourrait la réquisitionner et fournir le capital nécessaire pour continuer la production sous le contrôle des travailleurs. Une telle solution ne viendra jamais de l’État lui-même, mais ne pourrait être imposée que par la lutte.

Non à la fermeture de Calixte ! Non à tous licenciements !

Les travailleurs ne doivent pas servir de variable d’ajustement pour maintenir, voire conforter les profits des actionnaires. Aoste est une multinationale qui a les moyens de maintenir tous les emplois sur place puisqu’elle vient de voir son chiffre d’affaire faire un bond de 7% et un volume de production croître de 5%.

Malheureusement, la seule action engagée pour l’heure est une pétition sur lnternet et dans le village pour protester contre cette fermeture : 632 signatures recueillies. C’est bien maigre pour faire peur à cette multinationale... Pourtant, le court sursis donné par le courrier de la DIRECCTE ouvre une opportunité pour agir, qu’il faut essayer de saisir. La CGT Ardèche et les autres syndicats qui disent s’opposer aux licenciements pourraient organiser une réunion rassemblant des salariés des différents sites d’Aoste, avec des salariés et militants d’autres entreprises ayant à faire face à des plans de fermeture ou de suppressions d’emploi, pour discuter ensemble d’un plan de bataille efficace.


1) Cf. Au CLAIR de la lutte n° 10 (février 2012).

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