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La “fake news” de la baisse du chômage aux USA
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Article initialement publié sur le site du NPA.
Tous les médias l’ont claironné : le chômage baisse aux USA à la surprise générale : après avoir grimpé de 3,5 % en février à 14,7 % en avril, il aurait baissé en mai à 13,3 %. Trump a triomphé, et beaucoup de commentateurs ont considéré que cette baisse surprise accréditait la thèse d’une reprise forte et rapide de l’activité économique.
A quoi correspond ce chiffre ? Les journalistes ne se sont visiblement pas donnés la peine d’aller sur le site du Bureau des statistiques du travail (https://www.bls.gov/) pour comprendre ce chiffre. C’est « le » chiffre du chômage : circulez, il n’y a rien à voir. Pourtant, une visite rapide sur ce site permet de comprendre comment est construit ce chiffre et de réfuter la thèse d’une baisse du chômage aux USA. Le chômage augmente aux USA, et il va très probablement continuer à augmenter ces prochains mois.
Décrypter le chiffre du « chômage » aux USA
Le BLS publie une quantité importante de données à partir de deux enquêtes mensuelles : l’une auprès des ménages, l’autre auprès des entreprises. L’enquête auprès des ménages divise la population de 16 ans et plus qui ne vit pas dans des « institutions » (prisons, armée…) en trois catégories : les actifs occupés, les « chômeurs », et les inactifs. Le nombre de « chômeurs » est passé de 5,8 millions en février à 23 millions en avril pour redescendre à 21 millions en mai.
La catégorie de « chômeurs » regroupe plusieurs sous-catégories 1 :
– ceux qui ont perdu leur emploi ;
– ceux dont le contrat a pris fin ;
– ceux qui ont quitté volontairement leur travail et en cherche un autre ;
– ceux qui étaient inactifs et entrent sur le marché du travail ;
– ceux qui sont au « chômage technique » (temporary layoffs).
Cette dernière catégorie regroupe les personnes qui sont toujours employées, mais qui ne travaillent pas au moment de l’enquête. En raison de la crise sanitaire, c’est le nombre de « chômeurs » de cette catégorie qui a explosé, passant de 0,8 millions en février à 18 millions en avril puis 15,3 millions en mai.
Ces chiffres sont d’ailleurs sous-estimés d’environ 3 millions : c’est ce que reconnaît le BLS qui estime que beaucoup de gens au « chômage technique » devraient être comptés dans les chômeurs, mais ne le sont pas tous. Le BLS indique que l’erreur sera corrigée en juin.
Ces personnes au « chômage technique » sont donc comptées comme « chômeuses » mais elles gardent leur travail, et doivent le reprendre dans les six mois. En France, les millions de salariés qui ont été au « chômage technique » ne sont pas comptés comme chômeurs. Sinon, le nombre de chômeurs aurait augmenté encore plus fortement qu’aux États-Unis.
Pourquoi les États-Unis comptent ces personnes comme « chômeuses » ? C’est sans doute parce que ces personnes, contrairement à la France, ne touchent plus leur salaire pendant la période de « chômage technique ». Elles doivent s’inscrire au chômage pour percevoir des indemnités.
Il est donc tout à fait logique que le nombre de « chômeurs » diminue avec la fin du confinement. C’est donc une baisse en trompe-l’œil. Ce qu’il faut regarder, c’est l’évolution des autres catégories de chômeurs, qui sont de « vrais » chômeurs. Et le nombre de chômeurs (hors « chômage technique) continue à augmenter en mai (+600.000). En particulier, le nombre de gens qui ont perdu leur emploi atteint aujourd’hui 2,3 millions (+300.000 en mai).
Il y a toujours un décalage temporel (moindre aux USA qu’en France en raison de la flexibilité du marché du travail) entre la chute de la production et la montée du chômage. C’est pourquoi il ne fallait pas se laisser tromper par la hausse spectaculaire du chômage en mars et avril (liée à l’arrêt temporaire de la production), puis par sa baisse en mai. Le chômage a augmenté ces trois derniers mois, mais pas de façon aussi spectaculaire. Surtout, il continuera à augmenter pendant des mois.
Quand la hausse du nombre d’inactifs cache une réelle montée du chômage
Si le nombre de chômeurs était artificiellement gonflé par les gens au « chômage technique », il est minoré par l’envolée du nombre d’inactifs. Les inactifs étaient 95 millions en février, ils sont 101,8 millions en mai. Il y a donc des millions de chômeurs supplémentaires évacués des statistiques, car « découragés » et donc sortis de la catégorie des chômeurs.
La part des actifs (occupés ou chômeurs) au sein de la population de plus de 16 ans qui ne vit pas en institution avait déjà énormément chuté depuis la crise de 2008 où elle était de 66 %. Elle était tombée à 62,7 % en 2015 avant de légèrement remonter à 63,4 % en février 2020. Cela montrait qu’il y avait de nombreux chômeurs cachés derrière le taux de chômage officiel qui était tombé à 3,5 % en février. Avec la crise en cours, le taux de participation chute encore, et il n’est plus que de 60,8 % en mai. Et encore, ce ratio est calculé sans prendre en compte les 1,5 millions de prisonniers, sinon il serait encore plus bas.
Les catégories statistiques ne sont pas neutres. Il est donc important de les décortiquer pour ne pas se laisser intoxiquer par les idéologues de la bourgeoisie. Le taux de chômage réel avant la crise était largement supérieur aux 3,5 % officiel. Il va fortement grimper dans les mois à venir en raison de l’ampleur de la récession, qui dépasse très largement celle de 2008-2009.





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