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    Vive le combat des travailleurs kanaks ! À bas l’État colonial français, droit à l’indépendance immédiate du peuple kanak !

    Par Kolya Fizmatov (15 septembre 2009)
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    Lundi 29 juin, 22 militants de l’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE) ont été condamnés à des peines de prison fermes ou avec sursis pour « entrave à la circulation d’un aéronef » et « dégradation de bien publics ». Parmi eux, le président de l’USTKE, Gérard Jodar, écope d’un an ferme, car cette condamnation s’ajoute à celle dont il a écopé suite à la lutte contre la société de transports Carsud en avril 2008.

    Ce verdict est doublement scandaleux. D’abord car il s’agit une fois de plus de criminaliser l’action syndicale (un mois plus tard, c’est au tour de six ouvriers de Continental d’être condamnés à des peines de prison avec sursis), afin d’intimider les travailleurs mobilisés. Alors que banquiers pourris et patrons voyous bénéficient de toutes les prévenances de l’État, la justice bourgeoise montre ses crocs aux exploités.

    D’autre part, la disproportion de la peine par rapport aux faits reprochés est flagrante. Se réfugier dans un avion pour échapper à une charge policière (ce qui est arrivé à Gérard Jodar et ses co-accusés le 28 mai, lors d’une manifestation devant l’aéroport de Magenta pour protester contre le licenciement d’employés de la compagnie Aircal) vaut donc un an d’enfermement. Précisons que les conditions de détention au Camp Est, la seule prison du territoire, sont les mêmes qu’en France : surpopulation, manque d’hygiène, infrastructures vétustes…

    Il est évident que ce verdict est avant tout politique. L’agitation qui secoue le territoire depuis quelques mois effraie le gouvernement local (dominé par la droite anti-indépendantiste), le MEDEF local et les représentants du pouvoir central qui craignent une répétition du scénario guadeloupéen.

    Car la situation sociale en Kanaky n’a rien d’une image de carte postale. Derrière les statistiques louangeuses (4,8% de chômage en 2008, 26 500€ de PIB par habitant) se cachent des inégalités criantes. Une élite, en grande majorité caldoche, c’est-à-dire blanche, enrichie par l’exploitation du nickel, peuple la province sud et surtout Nouméa. La « Nouvelle Calédonie » est ainsi connue pour être le territoire « français » où la proportion de Porsche par habitant est la plus élevée. À coté de cette opulence, un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, une large fraction de la jeunesse kanake est sans perspective d’avenir, parquée dans ses quartiers. L’indice Gini, qui mesure le degré d’égalité dans une société sur une échelle de 0 (parfaitement égalitaire) à 100 (une seule personne possède toute la richesse), y est de 50 (32 en France). Un certain nombre de conventions sociales ne s’applique pas au territoire, le niveau du SMIC y est plus bas qu’en France… De plus, l’immigration européenne, qui a repris de plus belle depuis les accords de Nouméa en 1998, est ressentie comme envahissante, monopolisant les hauts postes et contraignant de nombreux jeunes kanaks à s’exiler pour trouver du travail.

    L’USTKE, deuxième syndicat du territoire et résolument indépendantiste, est en première ligne dans la contestation sociale. C’est à son initiative que se sont tenus tout au long de l’été manifestations et blocages à Nouméa, où la jeunesse des quartiers défavorisés était présente en nombre. En plus du soutien aux salariés en lutte, l’accent était mis sur les revendications sociales et culturelles de cette jeunesse révoltée. Comme en Guadeloupe, des revendications économiques mettent au jour un malaise profond dans cette société qui n’est toujours par sortie de l’ordre colonial. Évidemment, bourgeois, patrons et autorités publiques se sont livrés à un concert d’indignation : l’USTKE asphyxie l’économie du territoire, est un syndicat irresponsable qui préfère l’affrontement à la négociation, etc. Yves Dassonville, le Haut Commissaire de la République, c’est-à-dire le représentant de l’État sur place, a qualifié les membres du syndicat de « bandits » et de « voyous », les accusant de vouloir « créer la tension » — comme si la tension avait besoin d’autre chose que de la misère et des inégalités pour exister.

    L’USTKE fait d’autant plus peur aux autorités qu’elle s’est dotée depuis 2007 d’un versant politique, le Parti Travailliste (PT). Revendiquant des liens « forts, fraternels » avec la CGT et le NPA, il milite pour l’indépendance totale en 2014, alors que les partis indépendantistes traditionnels sont plus timorés à ce sujet. Ne nous y trompons pas : le PT est un parti réformiste qui revendique une meilleure répartition (et non un autre système de production) des richesses, il ne pose pas la question d’un gouvernement révolutionnaire, De plus, G. Jodar, le président de l’USTKE, a emboîté le pas au pouvoir et aux médias en déclarant à Libération : « Je condamne le saccage et le pillage des commerces ou d’installations publiques » par les jeunes légitimement révoltés, alors que ces actions étaient partie intégrante de la mobilisation qui a secoué l’île en juillet.

    Néanmoins, son apparition dans le paysage politique kanak est un progrès qualitatif par rapport à la mollesse d’une gauche indépendantiste qui a mis beaucoup d’eau dans son vin depuis les grandes heures du FLNKS. Il est du devoir des révolutionnaires hexagonaux de soutenir l’émancipation du peuple kanak et des moyens qu’il se choisit pour y parvenir.

    Le NPA s’implique très justement dans ce conflit, à la différence, hélas, du PCF, mais aussi de LO, qui se contentent du service minimum (dénonciation de l’acharnement judiciaire contre Jodar et ses compagnons de lutte) — tandis que le POI ne semble tout bonnement pas concerné. Cependant, malgré de nombreux communiqués et déclarations de soutien, la perspective mise en avant par notre parti est uniquement celle, nécessaire mais non suffisante, de l’indépendance de la Kanaky. La lutte contre le colonialisme doit s’accompagner d’une lutte pour le socialisme, et le patron, fût-il un autochtone, est toujours le meilleur allié du colon.

    Tous ensemble contre la double exploitation coloniale et capitaliste !

    Kanaky
    Manifestants contre gendarmes mobiles en Kanaky, juillet 2009

    Quelques données sur la Kanaky

    La Kanaky compte 240 000 habitants, 44% de Kanaks, 38% de Caldoches (Blancs plus ou moins métissés), 10% de Polynésiens, 5% d’Asiatiques. (Source : rapport parlementaire nº 972 du 9 juin 1998 relatif à la Nouvelle-Calédonie.)

    Elle est divisée en trois provinces. Le Sud concentre 70% de la population totale et les Caldoches y sont majoritaires. Les provinces Nord et les Îles, à très large majorité kanake, sont nettement moins peuplées, mais plus jeunes et la croissance démographique y est plus forte.

    Le Gouvernement local est dominé par la droite anti-indépendantiste (le Rassemblement, organiquement lié à l’UMP, et Calédonie Ensemble, qui en est proche), mais y siègent également l’Union Calédonienne et le Parti de la Libération Kanak (tous deux proches du PS), membres du Front de Libération National Kanak et Socialiste (FLNKS).

    Avec les accords de Matignon (1988) et surtout de Nouméa (1998), un certain nombre de compétences ont été transférées aux institutions locales. Cependant l’État français garde toujours la haute main sur les domaines régaliens de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie. Ces accords prévoient qu’un référendum sur l’indépendance se tiendra entre 2014 et 2018.

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