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    Tolbiac, Sorbonne... : témoignage sur la journée du 17 mars

    Par (18 mars 2016)
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    Après une journée de marche éreintante, on s'est rendu avec quelques copains à l'AG nocturne de Paris Diderot, qui s'est tenue sur le parvis. Là-bas, plusieurs personnes nous ont demandé de témoigner à propos de ce que nous avions vu et vécu aujourd'hui, alors conformément à leur souhait, je témoigne à chaud :

    Nous étions une centaine à nous être levés dès potron-minet pour bloquer la fac de Tolbiac et tenir une AG à 10h30, ce matin. Arrivés là-bas sur les coups de 8h00, nous avons trouvé portes closes. Lock-out de l'administration, donc. Pas découragés pour autant, les meneurs décident de faire un crochet par le lycée Monet, en grève lui aussi, et de pousser la marche jusqu'à Place d'Italie avant de rejoindre la Sorbonne. Cortège motorisé sur la ligne 27 du réseau de bus : au fond du véhicule, des types entonnent l'Internationale sur un ton pas convaincu du tout, et de fait : on est désespérément peu nombreux. Il n'est que 9h, et cette journée semble déjà tourner en eau de boudin. Qu'à cela ne tienne : on reçoit sur le trajet un coup de fil d'une personne sur place (à la Sorbonne, donc) : le bâtiment est évacué par les pompiers et la sécurité, vidée la bibliothèque. C'est tout de même incroyable quand on songe au nombre que nous sommes : mais voilà, l'administration déraisonne, et bloque l'accès au centre historique. Arrivés à bon port, les étudiants improvisent un rassemblement sur la place située juste en face. Progressivement, la masse s'agglutine, coagule : on est bientôt 300. Et l'AG peut se tenir, à la surprise de tous.

    Après quelques pourparlers, un rendez-vous est pris pour la semaine prochaine, et un parcours décidé à mains levées. On débraye à l'ENS, Michelet, Jussieu ; et puis, tous ensemble, on marche vers République. "El Khomri au RMI" et "Bernard Arnault à l'échafaud" furent, sans grande surprise, les slogans les plus repris par la foule. C'est bidonnant, boyautant. Le défilé commence à avoir de la gueule. On se marre. Tout le monde se dirige vers le rendez-vous fixé par les organisations : 14h à République. Sur le chemin, un copain reçoit un coup de fil : il n'y aurait pas grand monde sur place. Déception. Mais on continue. Et puis là-bas, surprise : on est plein, beaucoup même. Le regard peut se perdre au loin, et toucher la même foule compacte aux deux bouts de l'horizon. On rigole bien, et puis on se met en route. Pas grand chose à dire sur cette manifestation, sinon que tout s'est bien passé, et qu'on était infiniment mieux à marcher au soleil qu'à s'emmerder en classe. Et là-dessus, rien à discuter, tout le monde est unanime.

    Après avoir foulé le pavé, on arrive donc Place d'Italie, à 16h bien mûr. On décide avec quelques amis de faire une escale à la Bite-aux-Cailles (la vanne est pourrie, mais sur le coup, c'est un chef-d'œuvre comique) : on écluse chacun une pinte avant de repartir à l'AG de 18h à Tolbiac. Nos verres finis, donc, on se remet en route. Et là, l'ambiance a changé du tout au tout. Des cars de CRS, partout, tout le long de la rue : ils enserrent la fac sur chaque côté, et ne laissent pas un seul espace de libre. Les manifestants sont dispersés, éclatés par petits groupes autour du bâtiment, pas sûrs d'eux-mêmes devant un tel dispositif. On apprend que cent braves (on hésite à les appeler autrement) sont rentrés dans la fac pour tenir l'AG, coûte que coûte, et qu'ils se retrouvent désormais prisonniers des lieux, coincés par les flics. Vite, les manifestants se rassemblent autour des deux points de sortie du bâtiment, et commencent à sloguer tous ensemble, plein d'entrain : "Libérez nos camarades". Ça dure un moment comme ça, et puis, subitement un mouvement de foule : des gens courent rue Tolbiac, du nord vers le sud. Les CRS courent eux aussi, sans qu'on y comprenne grand chose. Manifestement, des personnes parviennent à sortir du bâtiment, et d'autres pas. On voit revenir des types, le visage en sang. D'autres sont plaqués au sol par des flics en civil. Indignation totale. Tout, jusqu'ici, s'était passé sans violence. Nous étions quelques uns à avoir décidé de nous rassembler pour continuer à discuter, et l'administration, responsable de la sécurité des étudiants (notez bien l'ironie de la chose), nous envoyait ça : des hommes en casques et matraques. Les traces des bavures sont rapidement effacées : la tâche de sang qui traîne sous un camion de flic et qui fait scandale est vite recouverte par un bout de carton (mais malgré tout photographiée, je crois). Je vais voir un gendarme pour lui demander de l'enlever : "Pour quoi, pour faire des photos? - Oui, par exemple - Désolé, ça va pas être possible". Il a un grand sourire sur le visage; et moi, j'ai la rage, une rage froide, contenue, polie. D'autres personnes sont arrêtées, et hurlent. Elles crient. De façon totalement hystériques. Elles flippent. Les conséquences de leur arrestation, elles les ont tout de suite calculées : garde-à-vue, comparution, et éventuellement : prison. Elles crient, et c'est tout simplement abominable pour nous en face, parce qu'on est impuissants, et qu'on le sait bien. Malgré toutes nos tentatives, on ne parvient pas à parler à celles et ceux qui sont embarquées, ni à recueillir de numéros pour prévenir leurs proches. On se regarde en chiens de faïence avec les flics pendant une heure et demi, et puis le gros des troupes repart à Paris VII. Il est presque 20h, et on a la journée dans les pattes. Fatigue, craquage : je voudrais prendre la parole, mais j'ai pas les idées en place et finalement, je renonce. Rendez-vous est repris demain, à 17h, à Paris VIII. La lutte continue.

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