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Aux racines de la crise de la CGT
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Sur la crise de la CGT
Une contribution communiste-libertaire au débat
Parce que la CGT est au cœur de l’histoire du mouvement ouvrier, l’histoire de notre confédération ne peut se comprendre en dehors de l’histoire des confrontations idéologiques qui ont traversé la classe ouvrière. Tour à tour les conceptions libertaires, réformistes ou communistes-staliniennes en vue de l’émancipation des travailleurs y furent majoritaires. A partir de 1947 l’idéologie communiste-stalinienne a dominé quasiment sans partage. En mettant de côté la question de la FEN pour les enseignants et hormis quelques bases FO animées par une pincée de trotskystes ou d’anarchistes qui avaient rejoints la scission organisée par les socialistes, la CGT a représenté l’essentiel du syndicalisme de combat des années 47 jusqu’au milieu des années 60. Un syndicalisme de classe, c’est-à-dire un syndicalisme intransigeant et porteur d’un projet de société socialiste. Sur les méthodes de fonctionnement, les militants PCF transposaient dans la CGT un soi-disant centralisme démocratique qui ne tolérait aucun pluralisme d’opinion et pratiquait une sélection impitoyable de cadres sur la base de leur supposée discipline.
Mai 68 sera un tournant. Car si la CGT s’est renforcée pendant et après le mouvement, l’auto-limitation de la grève générale aux seules revendications immédiates et la confrontation violente avec la jeunesse révoltée creusa une fracture qui ne se refermera pas. Cabrés sur la lutte contre les « gauchistes » qui contestaient les orientations et les méthodes des communistes-staliniens*, le PCF et la CGT se coupèrent durablement d’une frange importante de militants révolutionnaires : exclusions, refus d’adhésions, interdictions d’accès aux responsabilités, violences physiques… tout est fait pour pousser ces jeunes libertaires, trotskystes, maoïstes hors de la CGT. Certains s’accrochèrent néanmoins. Mais beaucoup finiront par grossir les rangs de FO ou de la CFDT pour y construire des espaces de radicalité en compétition directe avec la CGT. Les féministes se heurtèrent au même mur aboutissant à la fermeture du mensuel Antoinette.
Les années 70 seront alors celles du soutien inconditionnel au Programme commun renforçant l’illusion réformiste parmi les travailleurs et les militants en une solution électorale à la question de l’émancipation de la classe ouvrière ; et nourrissant l’attentisme social. Cela débouchera au début des années 80 sur le soutien inconditionnel au gouvernement PS/PCF de 1981 à 1984 avec le pied sur le frein des luttes pour ne pas perturber le gouvernement d’Union de la Gauche et ne pas gêner le travail des « camarades ministres ». Dans la même décennie le soutien officiel sans faille affiché au camp soviétique malgré les informations de plus en plus claires sur les « socialisme réel » entretiendra un malaise idéologique certain qui culminera dans les débats autour du surgissement en Pologne de Solidarnosc.
La génération des militants PCF qui ont construit et dirigé la CGT sur 40 ans est alors une génération issue de la Résistance. Elle portait un espoir de révolution basée sur le renforcement et l’expansion du bloc soviétique. De ce point de vue l’histoire a tranché… Mais dans sa grande majorité cette génération était politiquement honnête. Ni Séguy ni Krasucki n’ont été salis dans leur vie personnelle. Et quand les militants PCF détournaient dans la CGT ou dans les CE des moyens syndicaux (hommes, influences et deals, argent…) ce n’était pas pour leur bien être personnel mais pour leur parti et leur vision de l’émancipation. Que cette vision fut erronée est une autre histoire. Pour bien des militants devenir permanent était un honneur qui souvent coutait une baisse de salaire et des journées de travail sans fin.
L’effondrement définitif de cette vision de l’émancipation dans les années 90, le changement de génération, l’effondrement du PCF ont laissé la CGT sans boussole politique aucune. La défaite du stalinisme laissera alors des milliers de militants orphelins, épuisés, cyniques. Et la marginalisation des révolutionnaires non-PCF depuis 68 privera la CGT des ressorts militants et politiques qui auraient permis une déstalinisation réussie ; une réorientation qui aurait sauvegardé les principes d’un syndicalisme de classe. Sur le champ de ruine idéologique et humain abandonné par le stalinisme se mettra en place la progression des idées réformistes dans la CGT et la corruption qui nous atteint. Malgré leur tout petit nombre de militants dans la CGT, les adhérents du PS et leurs alliés « huïstes » vont se retrouver sur-représentés dans l’appareil confédéral. Trop souvent les heures syndicales servent à la vie personnelle, les permanents ne viennent plus aux manifestations du samedi, l’argent des CE nourrit les restaurateurs et les vendeurs de matériels informatiques… Aux postes de grandes responsabilités des arrivistes sans talent ni principes se mènent des guerres lamentables qui ne portent même pas sur des divergences de fond mais sur le partage du magot ! Quelles sont les divergences, quels sont les enjeux des déchirements actuels au sein de la direction confédérale ? Nul ne saurait le dire tant nos dirigeants sont creux et interchangeables.
Les idéaux et les racines libertaires de la CGT sont aujourd’hui quasiment oubliés. Et pourtant dans les débats qui montent, dans les résolutions que publient nombre de syndicats, d’UD et même de fédérations, ce sont les exigences de respect du fédéralisme et de la démocratie, de contrôle et de rotation des mandats, de probité militante, de conditions matérielles des permanents, de radicalité revendicative, de projet émancipateur renouvelé qui sont mises en avant. Il devient évident qu’un retour aux sources de la CGT des premières années nourrirait utilement les débats. L’année 2015, celle des 120 ans tombe à pic !
S’il est indispensable de faire le ménage « en haut » et que le CCN de janvier prenne des dispositions transitoires et radicales pour une direction provisoire et un congrès extraordinaire rapproché, il faut aussi que les travailleurs et les syndiqués se réapproprient leurs structures, remettent sous contrôle l’activité des leurs élus, de leurs permanents, de leurs directions syndicales. La révolution culturelle indispensable à notre confédération se fera par le bas ou ne sera qu’un pauvre replâtrage qui ne tiendra que le temps d’un sursis.
Les militants de sensibilité communistes-libertaires sont aujourd’hui minoritaires dans la CGT. Ils ne cherchent pas à construire une tendance politique car ce n’est pas leur philosophie et d’ailleurs nombre d’entre eux ne sont adhérents d’aucun groupe politique. Leur seul combat est de contribuer au redressement de la CGT sur des bases de classe et de démocratie directe pour que le syndicalisme redevienne l’école des travailleurs pour une société communiste autogérée. Le pluralisme des philosophies politiques porteuses d’un projet d’émancipation anti-capitaliste figure toujours dans les statuts de la confédération. Il n’y aura pas de sursaut sans une volonté partagée des militants anti-capitalistes de toutes écoles, y compris des camarades du PCF qui n’en peuvent plus de 20 ans de dérive de la confédération, de travailler tous ensemble au redressement de notre vieille maison.
Jean-Yves Lesage, responsable du Collectif Routage Ile de France, membre de la CE du Syndicat Général du Livre et de la Communication Ecrite (SGLCE-CGT). 16 décembre 2014.
*Ceux que le PCF et la presse bourgeoise appelaient alors l’extrême-gauche formaient une frange large et très variée dont les réponses pouvaient être fort différentes et bien entendu pas toujours adaptées.




