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CGT: Philippe Martinez se croît déjà élu...

syndicalisme

Brève publiée le 15 janvier 2015

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.lesechos.fr/economie-france/social/0204082597698-avant-meme-detre-elu-philippe-martinez-se-pose-en-patron-de-la-cgt-1083499.php#xtor=RSS-71

Se présentant comme le «possible futur secrétaire général de la CGT», Philippe Martinez a tenu une conférence de presse dès le lendemain du CCN qui a désavoué la proposition de bureau confédéral dont il faisait partie mais lui a demandé de constituer une nouvelle équipe.

Le communiqué est tombé à 15h20 mercredi : «Marie Saavedra, Frédéric Imbrecht et Philippe Martinez, membres de la direction de la CGT, vous convient à une conférence de presse à 17h00». Le sujet ? Mystère, d’autant que le sujet chaud était la négociation sur le dialogue social, dont une ultime négociation débute ce jeudi (l’oubli a été réparé ensuite puisqu’à la tribune de la salle des conférences de presse, Agnès Le Bot, qui y dirige la délégation CGT était présente).

L’actualité n’était en réalité pas l’essentiel. Il s’agissait d’abord de tourner au plus vite la page de l’épisode de la veille où le Comité confédéral national de la CGT - qui est en quelque sorte son parlement - avait rejeté la proposition de nouvelle équipe de direction dont Philippe Martinez était non seulement membre, mais présenté comme futur numéro un. La liste avait recueilli 57,5% des voix là où les statuts de la CGT en exigent deux tiers. «Beaucoup de gens avec 57% sont élus», a eu besoin de préciser le syndicaliste. Celui qui est encore secrétaire général de la fédération de la métallurgie, troisième plus importante de la centrale et première sur le seul secteur privé, a surtout insisté sur l’autre décision du CCN, prise à la quasi-unanimité (8 abstentions et 2 voix contre) : celle de lui confier le soin de constituer un collectif pour composer une nouvelle proposition de bureau confédéral. Ce vote «ne prête à aucune ambiguïté», a pointé le syndicaliste.

Présidentialisation de la fonction

Ce premier rendez-vous médiatique visait aussi à permettre à ce francilien de 53 ans qui a fait toute sa carrière professionnelle chez Renault, inconnu du grand public, de commencer à se faire un nom. C’est plus que nécessaire : le service de presse n’avait jusqu’à ce mercredi même pas de photo officielle à fournir de celui que le compte rendu à la presse du CCN présente comme «pressenti pour être le futur secrétaire général de la CGT» . Une telle intervention médiatique était-elle pour autant indispensable alors même que les médias ont été depuis le début de la crise la cible d’attaques incessantes de la direction confédérale qui tranchent avec les grands discours de ces derniers jours sur la liberté d’expression et la liberté de la presse ? Elle pourrait en tout cas froisser une partie des militants car Philippe Martinez n’est qu’un responsable parmi d’autres.

Ce n’est que lors du CCN des 3 et 4 février qu’il devrait, sauf surprise, être adoubé par ses pairs. Il n’est peut être pour l’instant que le «possible futur secrétaire général de la CGT», il entend bien asseoir dès à présent son autorité. Alors que certains avaient proposé la construction collégiale de la nouvelle direction, il a expliqué avoir «demandé au CCN de pouvoir choisir [lui-même] de quel collectif [il allait s’]entourer» pour construire la prochaine direction. Une présidentialisation de la fonction de secrétaire général dans la continuité du fonctionnement de Bernard Thibault à la fin de son dernier mandat et pendant la parenthèse Lepaon, mais qui va à rebours de la culture de la CGT qui a toujours fonctionné sur une base collective.

Face à la presse, il s'est clairement déjà positionné comme le déjà numéro un de la CGT, livrant son analyse de la situation de l’organisation : une centrale «pas en hibernation», ni en crise, mais « traversant une période inédite ». Il en a livré une vision plus tournée vers la contestation que vers la négociation. « La lutte, ça compte ; le rapport de force, ça veut dire quelque chose, au CCN, ça, ça serait voté à l’unanimité », a-t-il insisté, ne laissant qu’une place subsidiaire à la négociation. Sur celle en cours sur le dialogue social, c’est machine arrière toute. Alors que la délégation CGT avait cherché à bousculer les discussions par des propositions iconoclastes, c’est maintenant machines arrières toutes, la centrale sera «inflexible», a affirmé le syndicaliste, ajoutant qu’«on ne peut pas se laisser imposer un type de syndicalisme [que le patronat] rêverait d’avoir en face de [lui] et je dirais même plutôt à côté de [lui]», a-t-il dénoncé, affirmant que l’«on veut forcer la main de la CGT pour qu’elle change son mode de fonctionnement et son type de syndicalisme ». Le credo de Philippe Martinez est ailleurs : c’est la proximité avec les salariés, qui peut même justifier la signature d’un accord rejeté par le syndicat s’ils le souhaitent. «On veut des salariés acteurs», a-t-il insisté, reconnaissant que «tout le monde n’est pas d’accord là dessus à la CGT mais que cela fait partie du débat».

Aucun membre du bureau confédéral sortant

Aimable, s’autorisant même des traits d’humour, Philippe Martinez a néanmoins marqué une pointe d’agacement lorsqu’il a été interrogé sur le fait que la représentante de la fédération de la Santé, dont il est très proche de la numéro Un, n’ait pas respecté le mandat que lui avait donné ses instances qui était de voter contre sa première proposition de bureau confédéral. Il a affirmé que le mandat qui avait été défini avant que la liste soit connue était ouvert, c’est-à-dire qu’il pouvait être modifié en séance. Or il n’en est rien. Dans la déclaration du 12 janvier dont «Les Echos» ont eu connaissance, le conseil fédéral de la santé affirme qu’il «ne reconnaît pas de légitimité de la commission ad hoc mise en place [pour proposer un nouveau bureau confédéral] et se prononce donc contre la proposition [...] du fait de son pilotage» par Thierry Lepaon.

Par ailleurs, de façon assez surprenante, car il n’y a nulle trace d’une telle décision du CCN, il a prétendu que son parlement avait «réaffirmé le souhait que dans le futur bureau confédéral, il n’y ait aucun membre du bureau sortant et aucun des anciens prétendants à la succession de Bernard Thibault». Mais cela ne veut pas dire qu’il va dessaisir les anciens de leurs dossiers : «On va continuer à travailler avec les équipes qui bossent.» 

Et pendant ce temps-là, où était Thierry Lepaon ?

Mais où est Thierry Lepaon, a-t-il été demandé au «possible futur secrétaire général» de la CGT. Au conseil économique, social et environnemental, en train d’écouter la présentation d’un avis sur les inégalités environnementales et sociales rédigé par une conseillère cégétiste, aurait pu répondre Philippe Martinez. Il aurait même pu ajouter que le président de l’assemblée consultative, Jean-Pierre Delevoye, l’avait remarqué et lui avait rendu un hommage appuyé de la tribune... Mais il ne le savait pas. «Il est dans ses chaussures», a donc répondu du tac au tac Philippe Martinez ajoutant : «Vous demandez pourquoi il n’est pas là alors que depuis des semaines, vous dites : pourquoi il est là.» 
Thierry Lepaon «a besoin de repos» et «fera comme tous les anciens secrétaires généraux, c’est sa conception à lui aussi, il quittera la Commission exécutive confédérale, vous verrez ça dans quelques... plus tard», a-t-il ajouté. Il n’a pas précisé s’il irait jusqu’au prochain congrès, en mars 2016, mais il a affirmé que le syndicaliste normand avait toujours «toute sa place à la CGT».