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Le chômage et la croissance selon Le Figaro et Les Echos
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://www.ccr4.org/Le-chomage-et-la-croissance-selon
Martin Noda
La dernière semaine de février a vu la publication, comme de coutume, des derniers chiffres relatifs à la situation économique et sociale en France. Depuis le ministère du Travail, François Rebsamen s’est félicité d’une inflexion de la courbe du chômage.
Du côté de Bercy, on s’est réjoui d’une perspective de croissance proche de 1%. Est-ce assez pour dire que la crise est finie ? Hollande commencerait-il à respecter ses promesses de campagne ? La réalité est bien différente, les jeunes et les travailleurs le savent bien. D’un point de vue bien distinct, en revanche, Le Figaro etLes Echos se sont chargés de dire ses quatre vérités au gouvernement et d’avancer quelques « propositions ».
« Le Pérou est encore loin… »
Le Figaro est en campagne toute l’année, on le sait, mais plus encore, peut-être, à l’approche des cantonales de mars. Dans son édito du mercredi 25 février, le journal de Dassault a tenu à relativiser l’optimisme gouvernemental : « le Pérou est encore loin… ». En effet, selon l’éditorialiste, « la confiance des chefs d’entreprise n’est pas revenue (...). Or, sans confiance, pas d’investissements (...). Autre signe [que la reprise est encore loin], le manque de compétitivité des entreprises ». La solution, pour Le Figaro ? « Seule la mise en œuvre de réformes structurelles permettra à la France de retrouver un dynamisme durable ». Flexibilisation accrue du travail, modération salariale, réduction de la dépense publique, les bonnes vieilles recettes sont convoquées. Macron a encore du pain sur la planche.
Les Echos, maître-chanteur
Les Echos relativisent, quant à eux, l’enthousiasme gouvernemental par rapport aux chiffres du chômage. Le nombre de chômeurs de catégorie A, à savoir ceux qui n’ont aucune activité, a en effet diminué, avec 19.000 travailleurs sans emploi en moins, soit une baisse de 0,5% pour le mois de janvier. En revanche, ce que le gouvernement s’est bien gardé de souligner, c’est que les chômeurs de catégorie B et C ont, eux, augmenté de 0,3%, ce qui représente une hausse cumulée de 6% sur l’année. Peu de travail stable, donc, et une augmentation de la précarité.
Qu’on se rassure. Les Echos ne se sont pas transformés en organe central des travailleurs sans emploi. Le problème fondamental, pour le journal du Medef, c’est que l’assurance-chômage coûte cher. « Notre généreuse assurance-chômage a été conçue pour absorber quelques déficits liés au cycle économique, pas une succession de déficits structurels » [1]
Considérant le déficit actuel, les amis de Pierre Gattaz ne pensent aucunement que la solution serait de revoir les cadeaux faits aux patrons en termes d’exonérations de charges, en bonne partie à l’origine du déficit en question. L’idée des Echos, c’est de réduire les indemnités destinées aux chômeurs.
Pour que le système devienne « à la fois moins dispendieux pour les générations futures et plus incitatif au retour à l’emploi des chômeurs d’aujourd’hui », l’innovation, pour Les Echos, consisterait à faire en sorte que l’indemnité-chômage soit beaucoup plus dégressive qu’elle ne l’est actuellement, pendant les deux ans que dure la couverture. « Pourquoi les syndicats [qui cogèrent le système] accepteraient-ils de réduire la durée des droits pleins – l’une des plus longues de l’OCDE – ou de revenir à la dégressivité en vigueur de 1992 à 2001 ? », s’interrogent Les Echos ? Le déficit étant financé par des crédits garantis par l’Etat, ce dernier n’aurait qu’à déclarer cesser d’être garant, en dernière instance, pour tailler dans le vif. « Gageons qu’alors la peur de la faillite donnera du courage aux plus récalcitrants ».
A échelle réduite, le patronat brandit la menace d’un « Grexit » sur le système d’assurance-chômage pour mettre au pas l’ensemble des directions syndicales. En Italie, avec la réforme du marché du travail contenue dans le « Jobs Act » du gouvernement « de gauche » de Matteo Renzi, les syndicats sont même appelés à jouer le rôle d’agences de placement pour les chômeurs, au même titre qu’Adeco ou Manpower.
On n’arrête pas le progrès. Mais avec les recettes les plus éculées. Pour atteindre « le Pérou », le patronat est prêt à cogner à coups redoublés sur les travailleurs, qu’ils occupent ou non un emploi.
01/03/15
[1] « L’assurance du chômage », Les Echos, 26/02/2015.




