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"Le FN est devenu le parti du prolétariat du secteur privé"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde)
Pour le sociologue Sylvain Crépon, enseignant à l'université de Tours et membre de l'Observatoire des radicalités politiques-Fondation Jean-Jaurès, le FN est maintenant le parti du " sous-prolétariat des “petits Blancs” qui a du mal à s'en sortir ".
Qui sont les candidats du FN pour les départementales ?
Ce ne sont pas les premières mains qui sont mises en avant, étant donné le nombre de candidats. Cependant, beaucoup de conseillers municipaux ont été investis. Cela signifie que le FN s'inscrit dans un processus de notabilisation et d'implantation. Cela lui offre un ancrage et une visibilité. Au-delà des résultats à proprement parler, c'est ce maillage qui va être très important pour le FN. Le parti d'extrême droite l'avait perdu depuis la fin des années 1990, après la scission de Bruno Mégret en 1998. Les frontistes sont en train de le reconstituer progressivement.
Au vu de leurs origines sociales, les candidats frontistes semblent correspondre à leur électorat…
C'est vrai, il y a une ressemblance entre candidats et électorat. C'est très important, notamment dans les zones périurbaines un peu délaissées. Les sympathisants se disent : " Ce ne sont pas des technocrates, ce sont des gens qui pensent et parlent comme nous, qui comprennent nos problèmes. " Cela contribue à légitimer le FN, notamment lors d'élections locales.
Le Front national est devenu le parti du prolétariat du secteur privé, du sous-prolétariat des " petits Blancs " qui travaille, qui a du mal à s'en sortir. Les électeurs et les candidats du FN sont ainsi confrontés aux réalités de la précarité du secteur privé : ce sont les caissières de supermarché, les temps partiels subis… Ils ont le sentiment d'une condition ouvrière anomique, d'une incapacité à se constituer une identité et une condition ouvrières. Il ne faut pas oublier que ce sous-prolétariat est soit peu politisé soit de droite. Avec eux, il n'y a pas de vases communicants avec la gauche.
Cet électorat est définitivement perdu par les partis traditionnels ?
Il ne trouve d'espace d'expression de son ressentiment qu'au sein du FN qui les accueille et les comprend. Le PS et le Front de gauche n'ont pas de relais au sein de ces catégories sociales.
Il n'y a plus que le FN qui parle à ces électeurs de leurs préoccupations sociales et économiques. Le parti de Marine Le Pen essaie, en fait, de reproduire ce que faisait le Parti communiste à l'époque de Georges Marchais. L'ancien secrétaire général du PCF (1972-1994) avait compris ces problématiques. Ce n'est peut-être pas un hasard si Marine Le Pen fait aujourd'hui son éloge.
La droite s'est-elle aussi durablement coupée de ces électeurs ?
Nicolas Sarkozy avait su les séduire en 2007, avec son discours identitaire et ses propos sur la valeur travail. Aujourd'hui, je ne vois pas, dans ce que fait M. Sarkozy à l'UMP et dans la façon dont le PS est géré, comment cet électorat pourrait revenir vers l'un ou l'autre de ces partis.
Y aura-t-il un avant et un après les élections départementales ?
Ce qui est sûr, c'est que ces élections seront un tournant majeur dans l'histoire du Front national. Les élections européennes - auxquelles le FN est arrivé en tête en 2014 - sont un scrutin beaucoup plus symbolique, une sorte d'exutoire. Les départementales sont une pièce maîtresse de l'édifice que le FN veut construire.
Déjà, les municipales de 2014 ont été fondamentales. Cela va se renforcer cette année avec les départementales, qui participent de la même logique de maillage local. Ce préalable doit préparer les prochaines échéances nationales que sont la présidentielle et les législatives de 2017.
Propos recueillis par A. Me.




