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Comment on devient "rouge brun" pour Quatremer
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Vous savez quoi ? C'est fait. Je suis un "rouge brun". C'est vrai, c'est Quatremer qui l'a dit. Il l'a dit dans un tweet, aussitôt après la chronique du matinaute de mercredi. Un tweet promptement repris par quelques confrères, comme Leparmentier, du Monde, ou l'ineffable Renaud Dély deL'Obs, le fan de Le Pen (Jean-Marie).

C'est ma semaine : l'autre jour, j'étais traité par Soral de "sioniste de gauche". Je devrais arriver à en rire, comme d'habitude. A traiter ça de haut. S'agissant de Soral, je n'ai pas de mal. S'agissant de son symétrique Quatremer, je n'y arrive pas. Rouge brun. Brun comme les chemises brunes. Il faut se souvenir de ce que les mots veulent dire, Quatremer, avant de tweeter. C'est la première fois qu'on me traite de nazi, ça fait drôle. Enfin non, ça ne fait pas drôle du tout. C'est juste ignoble. Mais on en est là. Un journaliste de Libération en est là. Je sais que je ne suis pas le premier. Pour Quatremer, et le carré d'excommunicateurs de sa secte, quiconque critique l'UE est aussitôt soupçonné. Parmi bien d'autres, Todd ou Sapir en ont fait l'expérience, pour ne pas parler de Mélenchon. Mais c'est la première fois que je ressens, dans ma chair, l'infâmie de ce marquage. Fin de la parenthèse personnelle.
Après le tweet, il revient dans l'affaire sur son blog. Pas lui, mais un de ses internautes, dont il reproduit le post, anonyme évidemment, sous le pseudonyme de "Toral". Entretemps, il faut croire qu'il s'est un peu calmé. Ce brave garçon qui me traite de nazi explique qu'il expurge le texte de "Toral" d'une "attaque personnelle". Monsieur est trop bon. Attaque qu'on peut encore néanmoins lire dans le forum d'un autre billet, et où j'apprends que je "passe le plus clair de mon temps à cracher mon amertume et ma bile". Oui, c'est dans les commentaires du blog de Quatremer. Le même qui bannit impitoyablement tous ceux qui critiquent son eurolâtrie.
A propos de la vente par l'Etat de 3,96% de Safran, je résume donc les arguments de "Toral", endossés par Quatremer. Oui, l'Etat français a peut-être vendu quelques bijoux de famille, mais c'étaient des petits bijoux. Dont il n'avait pas vraiment besoin. Qui ne rapportaient pas grand chose. Et il les a vendus un bon prix. Fermez le ban.
Comme le rappelle obligeamment "Toral", je ne suis pas économiste. Pas davantage que le juriste Quatremer, d'ailleurs, ou même le littéraire François Lenglet, de France 2, dont je reprenais en l'occurence l'analyse. Mais la différence, c'est que je ne fais pas semblant. L'objet de la chronique de mercredi n'était d'ailleurs pas tant de dénoncer cette vente en tant que telle, mais de la relier à un autre phénomène passé inaperçu : la création de "sociétés de projet", chargées de louer frégates et avions à l'Armée. Avec ma petite licence en droit, j'ai tout de même quelques convictions de base, dont celle-ci : je préfère voir un certain nombre d'entreprises stratégiques entre les mains de l'Etat, plutôt qu'entre celles du privé. C'est mon opinion de citoyen, chacun a le droit d'en avoir une autre.
Mais ce n'est pas ce qu'on me reproche -sans quoi Quatremer s'en serait pris à Lenglet. Ce qu'on me reproche, c'est d'avoir cité Florian Philippot, comme seul responsable politique français à avoir critiqué cette cession. Quel crime ! Citer Philippot ! Reconnaître qu'il existe dans ce pays un parti nommé le Front National ! Alors précisons les choses, puisque Quatremer en a visiblement besoin : si je relève que Philippot est le seul à avoir à ce jour réagi, j'en suis, en citoyen, désespéré. Comme je suis désespéré à chaque fois que sur un sujet ou un autre je me sens "exprimé" par le seul FN, sachant bien ce que nous ne cessons de répéter ici : que le FN n'est en aucune manière une solution à quoi que ce soit, qu'il est resté dans ses profondeurs un mouvement xénophobe et parfois raciste, que sa "dédiabolisation" est pour une large part une création médiatique (à laquelle il est d'ailleurs arrivé que participe Libé, notre journal commun avec Quatremer). Mais ce n'est pas une raison pour -en tant que journalistes- passer sous silence ce qu'ils disent, ni souligner qu'ils sont les seuls à le dire.
A la vérité, je me reconnais un tort, même si je doute que ça me dérougebrunise aux yeux de Quatremer. J'aurais dû rappeler qu'un autre responsable politique a régulièrement dénoncé les privatisations rampantes d'entreprises stratégiques, sur son blog : c'est Mélenchon. Pas cette fois-ci, mais lors des cessions précédentes (car l'Etat vend petit bijou par petit bijou). Il l'avait évoqué le 17 avril 2013. Il y est revenu, plusieurs fois, par exemple le 4 décembre dernier. Bref, il était présent sur le sujet, bien avant Philippot, comme me l'ont fait remarquer plusieurs abonnés, ici, dans nos forums. Dont acte.
Mais vous savez quelle est la meilleure phrase du billet de Quatremer ? C'est celle-ci, à propos de la vente de Safran : "Bruxelles n'a rien demandé de tel". Oui, il écrit ça. Ce n'est pas la commission européenne, qui exige que la France réduise son déficit. Comme ce n'est certainement pas la Troïka, qui a imposé à la Grèce l'austérité qui l'a enfoncée dans l'impasse. Attention : ne me rappelez pas que la Grèce avait maquillé ses comptes, et que la France a ratifié le traité de Lisbonne. Je connais tous ces arguments, ils sont recevables, et on peut parfaitement débattre des responsabilités partagées, dans la situation actuelle, de l'UE, des Etats, et des peuples. Mais on ne débat pas avec quelqu'un qui vous traite de nazi. Le meilleur agent de l'europhobie en France, il ne faut pas le chercher très loin. Il s'appelle Jean Quatremer.




