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Harcèlement sexuel chez PSA. Les intérimaires, premières victimes
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://ccr4.org/Harcelement-sexuel-chez-PSA-Les
Yann Hamard
L’automobile, un secteur d’hommes ou.... dominé par des hommes ? Le harcèlement sexuel n’est pas l’apanage de la vie de bureau, du secteur tertiaire et des tailleurs-jupes. Les femmes le subissent également dans les usines où elles travaillent. A PSA Mulhouse, ce sont les « petites nouvelles » arrivées dans les ateliers et sur les chaînes, qui cumulent l’inexpérience et la précarité du statut d’intérimaire, qui en font les frais. Dans la plus totale impunité, ce sont des pratiques d’un autre âge qui s’exercent. Promesse de CDI (jamais concrétisé) contre droit de cuissage. Le patron et la hiérarchie ferment les yeux sur les abus sexuels et d’autorité. Un véritable scandale.
Harcèlement à la chaîne
L’histoire commence il y a quelques années. Un Responsable d’Unité affecté de nuit a été surpris par le gardiennage en flagrant délit « d’ébats intimes », et ceci à l’intérieur d’un véhicule en compagnie d’une jeune intérimaire. Après avoir reçu de belles promesses d’obtention d’un C.D.I, la jeune femme avait cédé aux avances du chef, qui, connu tel le loup blanc par les salariés, n’en était pas à son coup d’essai, l’attribution d’un C.D.I étant sa spécialité. Cela dit, l’intérimaire fut mise en fin de mission. Le R.U, quand à lui, vaque toujours à ses occupations sans avoir été inquiété à outre mesure…
Il y a quelques mois, au Système 2, l’histoire se répète. Une stagiaire-vacances a subi des attouchements de la part d’un moniteur, lui aussi rôdé à la pratique. Mais cette fois, la victime, conseillée et aidée par un membre de sa famille, écrit une lettre de protestation à la direction. L’agresseur a finalement été convoqué. Mais vaillamment défendu par la FO, il s’en sort à bon compte sans guère d’inquiétudes…
Peu de temps après, une jeune intérimaire fait l’éloge de doux compliments de la part de ce même moniteur, accompagné, cette fois-ci par l’un de ses collègues (qui, soit dit au passage, n’avait rien à faire dans ce secteur, mais qui se promène tous les jours en argumentant qu’il surveille « les gestes et postérieurs »… heu non pardon ! … « les postures » des nouvelles arrivées. Au bout de quelques jours, la jeune intérimaire consent à donner son numéro de portable à l’un des deux individus. Les jours suivants, elle est constamment harcelée de messages salaces. La victime n’est pourtant pas au bout de ses peines. Son compagnon, qui découvre les messages, décide de la quitter. Bien entendu, la victime est mise en fin de mission. Les auteurs, eux, continuent leurs agissements sans aucun état d’âme…
Dernier épisode, en effet, et ce dans le même secteur. Les deux compères réitèrent leurs agissements auprès de nouvelles arrivantes, n’hésitant pas (sous un faux air de plaisanterie) à leur préciser que si elles ne donnaient pas leur numéro de téléphone, le contrat risquait de ne pas être renouvelé. Mais cette fois-ci, ils ont fait choux blanc !
Chômage et précarité : un cocktail de jouvence pour la domination masculine
C’est un profond dégoût qu’inspirent les pratiques de ces personnes ! La manière dont ils opèrent est bien huilée : les intérimaires sont, pour la plupart, à peine majeures et il s’agit de leur premier emploi. Les camarades rencontrées durant les trois premières semaines de formation ayant été dispatchées ici et là, elles se retrouvent en ligne de montage, dans un milieu où il faut courir pour ne pas couler, surtout ne pas faire de défauts, et tout cela avec des collègues que l’on ne connaît pas et qui sont, eux aussi, stressés.
Et pour couronner le tout, voilà des RU qui vous mettent la pression si vous commettez le moindre écart de conduite. Quoi de plus facile, pour des professionnels du cuissage, que d’arriver tel un protecteur en arborant un sourire rassurant. Après une courte présentation de « petit-chef-connaissant-tout-le-monde » argumentant des propos style « Ne t’inquiète pas, on va t’aider… Si tu n’y arrives pas, aucun souci, tu m’appelles… Tu veux un café ? », on peut aisément comprendre qu’avec l’intimidation et l’inexpérience, l’intérimaire finisse par céder à quelques avances qu’elle croit innocentes et nécessaires pour « être intégrée dans un milieu d’hommes »... La suite, on la connaît !
Chantage au CDI et à la sécurité matérielle contre quelques faveurs sexuelles, quoi de plus facile en ces périodes de chômage et de précarité. Et ce ne sont là que quelques cas, à PSA Mulhouse, et ce sont les mêmes scènes qui se répètent dans les autres usines…
Ni sanction, ni prévention
Quoi qu’il en soit, à ce jour, le constat est sans appel : aucune sanction n’a encore été prononcée envers les auteurs harceleurs qui continuent à agir en toute impunité. De même, aucune prévention n’est mise en place pour prévenir de ces agissements lors de la formation des intérimaires ! Si une intérimaire se plaint, on la vire, point barre !
Cela dit, un drame finira par arriver si aucune action n’est entreprise, et il ne fait aucun doute, aux yeux de tous, que la direction cautionne ce genre de comportement. D’ailleurs, il se pourrait bien, et ce dans un avenir proche, que certains médias finissent par dénoncer cette situation qui pourrait déclencher un véritable scandale au sein d’une usine dont « l’excellence » est le seul et unique argument d’une direction ventripotente de bénéfices.
Tout finit par se payer, un jour !
17/03/15




