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L’Italie est-elle au bord d’une crise financière majeure ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
L’augmentation importante des prêts non performants des entreprises italiennes inquiète plusieurs économistes dont certains prévoient "une crise majeure" dès cet été.
Après la Grèce, l’Italie ? L’inflation galopante des crédits à risques des banques italiennes – ceux dont le remboursement accuse plus de 30 jours de retard - inquiètent plusieurs économistes dont certains prévoient "une crise majeure" dès cet été. Selon la Banque d’Italie, ces prêts non performants ont atteint 185 milliards d’euros en janvier et ils devraient continuer de croître en 2015, d’après une étude du cabinet d’audit PwC, dévoilée le 25 mars (LIRE L'ETUDE ICI : http://tendanceclaire.npa.free.fr/contenu/autre/etude_pwc.pdf). La règle des 30 jours est propre à l'Italie, qui a des critères plus stricts que la plupart de ses voisins européens, qui considèrent ces prêts comme douteux après 90 jours de retard.
"On est focalisé sur la Grèce mais la situation des banques italiennes est tout aussi problématique, prévient l’économiste Jacques Sapir auteur deFaut-il sortir de l’Euro ?. Les prêts douteux augmentent sans cesse. Ils sont proches de 15 à 20 % là où ils devraient être à 5%. Il y a en tout cas un parallèle à faire avec la Grèce qui a connu une poussée très forte des prêts non performants en 2010-2011". Intesa Sanpaolo, première banque italienne et troisième plus grand groupe bancaire européen, a par exemple vu ses crédits à risques passer de 5% en 2008 à 17% en 2015. La deuxième plus grosse banque du pays, UniCredit, détient elle plus de 14% de ces prêts douteux, beaucoup plus que les banques françaises comme le Crédit agricole (3,8%) où BNP Paribas (6,6%).
L'idée d'une "bad bank" n'a pas été retenue
Pour faire face à cette situation, l’instauration d’une structure de défaisance sur le modèle de la "bad bank" espagnole a d’ailleurs été évoquée, avant d’être écartée par le Trésor italien car trop contraignante à mettre en œuvre. Des solutions plus légères, sans intervention directe de l’Etat, sont privilégiées telles la mise en place d’incitations fiscales pour pousser les banques à vendre ces crédits non performants ou des mécanismes permettant aux créanciers de recouvrer plus facilement leurs créances ou encore une "révision du droit des faillites" (entre 2012 et 2013 elles ont augmentées de 13%, Ndlr). "Les délais légaux pour gérer une faillite et récupérer les actifs sont très importants, c’est le problème majeur de l’Italie car cela crée notamment une accumulation des stocks", juge David Grinsztajn, en charge des banques italiennes chez Alpha Value.
Contrairement au secteur bancaire français - dominé par les quatre poids lourds que sont BNP Paribas, la Société générale, Banque Populaire Caisse d'Epargne et le Crédit agricole -, le système bancaire italien ne compte lui que deux grandes banques : Intesa Sanpaolo et UniCredit. On retrouve ensuite environ 700 établissements de taille moyenne. Illustration de cette différence : l'Italie compte plus de 60 agences bancaires pour 100.000 personnes, contre une quarantaine en France et une trentaine au Royaume-Uni. "L’Italie possède un système bancaire éclaté avec un fonctionnement assez coûteux, poursuit David Grinsztajn. Mais l’un des gros problèmes est le niveau de fonds propres des banques qui est très bas". Cette faiblesse a d’ailleurs été mise en lumière par les tests de résistance de la BCE, en octobre, puisque neuf banques italiennes sur les 15 soumises à l’exercice ont échoué. Elles vont devoir présenter en juillet à la banque de Francfort un plan de reconstitution du capital.
Les banques italiennes sollicitent la BCE
Le bilan du troisième mégaprêt de la BCE aux banques (TLTRO), annoncé le 18 mars, a aussi alimenté l’inquiétude vis à vis de l’Italie. Sur les 97,8 milliards d’euros alloué par la BCE, dans le cadre de ce système de prêt très bon marché sur quatre ans, plus de 30% ont été versés à des banques transalpines– contre 18% par exemple lors du premier prêt en septembre. "Les banques italiennes, à cause de leur nombre important de prêts non performants, utilisent l’argent du TLTRO pour nettoyer leur bilan, cet argent ne profite pas du tout aux ménages et aux entreprises, indique Jacques Sapir. Le fait qu’elles sollicitent encore plus cet argent qu’il y a quelques mois est assez inquiétant et révélateur de l’état du système bancaire italien". "Les banques européennes, spécialement italiennes, n’ont pas nettoyé leurs bilans suffisamment tôt et elles s’y attellent maintenant, mais il fallait le faire bien avant car ces bilans, en trois, quatre ans, se sont nettement dégradés" abonde Jézabel Couppey-Soubeyran, spécialiste des risques bancaires, Maître de conférences à l’Université Paris 1.
Certains économistes comme Jacques Sapir redoutent notamment que cette situation ne propulse l’Italie dans une spirale similaire à celle qu’a connue la Grèce. "On peut s’attendre à une crise bancaire italienne majeure cet été, annonce-t-il. Tout va dépendre de la Grèce. Si les négociations avecBruxelles échouent, ce qui est probable, les Grecs n’auront pas d’autre solution que de sortir de la zone euro. Il y aura alors un retrait des investisseurs hors zone euro de beaucoup de pays européens. Cela posera alors un gros problème à l’Italie puisque la plupart des obligations émises par les entreprises ("corporate bonds"), sont achetées par des investisseurs hors zone euro". "Je ne pense pas qu’une crise éclate rapidement, nuance pour sa part Nicolas Véron, spécialiste de l’Union bancaire, cofondateur du think thank européen Bruegel. Les conditions d’emprunt des grandes entreprises italiennes sont assez bonnes mais tout dépendra surtout de la reprise ou non de l’activité".




