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Victoire importante du Jobbik en Hongrie
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Le parti d'extrême droite profite de l'érosion des conservateurs lors d'une législative partielle
C'est une défaite douloureuse pour la droite conservatrice au pouvoir à Budapest, et un avertissement à l'ensemble de l'Union européenne : dimanche 12 avril, le parti d'extrême droite Jobbik a remporté l'élection partielle de Tapolca, dans l'ouest industriel de la Hongrie, un scrutin local qui a pris une signification -nationale, confirmant l'érosion du Fidesz du premier ministre Viktor Orban, affaibli depuis plusieurs mois par plusieurs affaires de corruption.
Lundi matin, le candidat du -Jobbik, Lajos Rig, a pu annoncer sa victoire, avec seulement 260 voix d'avance et 35,27 % des suffrages exprimés, sur son rival conservateur du Fidesz, qui a recueilli 34,38 % des voix. Leur adversaire de l'opposition de gauche, au sein d'une plate-forme commune au parti social-démocrate MSZP et au petit parti Coalition démocratique (DK, une scission du MSZP dirigée par l'ancien premier ministre Ferenc Gyurcsany), est nettement distancé, avec 26,27 %. Le parti écologiste LMP, qui se veut indépendant des deux forces de centre droit et de centre gauche, n'a obtenu que 2 %.
La participation n'a pas dépassé 41,6 %, ce qui illustre la tentation abstentionniste de l'électorat du Fidesz, dont un tiers se serait tourné vers l'extrême droite. L'élection partielle dans la circonscription de Tapolca-Ajka, où il s'agissait de remplacer un député du Fidesz au Parlement de Budapest, décédé depuis le scrutin législatif d'avril 2014, prend d'autant plus de relief qu'il s'agit d'une région dynamique, située au nord du lac Balaton, bien loin des terres déshéritées de l'est du pays où le Jobbik a commencé à s'implanter, il y a moins de dix ans.
Fronde de la population
Vouée à l'industrie automobile, la localité d'Ajka était un fief social-démocrate. C'est la troisième -élection partielle en un an, et la troisième défaite pour le Fidesz, qui avait déjà perdu, en février, le siège laissé vacant par l'ancien ministre de la justice puis des affaires étrangères, Tibor Navracsics, devenu membre de la Commission européenne.
Autre première pour le parti d'extrême droite, Lajos Rig a été élu au scrutin uninominal, et non pas sur liste à la proportionnelle, comme les autres députés du -Jobbik. Alors que le parti essaie de dédiaboliser son image en évitant les attaques racistes et anti-sémites, le candidat de Tapolca a été vivement attaqué, durant la campagne, sur sa proximité avec les franges néonazies, dont attesterait un tatouage, " Honneur et -fidélité ". M. Rig s'est défendu en affirmant que l'expression tatouée sur son torse n'avait rien à voir avec le nazisme, et exprimait seulement sa volonté d'être fidèle à son épouse.
Dans l'espoir d'emporter l'élection de Tapolca, le gouvernement avait annoncé une aide budgétaire pour sauver l'hôpital local, qui était promis à la fermeture. M. Orban s'est aussi déplacé dans la région, juste avant le scrutin, tenant des meetings dans plusieurs villages. Mais l'éloquence du chef des conservateurs hongrois n'a pas suffi à convaincre les électeurs de donner la victoire au Fidesz, comme ils l'avaient fait aux législatives, puis aux élections européennes et aux municipales.
Le vent a tourné fin octobre 2014, lorsque les conservateurs ont été confrontés à la fois à une fronde de la population, mécontente d'un projet de taxation de la consommation d'Internet, et à un durcissement à leur égard de Washington, inquiet du rapprochement de Viktor Orban avec la Russie de Vladimir Poutine. Ce glissement de Budapest vers -Moscou a alarmé tous ses alliés occidentaux. Il satisfait en revanche le Jobbik, lié depuis longtemps, y compris financièrement, au régime russe.
Pourvu de sens politique mais aussi de charisme – il est aujourd'hui la troisième personnalité la plus aimée en Hongrie, loin devant M. Orban –, Gabor Vona, le jeune chef de l'extrême droite hongroise, a infléchi la ligne de son parti sur un point capital, ce qui est perçu comme un geste en faveur du Fidesz : le Jobbik n'exige plus par principe que la Hongrie sorte de l'Union européenne, mais propose de soumettre la question à un référendum, suivant l'exemple de David Cameron, le chef du Parti conservateur -britannique.
Joëlle Stolz




