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En Espagne , la crise de croissance de Podemos

Espagne international

Lien publiée le 6 mai 2015

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Le Monde) Le parti de gauche radicale, en baisse dans les sondages, est embarrassé par la démission de son numéro trois

Podemos traverse sa première crise. Le jeune parti de la gauche radicale a cherché à éclipser la démission d'un de ses principaux dirigeants en présentant, mardi 5  mai, son programme électoral pour les élections municipales et régionales du 24  mai. Avec ses " 215 mesures pour un projet de pays " qualifiées de " programme de changement ", ce parti, né il y a à peine plus d'un an et mené par l'eurodéputé Pablo Iglesias, aimerait faire oublier la démission, le 30  avril, de son numéro  trois, Juan Carlos Monedero.

Tiraillée entre ses origines, celles de la gauche anticapitaliste et du mouvement des indignés, et sa volonté d'incarner le centre de l'échiquier politique en prenant la place du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSŒ), la formation joue de plus en plus difficilement les équilibristes. Si le programme maintient les promesses de redistribution sociale dans une Espagne marquée par l'augmentation des inégalités et par 24  % de chômage, il omet les propositions les plus radicales, comme celle d'un revenu universel.Ce " plan de sauvetage citoyen " entend paralyser les expulsions immobilières pour les plus démunis. Il défend une politique de transparence totale des dépenses publiques pour éviter " la corruption et le clientélisme ".

Il promet de réintégrer les services publics externalisés durant la crise, de réguler les lobbies et de changer le modèle économique en misant sur l'économie de la connaissance et non pas sur les bas salaires. Pour financer ces mesures, il compte renforcer la lutte contre la fraude fiscale et augmenter les impôts pour les classes les plus aisées. " Ce programme va plaire aux chômeurs et aux jeunes, aux femmes qui travaillent quinze  heures par jour et aux PME, a déclaré M. Iglesias. Mais il ne va pas plaire à ceux qui ont un compte en Suisse. "

" Deux âmes "

Mais, malgré les démonstrations d'unité, la présentation du programme a été marquée par l'absence de Juan Carlos Monedero, qui était justement chargé de le coordonner. Ce professeur de sciences politiques de 52  ans, qui était l'un des cofondateurs les plus médiatiques de Podemos, avait critiqué le 30  avril la direction prise par le parti dans une interview accordée au site d'information Radiocable. " Podemos doit revenir à ses origines ", avait-il déclaré, avant de reconnaître " qu'il existe des tensions au sein de Podemos ". Pour lui, le parti a " deux âmes " : celle " du 15  M ", nom donné au mouvement des indignés qui a occupé le 15  mai  2011 les places publiques espagnoles, et celle de " la conversion en parti politique ". " Parfois, on ressemble à ceux à qui l'on veut se substituer, " avait-il lancé, provoquant un malaise dans le parti.

Pablo Iglesias a eu beau justifier son départ dans une lettre en affirmant qu'il " n'est pas un homme de parti " et que sa place est celle d'une " référence morale et intellectuelle pour ceux qui aspirent à une société plus juste ", sa démission, précédée de critiques acerbes, risque de coûter cher au parti. A moins qu'elle ne soit un soulagement. Les désaccords idéologiques affichés par M.  Monedero tombent en effet fort à propos.

Soupçons de fraude

En décembre 2014, la presse avait révélé qu'il avait perçu près de 425 000  euros pour son travail de conseil auprès des gouvernements du Venezuela et d'autres pays d'Amérique latine. Comble pour ce jeune parti qui a fait de l'honnêteté et de la morale politique la clé de voûte de son projet de régénération démocratique, il avait déclaré cette somme comme un revenu de sa société et non au titre de l'impôt sur le revenu.

Les soupçons de fraude fiscale et les liens entre le régime chaviste et le groupe des fondateurs de Podemos avaient nourri le feu des critiques des opposants politiques, qui ont attribué au parti l'ambition d'implanter un régime bolivarien en Europe du Sud.

Son départ va-t-il permettre à Podemos de remonter dans les sondages ? Ces derniers mois, la courbe de son ascension s'est inversée. Selon un sondage publié fin avril par la radio Cadena Ser, le parti, qui avait recueilli jusqu'à 27  % d'intentions de vote, ne séduit plus que 18  % des électeurs, ce qui le relègue à la quatrième position, derrière le PP (22  %), le PSŒ (21  %) et Ciudadanos (19,5  %), le jeune parti de centre droit qui a repris son discours contre la corruption et pour le changement.

Pour Ignacio Torreblanca, politologue et auteur du livre Asaltar los cielos : Podemos o la política después de la crisis (" A l'assaut des cieux : Podemos ou la politique depuis la crise ", Debate, non traduit), " Podemos est né dans des circonstances extraordinaires : une crise économique profonde, une remise en cause du bipartisme, des scandales de corruption et une faiblesse des alternatives politiques existantes. Mais cette fenêtre d'opportunités se referme : le Parti populaire au pouvoir fonde son discours sur la reprise économique, et Ciudadanos est une nouvelle alternative ".