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Rien ne va plus entre Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Le Parti de gauche et le Parti communiste n'ont pas de stratégie commune pour les régionales
Les mariages à trois font rarement bon ménage. Le Parti communiste (PCF) en fait la douloureuse expérience au moment où le Parti de gauche (PG) met en scène son rapprochement avec Europe Ecologie-Les Verts. A l'université d'été du PG, qui s'est achevée dimanche 30 août à Toulouse, on se réjouissait des récents départs d'EELV de Jean-Vincent Placé et François de Rugy, les présidents des groupes parlementaires écologistes. " C'est une très bonne chose que la rupture soit consommée entre le PS et EELV, ça rouvre le champ des possibles ", juge Corinne Morel-Darleux, une dirigeante du PG.
Avec les régionales, la formation de Jean-Luc Mélenchon entrevoit la possibilité de se placer au centre du jeu pour construire " l'opposition de gauche " qu'elle appelle de ses vœux depuis 2012. L'ancien candidat à la présidentielle vante ainsi les discussions qui ont lieu entre son parti et EELV dans " cinq ou six régions ", et appelle à la création d'un " label commun ". Sans oublier d'" élever un peu la voix " pour réclamer un équilibre dans les têtes de liste et refuser toute " annexion " par les écologistes.
La direction d'EELV ne voit pas les choses de la même manière. La secrétaire nationale du parti, Emmanuelle Cosse, a déjà repoussé l'idée du label commun et renvoie aux régions la question des têtes de liste. Quant à David Cormand, chargé des élections à EELV, il ne compte pour l'instant que quatre régions où " les discussions sont bien avancées ". En Midi-Pyrénées - Languedoc-Roussillon, Provence - Alpes-Côte-d'Azur et Nord - Pas-de-Calais-Picardie, des accords sont en bonne voie, mais seule Rhône-Alpes-Auvergne est en ordre de marche.
La question du non-cumul
Problème : le PCF n'est pas partie prenante de l'union dans cette dernière région. Ses chefs de file, la sénatrice de la Loire, Cécile Cukierman, et le député du Puy-de-Dôme, André Chassaigne, se sont vus opposer la question du non-cumul des mandats et ont quitté les négociations. En Ile-de-France, Eric Coquerel, coordinateur politique du PG et chef de file dans la région, oppose le même argument au sénateur de Paris et patron des communistes, Pierre Laurent, dont la candidature, annoncée fin juin, n'a emballé aucun de ses partenaires du Front de gauche.
" Pierre Laurent ne sera pas tête de liste pour nous, réaffirme M. Coquerel. On ne prendra pas quelqu'un qui nous explique qu'il ne siégera pas à la région. " Dans le même temps, ce proche de M. Mélenchon renouvelle ses offres de service à Mme Cosse, tête de liste d'EELV en Ile-de-France. Jusqu'à présent, cette dernière a toujours refusé un rapprochement avec le Front de gauche. Mais le PG veut croire que les récents départs à EELV pourraient changer la donne. De son côté, M. Mélenchon répète que ces accords ne doivent pas se faire sans le PCF." Mais les communistes doivent faire des efforts ", a-t-il glissé dimanche à la tribune.
Ce même dimanche, Pierre Laurent s'exprimait depuis Les Karellis (Savoie), où le PCF tenait également son université d'été. Depuis deux ans, le PCF et le PG ne prennent même plus la peine de faire leur rentrée politique conjointement.
Dans son discours de clôture, le patron des communistes a souligné que " le Front de gauche ne peut pas, pour quelques postes, être la roue de secours d'une EELV qui chercherait à sauver les meubles ". Pour lui, les reproches formulés à l'encontre des communistes sont de " mauvais procès ".
Désormais, les deux hommes tracent chacun leur propre voie. D'interview en interview, M. Mélenchon cherche à imposer l'idée de sa candidature pour la présidentielle quand certains, au Front de gauche, prêtent des ambitions à M. Laurent pour 2017. Ce dernier se contente de répondre au Monde que son objectif est d'avoir " une candidature de la gauche anti-austérité ", mais que " les chemins pour y arriver restent à construire ". " J'ai envie de m'investir pour y parvenir, je suis prêt à prendre ma part ", ajoute-t-il sans plus de détails.
Entre M. Laurent et M. Mélenchon, un nouveau sujet de divergence a surgi lors de la crise grecque. M. Laurent, président du Parti de la gauche européenne, s'est rendu à Athènes le 20 juillet pour y rencontrer le premier ministre grec, Alexis Tsipras. De son côté, M. Mélenchon, qui n'a plus de mots assez durs pour M. Tsipras autrefois encensé, s'affiche avec les dissidents de Syriza et porte ouvertement la proposition d'un " plan B ", à savoir une sortie de l'euro dans le cas où une renégociation des traités européens échouerait. Cette proposition n'enthousiasme pas le PCF. " Cela reste une idée très floue et personne ne sait exactement ce que pourrait recouvrir cette formule ", juge M. Laurent.
La Fête de l'Humanité, qui se tiendra du 11 au 13 septembre à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), pourrait être un nouveau théâtre de divisions. Dimanche, M. Mélenchon a annoncé la venue sur le stand du PG de l'ex-ministre grec des finances, Yanis Varoufakis. De son côté, le secrétaire national du PCF attend celle de représentants de Syriza.
Raphaëlle Besse Desmoulières




