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    Turquie: Le fusil dans les urnes

    international Turquie

    Brève publiée le 9 septembre 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://kedistan.fr/2015/09/09/turquie-le-fusil-dans-les-urnes/

    A Iğdır, le 8 septembre, une bombe d’une tonne installée sur la route explose sur le parcours d’un véhicule de transport qui emmenait les policiers prendre leur poste à la porte frontalière de Dilucu. 13 policiers sont tués.

    turquie-carte-hakkariA Dağlıca, le 6 septembre, commune de Hakkari, une explosion de mines installées sur la route pendant le passage du convoi de l’armée  fait 16 morts et 6 blessés.

    Les deux “attentats” ont été organisés par le PKK et les bombes on été  télécommandées à distance. Pour Dağlıca, il s’agit de l’attaque la plus meurtrière que le PKK ait mené contre l’armée turque, depuis des années.

    soldats-martyrs

    Les informations sur l’attentat de Dağlıca survenu à 15h30 ont été transmises avec beaucoup de retard. L’Etat Major a publié juste une confirmation sans détails et le gouvernement pourtant réuni en urgence a préféré rester muet, laissant l’actualité se meubler par un match de foot national Turquie contre la Hollande.

    Le Premier Ministre Ahmet Davutoğlu présent au match et sur tous les écrans, était accompagné d’un orphelin dont le père a été tué lors de l’attaque contre le Commissariat de Sultanbeyli à Istanbul, le mois dernier. Le match a démarré à 19h, le Premier Ministre semblait heureux. N’était-il pas au courant de la mort des 16 soldats ? Pourtant sur les réseaux sociaux proche du PKK, à 18h les détails de l’attentat étaient déclarés, jusqu’au nombre des victimes.

    Pendant que les uns applaudissaient le Premier Ministre pour « sa main tendue » à l’enfant orphelin, l’instrumentalisation du petit bonhomme indignait les autres. Les tristesses authentiques ne sont pas consolables, surtout pas avec un jouet de pacotille dans une boite en carton qu’on doit garder sous le bras, pas même en étant près d’un Premier Ministre en toc.

    enfant-soldat-martyr-match-2

    Eh bien, les informations sur l’attentat ont attendu le score du match. La Turquie a battu la Hollande 3 à 0.

    Le soir même, Erdoğan intervenait dans une émission en direct sur la chaine A Haber, afin de parler de l’attentat de Dağlıca. Ses propos ont provoqué de fortes contestations dans les médias et réseaux sociaux :

    Si un parti avait obtenu 400 députés, c’est à dire le nombre suffisant pour changer la Constitution, tout cela n’arriverait pas aujourd’hui. 

    Ce n’est pas la première fois qu’Erdoğan parle de son souhait d’obtenir la majorité parlementaire de cette façon mais dans le climat de chaos actuel et le jour même d’un attentat qui a secoué le pays, ses propos ont été reçus comme un aveu et une menace supplémentaire.

    Les journaux ont mis des manchettes : Erdoğan : « Donnez-moi 400 députés pour que cela se cesse »

    Dans la même émission, Erdoğan ajoutait, « J’ai parlé avec les familles de nos soldats tombés dans l’attentat. Elles disent toutes, qu’elles ont sacrifié leurs enfants pour la Patrie. Je n’ai eu pas une seule réaction négative ». Il précisait qu’un “certain média” utilise les funérailles pour faire de la propagande : « Tout cela est de la provocation. Un père m’a dit ; j’ai 5 autres enfants, je suis prêt à sacrifier mes 5 enfants, avec moi même pour cette patrie. Il y a des pères comme ça. Mais il y a aussi ceux qui ont le “caractère altéré”. Je donnerais le monde entier à des pères comme ça. »

    Pourtant des millions de personnes n’ont qu’une question à la bouche :

    Pour quelles raisons, et pour qui nos enfants sont sacrifiés ? Pourquoi les gens meurent sous les balles à Cizre, à Silopi, pourquoi les soldats tombent-ils à Dağlıca, à Iğdır ? Pour qui ? Pourquoi ? 

    Tous ces gens, sans doute, ces millions de personnes ont le “caractère altéré”…Jobs

    Autant l’attentat de Suruç (toujours pas identifié clairement Daesh et à forte odeur de MIT) marque le début du double jeu d’Erdoğan lui permettant d’attaquer les kurdes et de rompre la trêve, autant cette action armée du PKK marquera la bascule définitive des ultranationalistes du côte de l’AKP et la possible bascule du pays tout entier, dans une guerre qui ne dit pas son nom mais qui ressemble fortement à une prise de pouvoir par les armes et la violence.

    D’ailleurs depuis 48 heures les locaux du HDP sont attaqués dans des grandes villes, et des villes de province, notamment İstanbul, Ankara, Kırşehir, Tekirdağ, Antalya, İzmir, Edirne, Aksaray…

    Je cite ici un journaliste de RFI, Jerôme Bastion : « Les bureaux du HDP pro-kurde font l’objet d’attaques nombreuses par les islamo-nationalistes, alors que dans tout le pays le parti ultra-nationaliste et son “club de jeunes”, le “cercle des idéalistes” (sic), appelait à manifester contre le terrorisme dans les rues. “Contre le terrorisme” étant synonyme d’”anti-kurde” pour eux, le siège du parti à Ankara est encerclé, à Kırşehir le bâtiment a été brûlé, et çà et là des agressions à caractère raciste sont à déplorer…»

    « Des bandes de militants ultra-nationalistes se baladent dans les grandes villes, Istanbul et Ankara notamment, à l’appel du parti MHP pour “dénoncer le terrorisme” mais en fait ces rassemblements tournent aux raids contre les locaux du parti pro-kurde HDP. Le siège du parti à Ankara a été victime d’une attaque en règle, avec tentative d’incendie (éteint, mais il y avait des gens à l’intérieur; selon le député Garo Paylan, le bâtiment serait hors d’usage); comme à Kırşehir, plus tôt dans la soirée. Les convois de ces militants surexcités en voiture au son du klaxon résonnent dans le centre d’Istanbul, suscitant l’inquiétude des Kurdes et des autres minorités, en ce triste anniversaire des pogroms des 6 & 7 septembre 1955 visant à vider la Turquie de ses ressortissants grecs, arméniens et juifs. Hier, un jeune parlant kurde au téléphone dans un bus à Istanbul a été poignardé à mort; et dans plusieurs villes du pays des agressions physiques graves ont eu lieu contre la communauté kurde… Par endroits, les sympathisants ultranationalistes s’en prennent également aux locaux du parti kémaliste CHP. »

    Ajout : 9 septembre 15h
    Ce matin le bilan est préoccupant : selon des sources proches du HDP, 306 de leurs bureaux et succursales ont été attaqués. Il n’y aurait pas de dégâts humains mais ce qui restait de la démocratie s’écroule. Les médias relayent que Demirtaş, le co-président du HDP aurait demandé le report des élections, prévues pour le 1er novembre.

    Voir le communiqué du Congrès national du Kurdistan (CNK) sur Susam-Sokak

    Ces attaques coordonnées, si elles sont faites par des groupes chauffés à blanc par une propagande ultra nationaliste, n’en sont pas moins dirigées de quelque part. Ces groupes sont majoritairement composés de « petites gens », cible électorale favorite des populistes bigots de l’AKP, mais petites mains des nationalistes. Certains groupes du même accabit, déjà, avaient prêté main forte à la police lors des combats de Gezi, vociférant et équipés d’armes blanches.

    Ceci sur fond d’intervention des forces armées, qui elles, tuent quotidiennement, comme à Cizre, ville sous blocus, où aucune ambulance ne peut pénétrer et où tous les besoins humains élémentaires sont coupés.