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Pourquoi Daesh et l’État turc pourraient être derrière cette tragédie
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
REPLAY / DÉCRYPTAGE - Frédéric Encel, spécialiste des relations internationales, estime que l'alliance de la Turquie et de Daesh contre les Kurdes ont mené à cet attentat.
Au lendemain du pire attentat de son histoire, la Turquie panse ses plaies. Elle reste encore sous le choc de cette attaque à Ankara qui a causé la mort d'au moins 95 personnes lors d'une manifestation pour la paix pro-kurde, à trois semaines des élections législatives anticipées. Dans le même temps, la population turque cherche à comprendre qui est à l'origine de ce drame et quelles en sont les motivations. "De fortes preuves montrant que cette attaque a été perpétrée par deux kamikazes", a affirmé le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu. Pour l'instant, il n'y a aucune revendication.
Toutefois, en raison des fortes tensions au sein du pays, il semble que les autorités turques pointent du doigt les Kurdes, alors que le président Recep Tayyip Erdogan est en conflit ouvert avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Une piste qui n'est pas plausible à en croireFrédéric Encel, professeur de relations internationales et spécialiste de la Turquie, joint par RTL : "Ça ne ressemble pas au modus operandi du PKK, qui ne frappe pratiquement que des policiers ou militaires et certainement pas via des humans bombs (kamikazes, ndlr). Donc à priori,ça ressemble davantage à Daesh".
Une implication de l'État turc ?
Cette hypothèse menant au groupe État islamique est bien plus probable, compte tenu des liens étroits qui existeraient avec le pouvoir turc, d'autant que l'organisation islamiste a déjà attaqué sur ce sol. "Si c'est Daesh, ce n'est pas la Turquie qu'ils ont frappé, ce sont les Kurdes. Il y a une complaisance, sinon une véritable connivence entre les services de renseignement turcs, voire même la présidence d'Erdogan, et Daesh ces derniers mois. On voit bien que les Turcs frappent dans le cadre de la coalition internationale des cibles exclusivement kurdes en Syrie et certainement pas des islamistes liés à Daesh", analyse l'auteur de Petites leçons de diplomatie aux éditions Autrement.
Cette tragédie à Ankara pourrait avoir une conséquence directe sur le résultat des élections législatives prévues le 1er novembre. "Rien de tel qu'un attentat chez soi et qu'un sentiment d'insécurité important pour jouer les matamores, tendre le ressort des énergies nationales, pour se présenter comme le bouclier de la nation. C'est exactement ce qu'Erdogan va faire", explique le spécialiste. Le scrutin pourrait aussi être aussi tout simplement reporté à cause du "contexte sécuritaire dégradé", ce qui profiterait aussi à Erdogan car il est annoncé perdant dans les sondages.
Comme après chaque attentat de ce genre, une question revient et se pose donc dans le cas présent : faut-il désormais éviter de se rendre en Turquie ? Frédéric Encel est catégorique : "La réponse est oui. En tout cas, à titre personnel, je l'éviterais parce que nous sommes en train de sombrer dans une véritable guerre entre l'état turc, un certain nombre de factions kurdes et, manifestement, Daesh d'autre part. J’appellerais à une très grande prudence concernant la Turquie".




