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Attentat d’Ankara: une possible implication de "cellules clandestines"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(L'Express) Paris - Parmi les possibles responsables de l'attentat perpétré samedi à Ankara, Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), évoque l'hypothèse de "cellules clandestines" cachées dans "les rouages de l'appareil d'Etat".
Question: Qui peut être derrière l'attentat d'Ankara '
Réponse: Les hypothèses sont au nombre de quatre. Les autorités politiques turques ont évoqué la possibilité que ce soit l'Etat islamique ou le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Je pense que ce n'est pas très crédible. Pour ce qui concerne l'Etat islamique rien n'est impossible, parce qu'on connaît leurs modalités d'action, mais je ne crois pas que ce soit aujourd'hui dans leur agenda de cibler des attentats en Turquie même.
En ce qui concerne le PKK c'est assez absurde, c'est une réaction pavlovienne des autorités turques (...) Ce ne sont pas les modalités opératoires du PKK, qui a mené des actes terroristes, mais plutôt ciblés sur des policiers, des membres de l'armée, et quasiment jamais sur des civils au milieu d'une foule. Deuxièmement, il apparaît que les manifestants qui étaient rassemblés à Ankara sont des militants proches du HDP, le parti pour la démocratie des peuples qui est un peu la vitrine légale du PKK.
On a aussi évoqué l'existence d'un petit groupuscule d'extrême-gauche turque (...) Je ne crois pas que ce soit très crédible.
La quatrième hypothèse, c'est ce qu'on appelle en Turquie l'Etat profond, qui est composé de quelques cellules clandestines, cachées dans les rouages de l'appareil d'Etat, notamment au sein de l'armée mais aussi de la police, et dont on sait qu'il a pu commettre des attentats, des opérations de déstabilisation, (...) de façon à tenter de ressouder les rangs autour du pouvoir en place.
Je n'ai évidemment aucun élément de preuve tangible mais il y aurait une logique politique.
Q: Doit-on craindre d'autres attentats '
C'est tout à fait possible. D'abord, il y a la polarisation de la situation politique qui est très préoccupante, très grave. A l'est et au sud-est de la Turquie on voit des scènes de guerre civile, des affrontements très violents. Quelques petites villes ont quasiment fait sécession en prononçant leur +autonomie démocratique+. Il y a des villes avec des barricades érigées par des jeunes proches du PKK. On est dans une situation très préoccupante, en plus de la situation régionale en Irak, Syrie...
Il n'est donc pas du tout impossible, malheureusement, que d'autres attentats puissent être commis. Quand il y a eu l'attentat de Suruç en juillet dernier, j'avais expliqué que c'était probablement le premier attentat d'une série. Malheureusement, il y a eu une sorte de confirmation macabre hier.
Le président de la République, M. Erdogan, ne cesse d'utiliser ce que j'appelle la stratégie de la tension, c'est à dire qu'il essaie de polariser les positions politiques en Turquie.(...) Le but est d'essayer de rameuter une partie de l'électorat nationaliste pour ces prochaines élections.
Q: Les élections peuvent-elles se tenir dans un climat aussi dégradé '
R: Pour l'instant il n'y a pas d'indices des autorités turques allant dans le sens d'une annulation mais la question est légitime. L'attentat, la tension énorme...
Il y a deux mois, à la mi-septembre, il y a eu presque 300 attaques contre des bureaux du HDP (...), un peu partout en Turquie, par des nervis armés de battes de baseball, de barres de fer. A la même période, il y a eu l'attaque du quotidien Hürriyet, un des principaux tirages en Turquie. Tout cela ne fait pas un climat très serein - c'est le moins qu'on puisse dire - pour qu'il y ait un débat contradictoire serein. (...)
Ca ne veut pas dire qu'on en soit au stade d'annulation et du report des élections (...), mais c'est une possibilité qu'on ne peut pas exclure.




