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Turquie. Le quotidien d’opposition Zaman confisqué par Erdogan
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(L'Humanité) La justice turque a placé vendredi sous tutelle un nouveau média hostile au président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, le grand quotidien d'opposition Zaman, renforçant un peu plus les inquiétudes pour la liberté de la presse en Turquie.
"Nous nous battrons pour une presse libre" proclamait un salarié de Zaman après l'annonce de la décision de la justice de placer le grand quotidien d'opposition Zaman sous tutelle administrative. Les raisons de cette mise sous tutelle n'ont pas été pour le moment précisées par Anatolie, l'agence de presse favorable au gouvernement, mais elles font peu de doutes, tant l'hostilité entre le quotidien et le régime était vive. Sur requête d'un procureur, un tribunal d'Istanbul a ordonné la nomination d'administrateurs provisoires à la tête du groupe Zaman.
Le groupe, qui possède outre le quotidien Zaman, le plus fort tirage en Turquie, le journal de langue anglaise Today's Zaman et l'agence de presse Cihan, est considéré comme étant proche de l'imam Fethullah Gülen, un ancien allié devenu l'ennemi numéro un d'Erdogan depuis un retentissant scandale de corruption qui a éclaboussé le plus haut sommet de l'Etat fin 2013. Retiré depuis plus de quinze ans aux États-Unis, Fethullah Gülen, islamiste lui aussi, dirige un large réseau d’écoles, d’ONG, d’entreprises et de médias sur lequel le numéro un turc s’est appuyé jusqu’à son élection en 2002. Erdogan accuse son ex-ami d'être à l'origine des accusations de corruption qui l'ont visé et d'avoir mis en place un "Etat parallèle" destiné à le renverser, ce que les "gülenistes" nient farouchement. Depuis ce scandale, les autorités turques ont multiplié les purges, notamment dans la police et le monde judiciaire, et les poursuites judiciaires pour "terrorisme" contre les proches de la nébuleuse Gülen et ses intérêts financiers.
Lire : Coup de filet d’Erdogan contre les journalistes
Dès l'annonce de la décision de la justice, des dizaines de journalistes et d'autres salariés de Zaman se sont rassemblés devant leur quartier général stambouliote, selon des images diffusées en direct sur le site internet de ce groupe de presse. Abdülhamit Bilici, le rédacteur en chef deZaman, s'est exprimé devant les locaux du journal. "Je crois toujours que la démocratie va l'emporter, que la presse libre ne va pas se taire, que le combat de la liberté de la presse va continuer, au besoin en écrivant sur les murs; à l'ère du numérique, je pense qu'il est impossible de réduire au silence la presse", a-t-il confié. "Nous vivons une période difficile pour notre presse, notre pays et notre démocratie. Les journalistes sont en prison. Nos confrères passent le plus clair de leur temps dans les tribunaux." Pressentant la mesure de tutelle à venir, les responsables deToday's Zaman ont publié dans la matinée une tribune dénonçant les "jours les plus sombres et les plus sinistres pour la liberté de la presse" et les "menaces et chantages" du pouvoir. Sur Twitter, Zaman France a réagit vivement et appelle au soutien :
"En attaquant et en tentant de mettre au pas les voix critiques, le président Erdogan foule au pied les droits de l'Homme", a pour sa part lancé sur Twitter Andrew Gardner, le représentant d'Amnesty International en Turquie.
Erdogan assassine la liberté de la presse
Depuis plusieurs mois, l'opposition turque, les ONG de défense des médias et de nombreux pays s'inquiètent des pressions croissantes exercées par M. Erdogan et son gouvernement sur la presse et dénoncent sa dérive autoritaire. Deux journalistes du quotidien d'oppositionCumhuriyet, Can Dündar et Erdem Gül, doivent ainsi être jugés à la fin du mois pour avoir fait état de livraisons d'armes d'Ankara à des rebelles islamistes en Syrie. Incarcérés pendant trois mois, ils ont été libérés il y a une semaine mais risquent la prison à vie. La décision visant Zaman intervient à quelques jours d'un sommet entre l'Union européenne (UE) et la Turquie sur la crise des migrants, au cours duquel Ankara espère une accélération de sa procédure d'adhésion à l'Europe en échange d'efforts pour enrayer le flot des candidats à l'exil qui quittent clandestinement ses côtes. Can Dündar a critiqué mercredi les "sales petites combines" de l'UE, accusée de sacrifier la défense des libertés en Turquie en échange d'un accord sur les migrants.




