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    A quoi joue l’UNEF ?

    Khomri

    Brève publiée le 7 avril 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.revolutionpermanente.fr/William-Martinet-de-retour-a-la-table-des-negociations-avec-le-gouvernement-Mais-a-quoi-joue-l-UNEF?utm_content=bufferd3692&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

    De plus en plus inquiété par l’ampleur que prend la bataille pour le retrait de la Loi El Khomri, le gouvernement cherche fébrilement la voie de la négociation pour casser l’unité du mouvement et trouver un rempart face à une situation qu’elle ne peut contrôler. Après le ralliement des « syndicats réformistes », notamment de la CFDT ouvertement passée dans le camp du patronat, mais aussi de la CGC, et CFE-CGC, c’est à l’UNEF que le gouvernement fait un appel du pied en invitant le principal syndicat étudiant, accompagné de la FAGE, mercredi 6 avril, à venir présenter leurs « contre-propositions ». Emboîtant le pas des « partenaires sociaux » réformistes, William Martinet, président de l’UNEF, a été le premier à répondre présent le matin du 6 avril.

    Claire Manor

    « C’est pas à l’Elysée, c’est pas dans les salons qu’on obtiendra satisfaction ! »

    Qu’un syndicat comme la FAGE (Fédération Générale des Associations Etudiantes) se prête à cette mascarade, c’est logique puisqu’il ne s’oppose pas à la nouvelle mouture de la Loi et réclame simplement quelques mesures complémentaires. Mais que William Martinet, président de l’UNEF, premier syndicat étudiant, aille de nouveau jouer « les partenaires » au « jeu de l’ouverture » alors que les étudiants et les lycéens expriment de plus en plus clairement que cette loi n’est « ni amendable ni négociable », et qu’ils le payent d’une répression policière grandissante et de 160 arrestations le 5 avril, c’est en quelque sorte ne pas respecter le mandat exprimé par la jeunesse dans la rue pendant plus d’un mois de mobilisation. 
    Quel contraste entre ces jeunes qui sont allés la nuit du 5 au 6, à plus de 400, depuis la place de la République jusqu’au commissariat de Maubert-Mutualité dresser une barricade sur le boulevard Saint Germain et exiger la libération de leurs camarades et William Martinet siégeant le matin même, sans même dire un mot sur la répression brutale de ce 5 avril, avec la ministre de l’Education nationale, la ministre du Travail et le ministre de la Jeunesse.

    Y aller était déjà lourd de signification. En sortir en considérant que ce rendez-vous était « utile », car il a permis d’installer « un cadre d’accord positif » entre son organisation et les trois ministres présents, tout en disant « qu’il y a des désaccords qui persistent sur le projet de Loi Travail et que le gouvernement refuse de faire marche arrière » relève d’une contradiction politiquement insoutenable. Le président aura certainement des comptes à rendre à sa base, mais aussi à la jeunesse qu’il a osé appeler à « rester mobiliser »… Il s’est en tout cas trouvé dans l’obligation de faire appel à la poursuite de la mobilisation pour le retrait de la Loi travail.

    De la poudre aux yeux pour calmer la colère, ça ne marche pas…

    Martinet argue, pour justifier son appréciation du caractère positif de la rencontre, du fait qu’il a pu être « écouté » sur ses contrepropositions qu’il résume ainsi : « Nos contre-propositions ont toutes un objectif, mettre fin au bizutage social des jeunes sur le marché du travail. On veut mettre la priorité sur la question de l’accès à l’emploi stable. On propose aussi un meilleur accès des jeunes aux droits sociaux avec un prolongement des bourses dans les mois qui suivent l’obtention du diplôme pour faire le lien avec le premier emploi ». Il a cependant la prudence de conclure son propos en disant : « il faut maintenant que ce dialogue se transforme en actes de la part du gouvernement ».

    En réalité, ce que le gouvernement est prêt à concéder pour amadouer la jeunesse est très mince. Plusieurs propositions sont en débat mais ne déboucheront, dans le meilleur des cas, que sur des « mesures » totalement dérisoires en elles-mêmes et surtout par rapport aux coups portés par la Loi Travail sur les travailleurs en général et sur les jeunes en particulier.
    La garantie jeunesse : vise à accompagner les jeunes décrocheurs en « situation de précarité » vers l’emploi. La généralisation de la « garantie jeunes » promise pour 2017, sans pour autant être financée, était déjà dans les tuyaux et avait même été initialement fixée au 1er janvier 2016. Ce n’est donc pas une nouveauté. D’autant que près d’un million de jeunes sans diplôme sont potentiellement concernés alors que seulement 100 000 bénéficiaires sont annoncés.

    L’aide financière à la fin des études : "Un diplômé qui cherche du travail n’a ni RSA ni allocation-chômage. L’UNEF a fait la proposition de poursuivre le versement des bourses quelques mois après l’obtention du diplôme et le premier emploi. Mais pour l’instant, aucune perspective de ce genre. Un conseiller ministériel déclare au journal Le Monde  : "Le gouvernement a quand même fait beaucoup en faveur de la vie étudiante, 135 000 bourses supplémentaires et 500 millions d’euros. Ce n’est pas rien ». Pas grand-chose, donc, à espérer de ce côté-là, et même si cela était adopté, ce ne sont pas quelques mois de bourses supplémentaires qui mettront un terme à la précarité.
    La surtaxe des CDD : Afin de favoriser l’accès au CDI, l’UNEF propose de taxer davantage les employeurs lorsqu’ils ont recours aux CDD. Lors de leur première rencontre avec le gouvernement le 11 mars, les syndicats de la jeunesse avaient déjà évoqué cette mesure. La ministre du Travail a assuré qu’elle l’étudierait, si cela permettait d’encourager le recrutement en CDI. Que dire d’un telle réponse d’autant que la Loi portée par la même Myriam El Khomri tord le cou aux CDI, et que les entreprises ont pléthore d’autres types de contrats précaires qu’elles mettront à profits tel que l’intérim, l’auto entreprenariat, etc.

    L’extension de la CMU : C’est, à l’origine une proposition qui émane de la FAGE. Pour remédier aux difficultés d’accès aux soins des plus précaires, il s’agirait d’étendre la Couverture maladie universelle complémentaire à tous les jeunes (CMU-C). Le gouvernement ne s’est pas exprimé sur cette proposition. Mais lors des discussions sur l’avant-projet de loi Egalité et citoyenneté, des mesures ont été évoquées : Trois bilans de santé gratuits devraient être proposés à tous les jeunes de 16 ans, 18 ans et 23 ans indique Le Monde. Mais un ministre a confié à Libération que « cela coûte cher et on n’a pas de cagnotte ». Et quand bien même, lorsque nombre de médecins refusent déjà l’accès aux soins pour les précaires « bénéficiaires » de la CMU, et que le processus de privatisation rampant de la sécurité sociale est déjà bien avancé, moyennant baisse de remboursement et généralisation des mutuelles payantes.

    Tous ensemble mobilisés contre le chômage, la précarité et l’exploitation
    Aucune justification, donc, à la présence de William Martinet au dialogue social du 6 avril et beaucoup d’illusion et de poudre aux yeux dans la prétendue écoute, par le gouvernement, des contre-propositions des syndicats. Espérons que William Martinet tirera les leçons de sa négociation avec les trois ministres avant de se rendre à l’invitation de Valls à Matignon avant la mi-avril.

    Car Le président de l’UNEF aujourd’hui n’a raison que sur un point, « il faut poursuivre la mobilisation ». Nous n’avons qu’une solution pour gagner : faire converger vers la grève générale toutes les formes que prend actuellement le mouvement, occupations, blocages, grèves, manifs, nuit debout pour en finir avec cette loi qui nous fait retourner un siècle en arrière. C’est elle qui chapeaute toutes les lois et mesures spécifiques que le gouvernement cherche à imposer à tous, aux étudiants comme aux cheminots, aux postiers, aux travailleurs de la santé, aux salariés des entreprises grandes ou petites, publiques et privées… Négocier « au-delà de la Loi El Khomri » est un leurre. Dans la période de crise que connaît le capitalisme il n’y pas de marge de manœuvre pour le « dialogue social » sur quelque revendication que ce soit. Derrière la carotte, il y a toujours la matraque. A chaque revendication c’est le gouvernement et ses forces de répression que nous trouvons en face de nous. C’est eux que tous ensemble nous devons abattre pour vaincre la précarité et l’exploitation.