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    Que défend Frédéric Lordon ?

    Lordon

    Brève publiée le 22 avril 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2016/04/21/fait-defend-frederic-lordon-263817

    Economiste et philosophe, Frédéric Lordon est abondamment cité par le mouvement « Nuit debout ». On a sélectionné les meilleurs textes et vidéos disponibles en ligne pour vous familiariser avec ses idées.

    Frédéric Lordon l’a encore répété ce mercredi soir, à un meeting organisé à la Bourse du Travail à Paris (vidéo en ligne ici) : il n’est pas le porte-parole de « Nuit debout ». Mais pour quiconque l’a vu se faire apostropher par un « camarade » en meeting ou applaudir en AG, il est évident qu’il représente une référence intellectuelle forte pour nombre de ceux qui participent au mouvement.

    Pourtant, on ne peut vraiment pas dire que les ouvrages de Frédéric Lordon soient grand public. Ni qu’il soit un habitué des « grands » médias, qu’il méprise. Récemment, son refus de parler à Libération, « chantre de la modernité néolibérale », lui a valu un portrait vitriolé de la part du canard, où il apparaît comme un petit boxeur teigneux rétif au débat contradictoire.

    Pourtant, Lordon n’est pas avare de sa parole. C’est juste qu’il la réserve à certains lieux : les conférences, les réseaux militants, les médias alternatifs. Ainsi, c’est sur le site du Monde diplomatique qu’il tient son blog « La Pompe à Phynance », où il commente la politique européenne, la Grèce et dégomme au passage d’autres intellectuels de gauche, tels Pierre Rosanvallon (qu’il dépeint en ambitieux de la « gauche pleurnicheuse » inoffensive ) ou Thomas Piketty (dont le « Capital au XXIe siècle » est « désespérément vide de tout affrontement concret »).

    Petit tour d’horizon de ses positions si vous prenez le train Lordon en marche.

    1

    Nuit debout doit refuser le cadre habituel de la « revendication »

    Pour Lordon, Nuit debout doit refuser d’entrer dans le jeu de la « revendication » qui enfermerait le mouvement dans les formes obsolètes posées par les pouvoirs classiques en place (où « tous se demandent quelle est la meilleure couleur pour repeindre la clôture du jardinet qu’ils continuent d’entretenir sur les flancs du volcan déjà secoué de grondements »).

    Il l’explique dans ce post  :

    « Nous ne revendiquons rien. Entendez qu’après quelques décennies à faire, vous et vos semblables, la démonstration de vos talents et de votre hauteur de vue, l’idée de négocier quoi que ce soit avec vous nous apparaît absolument sans objet.

    C’est que “revendiquer” n’a de sens que dans un certain cadre qu’on reconnaît par-là implicitement comme légitime, et tautologiquement comme hors du champ de la revendication elle-même — puisqu’il en est le cadre…

    Or, vient fatalement un moment où, à force de combats dérisoires pour des miettes, et même en l’occurrence pour simplement résister à la diminution des miettes, l’impensé du cadre revient à la pensée. Non plus comme objet de “revendication” mais comme objet de renversement. »

    2

    Pour la grève générale

    Comme d’autres voix dans le mouvement, Lordon est pour la grève générale. Le samedi 9 avril, il prend son tour de parole devant l’Assemblée Générale de la place de la République pour expliquer pourquoi.

    Prise de parole devant l’AG de la place de la République

    Pour lui, le mouvement doit se fixer des buts et des « objectifs intermédiaires » car  :

    « Un mouvement qui ne se donne pas d’objectif politique s’éteindra rapidement  : soit parce qu’il aura épuisé la joie d’être ensemble, soit parce qu’il sera de nouveau recouvert par le jeu électoral. »

    Il appelle donc à poursuivre la mobilisation contre la loi El Khomri, pour lancer une lutte plus large :

    « De même que les zadistes n’ont pas seulement en vue un aéroport mais le monde qui engendre cet aéroport, de même la loi El Khomri est le rejeton de tout un monde.

    Dans le monde El Khomri, les salariés vivent dans la peur et ils sont tenus dans la peur. Il y a de très bonnes raisons à ça  : ils vivent sous l’arbitraire souverain d’un patron qui a tout pouvoir sur eux parce qu’il tient dans ses mains les conditions fondamentales de leur survie matérielle même. Il faut partir de cette expérience matérielle commune et en déduire tout ce que nous pouvons. »

    Et pour faire réellement bouger les rapports de pouvoir en place, lui fait l’éloge de la grève générale, avec cette phrase qui fera un tabac sur les réseaux sociaux  :

    « On ne tient pas éternellement une société avec BFM, de la flicaille et du Lexomil. »

    3

    Il faut écrire une nouvelle Constitution

    Frédéric Lordon, le 11 octobre 2011

    Frédéric Lordon, le 11 octobre 2011 - BALTEL/SIPA

    Lordon n’est pas anti-Etat. Il s’en explique en partie danscette vidéo : l’Etat lui semble la seule solution pour réguler la violence.

    Dans un entretien accordé à Il Manifesto, le quotidien communiste italien, et traduit en français par Reporterre, il explique que Nuit debout devrait « refaire les institutions » :

    « Comment sortir de l’antinomie entre l’improductivité et le retour à l’écurie parlementaire  ? La seule réponse à mes yeux est  : en se structurant non pour retourner dans les institutions mais pour refaire les institutions. Refaire les institutions, ça veut dire réécrire une Constitution.

    Et voici alors la deuxième raison pour laquelle la sortie par la Constitution a du sens  : le combat contre le capital.

    Pour en finir avec le salariat comme rapport de chantage, il faut en finir avec la propriété lucrative des moyens de production, or cette propriété est sanctuarisée dans les textes constitutionnels.

    Pour en finir avec l’empire du capital, qui est un empire constitutionnalisé, il faut refaire une Constitution. Une Constitution qui abolisse la propriété privée des moyens de production et institue la propriété d’usage  : les moyens de production appartiennent à ceux qui s’en servent et qui s’en serviront pour autre chose que la valorisation d’un capital. »

    C’est ce qu’il appelle dans Le Monde Diplomatique « la République sociale » – par opposition à une république « bourgeoise » qui défend le capital :

    « Le peuple s’emparant à nouveau de la chose qui lui appartient, la Constitution, pour en extirper le noyau empoisonné de la propriété et y mettre à la place, cette fois pour de bon, conformément au vœu de 1793, la démocratie, mais la démocratie complète, la démocratie partout. »

    4

    Sortir de la tyrannie du salariat

    Cette notion revient régulièrement dans les prises de parole de Frédéric Lordon. Selon lui, il faut trouver les moyens de sortir du salariat car il matérialise un rapport de contrainte : celui que le capital exerce sur les individus. Il développe cette idée dans cet entretien accordé au site libertaire Nada :

    « Quand la situation se tend, c’est la base fondamentale du salariat qui revient et là on te montre la porte. Et tu fais l’expérience de ce qu’est vraiment le salariat. »

    Entretien avec Frédéric Lordon, Les Temps Modernes, nada-fr

    Derrière l’emprise du salariat, il y a celui du capital sur la société, comme il le résume auprès de Il Manifesto  :

    « C’est ça, la vraie question  : la question de l’empire du capital sur les individus et sur la société tout entière. Et c’est cela la gauche  : le projet de lutter contre la souveraineté du capital.

    Évacuer l’idée de gauche au moment où la lutte doit se radicaliser et nommer ses vrais objets – le salariat comme rapport de chantage, le capital comme puissance tyrannique – c’est à mon sens passer complètement à côté de ce qui est en train de naître après des décennies de matraquage néolibéral, et au moment où les gens sortent du KO pour commencer à relever la tête. Et c’est par là, j’en ai peur, commettre une erreur stratégique considérable. »

    Sur l’emprise du capital dans l’organisation de la vie et des rapports sociaux par le biais de l’argent, qui prive les individus de la capacité d’organiser eux-mêmes leur survie matérielle (manger, se loger, se chauffer, etc), cet extrait d’Arrêt sur images est éclairant :

    « Le capitalisme a organisé la dépendance à l’argent »

    5

    Vive la banqueroute !

    « Vive la banqueroute », entretien avec Fakir

    Pour Lordon, la France devrait faire défaut à ses créanciers. En organisant sa propre banqueroute, elle ferait ainsi s’écrouler le secteur financier privé  :

    « On le sait, les créanciers principaux des Etats sont des institutions financières. »

    Une fois à terre, le système financier pourrait être saisi et nationalisé. Cette crise sans précédent créerait d’importants remous (elle « réduirait l’épisode Lehman Brothers à la dimension d’un aimable pique-nique ») mais permettrait d’assainir en profondeur le système financier et de le refonder sur des bases plus saines.

    « Tout le travail de la critique sociale et politique [...] est de lutter contre l’idée que la banqueroute serait une violence en lui opposant l’idée que ce qui est une violence c’est ce qui se commet en ce moment [la vidéo date de 2013, ndlr] sur le dos des peuples, au nom des créanciers internationaux, avec l’aide des gouvernements qui sont censés servir les intérêts du peuple. »

    Il nourrit depuis longtemps une critique des banques.

    « Les banques prennent en otage les biens publics »

    6

    Pour une sortie de l’euro

    Frédéric Lordon s’est aussi prononcé pour la sortie de l’euro, comme il l’explique dans cet article « La gauche et l’euro : liquider, reconstruire », qui commence avec ces quatre propositions :

    « 1. L’euro interdit radicalement toute politique progressiste possible.

    2. S’il en était encore besoin, le traitement criminel infligé à la Grèce en six mois de brutalisation (rebaptisée “ négociation ”) prouve que l’entreprise de “ transformer l’euro ”, ou l’hypothèse d’un “ autre euro possible ”, sont des chimères qui, par désillusions successives, ne mènent qu’à l’impasse et à la désespérance politiques.

    3. Abandonner aux extrêmes droites (qui au demeurant n’en feront rien) toute perspective politique d’en finir avec l’euro et ses institutions est une faute politique qui condamne les gauches européennes à l’impuissance indéfinie.

    4. Sauf à continuer de soupirer après ce qui n’arrivera pas — un “ autre euro ” et l’“ Europe sociale ” qui va avec — le réarmement des gauches européennes passe donc impérativement par l’imagination de l’après-euro. »

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    L’influence de Spinoza et les affects

    Economiste hétérodoxe qui fustige souvent l’étroitesse de vue de ses collègues, Frédéric Lordon s’est lui tourné vers la philosophie de Spinoza pour comprendre les mécanismes de domination du capitalisme.

    Il a notamment repris la notion de « conatus » et d’affect pour expliquer comment le capitalisme exerce sa domination sur les salariés.

    De façon générale, le concept d’affect est central dans sa vision de l’homme et est, comme il l’a expliqué sur France Culture, le point de départ même de la réflexion : 

    « Il y a toujours des affects au départ de la pensée. »

    On pense quand on éprouve des choses. Penser, selon Lordon, c’est  « avoir éprouvé quelque chose et tremper ses affects par la méthode intellectuelle et la pensée ».

    Ce qui explique aussi pourquoi il est tant investi dans Nuit debout, expérience affective de politique à ciel ouvert.

    8

    Pour aller plus loin

    Pour aller plus loin, vous pouvez regarder cette vidéo d’Arrêt sur images où Lordon explique à Judith Bernard ce qu’il entend par « Capitalisme, désir et servitude ».

    Lordon parle de « Capitalisme, désir et servitude » à Judith Bernard, Arrêt sur Images

    Pour en savoir plus sur le personnage, on peut lire son portrait sur le site de France Info. Ou regarder la vidéo du youtubeur Usul.

    « L’Economiste » : Usul présente Frédéric Lordon