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Quand Nuit debout et la CGT s’essayent à la convergence des luttes
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Philippe Martinez était jeudi place de la République pour débattre avec la Nuit debout. Un échange qui a parfois tourné au dialogue de sourds.
En une seconde, la rumeur s’est répandue dans l’AG de Nuit debout. "Martinez est arrivé !", murmure un participant aux cheveux rouges à son amie. "C’est le petit, au fond", indique une jeune femme aux traits juvéniles. Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez est bien là, debout sous la tente des orateurs, en parka bleu marine, mâchoire serrée et moustache fournie comme à son habitude. Ce jeudi 28 avril marque un tournant dans la courte histoire du mouvement d’occupation de la place de la République. C’est la première fois que le leader du premier syndicat français se rend sur place.
La convergence des luttes qui doit permettre le retrait de laloi Travail va-t-elle enfin avoir lieu ? Beaucoup l’espèrent. C’est le sujet du débat de la soirée.
"L’enjeu de ce soir, c’est de surmonter les méfiances de part et d’autre pour avancer ensemble", affirme la modératrice du débat.
Allusion aux discussions animées qui ont émaillé les AG de ces derniers jours : les réticences de certains nuit-deboutistes, inquiets d’une possible récupération du mouvement par les syndicats, se sont fait entendre. La ligne de rapprochement avec les organisations syndicales, ardemment défendue par Frédéric Lordon et François Ruffin, l’a tout de même emporté. Le site "Fakir" a mis en ligne une pétition "syndicats et Nuit debout : ensemble pour leur faire peur !" Le principe d’une rencontre après la manifestation du 28 avril a été voté. Le numéro un de la CGT n’est d’ailleurs pas le seul responsable d’"organisation en lutte" à avoir répondu à l’appel. Collectif taxis debout, coordination étudiante, CGT McDonald’s, SUD Commerce, CGT Air France, SUD et CGT cheminots, SUD PTT, Solidaires, CNT SO… La liste des intervenants est pléthorique et chacun a cinq minutes pour parler. Philippe Martinez attend son tour les bras croisés.
"Il n'y a pas d’ambiguïté"
A la tribune, les propositions d’actions communes se succèdent.
"Il faut un plan de bataille pour avancer ensemble vers des objectifs communs", lance Manon, représentante de la coordination étudiante.
La jeune femme en veste en cuir appelle à une grande manifestation le 3 mai, premier jour de l’étude du projet de loi à l’Assemblée nationale. Le public acclame.
"Il faut maintenant passer un cran au-dessus. Ça s’appelle la grève reconductible. On propose le 17 mai, rejoignez-nous", renchérit Gabriel de SUD Cheminots.
Gaël de SUD PTT remporte le prix de l’applaudimètre en annonçant un "joli mois de mai" avant d'entonner avec ferveur un "tous ensemble, tous ensemble, grève générale !" repris en chœur par la foule pendant de longues secondes. Les esprits n’ont pas le temps de se refroidir que c’est déjà au tour de Philippe Martinez. L’accueil est réservé, certains soupirent. "J’espère qu’il ne va pas être ambigu", chuchote un jeune homme assis.
"La CGT a appelé à la grève reconductible partout où c’est possible. Il n’y a pas d’ambiguïté", lance le patron de la CGT, comme s’il répondait au jeune homme assis dans le public. Silence froid, quelques huées. Des voix lancent : "C’est quand la grève ?" et "grève générale !" Début de brouhaha. Philippe Martinez reprend la parole :
"Mes chers camarades, c’est dans les entreprises que les salariés doivent crier 'grève générale' et c’est plus compliqué. Mais vous pouvez compter sur la CGT pour que la grève générale et sa reconduction deviennent réalité."
Applaudissements polis. "Ça veut dire quoi, en fait ?" entend-on dans les rangs. A Nuit debout, la convergence des cultures militantes est une lutte de tous les jours.
Etienne Girard




