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    Sortie de l’euro: le débat dont on parle sereinement... en Finlande

    euro Finlande

    Brève publiée le 4 mai 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/05/04/31002-20160504ARTFIG00108-sortie-de-l-euro-le-debat-dont-on-peut-parler-sereinement-en-finlande.php

    FIGAROVOX/TRIBUNE - La monnaie unique européenne est-elle condamnée ? Coralie Delaume s'interroge sur la viabilité de l'euro à l'heure où ce débat anime la Finlande, seul Etat scandinave à avoir adopté la devise de l'Union.

    Coralie Delaume est essayiste. Fine connaisseuse du droit communautaire, elle a notamment publié Europe. Les États désunis (Michalon, 2014). Découvrez ses chroniques sur sonblog.


    Hormis ceux qui s'imaginent encore que cette belle et bonne monnaie est un facilitateur d'amitié entre les peuples et une prémisse à l'installation d'un éternel été en Europe, les autres, ceux qui ont compris - qu'ils s'en réjouissent ou le déplorent - que l'euro est une bête agonisante, tendent encore trop à croire que le vent de la désintégration sera un vent du Sud.

    Entre une Espagne sans gouvernement qui retourne au urnes le 26 juin, une Italie malade de ses banques et de sa dette obèse (2 200 milliards d'euros, 132 % du PIB), une crise grecque qui refait surface sur fond de chantage de l'ex-Troïka et d'un début d'asphyxie financière, on sent en effet que l'Europe du Sud a un potentiel cataclysmique certain.

    Mais question cataclysmie, le Nord de l'eurozone ne sera pas forcément en reste. Contrairement à ce que l'on croit, certains pays, y compris parmi ceux qu'on a l'habitude de considérer comme des modèles de vertu économique et de bien-être des populations, s'y portent mal.

    Le vice de construction de la monnaie unique, c'est qu'elle est monnaie fédérale gérée par une Banque centrale fédérale, en l'absence de tout État fédéral.

    C'est le cas de la Finlande car ô surprise, un pays scandinave peut tout à fait connaître une croissance nulle. Dans celui-ci, on a même connu la récession. Le PIB s'est contracté de 1,5% en 2012, de 1,2% en 2013 et de 0,2% en 2014, avant un rebond timide (+ 0,3%) en 2015. Sa dette publique ferait pâlir d'envie n'importe quel obsessionnel de ce que le juriste Alain Supiot appelle «La gouvernance par les nombres» puisqu'elle atteint à peine le seuil létal - au sens maastrichien du terme - de 60% du PIB. Sauf... qu'elle a presque doublé en huit ans. En 2008, on en était à peine à 33 %. Pour le reste, le pays se désindustrialise, le taux de chômage est monté en flèche (9,2 % en février), et le gouvernement, qui n'a guère plus d'imagination que n'importe quel autre gouvernement européen, s'occupe de concevoir des plans d'austérité.

    Dans ces conditions, il n'était qu'à demi surprenant de voir la Finlande figurer parmi les «faucons» dans les négociations avec la Grèce à l'été 2015. Le ministre des Finances allemand, on s'en souvient, avait tenté de faire procéder à un «Grexit temporaire» d'une durée de cinq ans. Ce qu'on a peut-être oublié en revanche, c'est qu'à l'initiative des Vrais Finlandais, le Parlement finlandais avait demandé à son Premier ministre de tout faire pour obtenir un Grexit - pas forcément temporaire - lors du sommet de la zone euro de début juillet 2015.

    On touche là au vice de construction de la monnaie unique, monnaie fédérale gérée par une Banque centrale fédérale, mais en l'absence de tout État fédéral. Et d'ailleurs, de tout désir des populations d'en fonder un. Car inventer des usines à gaz économico-institutionnelles sur un coin de table demeure facile. Décider de mettre en place une monnaie unique pour 19 pays très différents est absurde, irresponsable, mais techniquement réalisable. La preuve: l'euro est là. En revanche, contraindre un pays scandinave - qui de surcroît se porte mal - à éponger la dette publique d'un pays des Balkans, est nettement plus acrobatique.

    La Finlande ne s'accrochera pas à l'euro à n'importe quel prix et nous sommes prêts à tous les scénarios, y compris à abandonner la monnaie unique européenne.

    Jutta Urpilainen, ministre finlandaise des Finances de 2011 à 2014

    Les Finlandais n'ont d'ailleurs pas attendu l'arrivée de Syriza et d'Alexis Tsipras au pouvoir en Grèce pour affirmer qu'ils n'en feraient rien. En 2011, Helsinki avait accepté de participer à ce qui n'était encore que le second plan d'aide à la Grèce. Mais non sans exiger un accord bilatéral avec Athènes, visant à lui garantir quoiqu'il arrive le remboursement des sommes prêtées. En 2012, au sujet du MES (Mécanisme européen de stabilité) et de sa vocation à racheter de la dette souveraine de pays d'Europe du Sud en difficulté, la Finlande avait encore donné de la voix. La ministre des Finances d'alors, Jutta Urpilainen, avait prévenu: «La responsabilité collective pour les dettes et les risques d'autres pays n'est pas ce à quoi nous devons nous préparer (…). La Finlande s'est engagée à être un membre de la zone euro et nous estimons que l'euro est bénéfique pour la Finlande. Toutefois, la Finlande ne s'accrochera pas à l'euro à n'importe quel prix et nous sommes prêts à tous les scénarios, y compris à abandonner la monnaie unique européenne». On peut difficilement être plus clair.

    Quatre ans plus tard, rien n'est réglé. Ni pour un pays comme la Grèce, maintenue sous une pression austéritaire à la limite de la persécution et à laquelle on refuse une restructuration de sa dette, ni pour les pays créanciers, qui voient se profiler les défauts souverains au Sud, et qui se sentent ainsi contraints par avance à une solidarité financière de type fédéral dont ils ne veulent à aucun prix.

    L'euro est trop bon marché pour l'Allemagne et trop cher pour le reste de l'Europe. Il ne remplit pas les exigences d'une union monétaire optimale.

    Simon Elo, député du parti des Vrais Finlandais

    Voilà pourquoi en Finlande, le débat sur une éventuelle sortie de l'euro vient de resurgir. Dans ce pays, une pétition peut aboutir à un référendum à condition d'une part qu'elle obtienne plus de 50 000 signatures, et, d'autre part, que le Parlement accepte d'organiser la consultation. La seconde condition ne sera probablement pas remplie. En tout état de cause, la première vient de l'être, puisqu'une pétition comportant 53 000 paraphes vient de parvenir aux députés finlandais. Un élu en a d'ailleurs profité pour formuler ce jugement exact: «l'euro est trop bon marché pour l'Allemagne et trop cher pour le reste de l'Europe. Il ne remplit pas les exigences d'une union monétaire optimale». Quand bien même il s'agit de Simon Elo, un député du parti de droite «populiste» des Vrais Finlandais, on ne peut nier qu'il a raison, aussi sûrement que le soleil chauffe et que la pluie mouille.

    C'est bien la raison pour laquelle la monnaie unique européenne est condamnée. Parce qu'elle bénéficie à une seule économie, l'économie allemande, et qu'elle nuit à toutes les autres. On aurait invité les Finlandais de se prononcer par référendum sur l'adoption de cette devise, peut-être auraient-ils voté «non», tout comme leurs voisins danois en 2000, et suédois en 2003. A défaut, peut-être seront-ils in fine les initiateurs qu'on n'attendait pas du salutaire détricotage de l'eurozone, ce grand cadavre à la renverse.