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    La grève des routiers met en exergue le mensonge d’Etat

    Khomri

    Brève publiée le 17 mai 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.humanite.fr/la-greve-des-routiers-met-en-exergue-le-mensonge-detat-607202#xtor=RSS-1

    Parce que qu’ils sont devenus les cibles emblématiques de la politique de dumping social imposée aux travailleurs en Europe, les chauffeurs routiers font grève avec des arguments solides pour démasquer la politique du mensonge chez les défenseurs de la loi El Khomri. Car cette loi ouvre la porte aux baisses de salaires via le paiement des heures supplémentaires majorées de seulement 10% au lieu de 25% et 50% actuellement.

    Les chauffeurs routiers français sont entrés dans l’action contre la loi El Khomri ce matin à l’appel des syndicats CGT et FO. Ils ont bloqué la zone portuaire du Havre, mené des actions autour des villes de Caen, Rennes, Le Mans, Calais, Lille, Dunkerque, mais aussi Marseille, Avignon, Bordeaux, Nantes et Saint-Nazaire. En début d'après-midi, des assemblées générales doivent se tenir pour appeler à une reconduction des blocages.

    Depuis l’entrée des pays d’Europe centrale dans l’Union européenne en 2004 puis en 2007 pour la Roumanie et la Bulgarie, la profession de chauffeur routier paie de moins en moins dans les pays d’Europe de l’Ouest alors que la charge de travail continue d’augmenter. Les salaires étant très bas dans les pays d’Europe centrale, les entreprises de transport installées dans ces pays, voire utilisant des chauffeurs de ces mêmes pays, gagnent des parts de marché au détriment des entreprises installées en France et dans d’autres pays d’Europe de l’Ouest. En proposant la négociation d’accords d’entreprises visant à ne majorer que de 10% les heures supplémentaires au lieu de 25% puis 50% dans une profession où l’ion travaille entre 186 heures et 200 heures par mois, l’adoption de la loi El Khomri aurait pour conséquence de baisser sensiblement les salaires dans cette profession.

    La loi El Khomri sera ainsi utilisée en vue d’une « harmonisation sociale » par les bas. Les patrons des entreprises de transport auront tôt fait de dire à leurs chauffeurs : vous nous coûtez trop cher et nous risquons de mettre la clé sous la porte du fait de la concurrence des pays de l’Est. Mais on peut s’en sortir ensemble si vous acceptez que les heures supplémentaires ne soient majorées que de 10% au lieu de 25% et 50% actuellement dans le cadre d’un accord d’entreprise.

    Le marché qui sera proposé aux salariés sera de prendre le risque de perdre son emploi ou d’accepter de gagner un peu moins pour sauver cet emploi et le salaire amputé qui va avec. D’ailleurs, les chargeurs et notamment les grandes enseignes de la distribution comme Leclerc, Carrefour, Auchan et quelques autres, seront les premiers à dire aux transporteurs hexagonaux qu’ils ont intérêt à baisser le prix du transport des marchandises jusqu’à leurs magasins, faute de quoi ont fera travailler les camions de l’Est européen.

    Les transports par camions à travers l’Europe sont aujourd’hui l’exemple le plus significatif de l’harmonisation sociale par le bas. C’est une tentative permanente de rapprocher les salaires perçus par les travailleurs les moins mal payés vers ceux perçus par les plus mal payés. Sauf que les prix des loyers et des produits alimentaires sont et resteront bien plus élevés en France qu’en Roumanie. Normalement, ni François Hollande, qui a dit encore ce matin sur Europe 1 qu’il maintenait ce texte, ni Manuel Valls, ni Myriam El Khomri, ni les parlementaires favorables à cette loi n’ignorent cette réalité. Il faut donc les harceler afin de savoir pourquoi ils insistent à ce point pour précariser la vie des salariés ?

    Car  la volonté du gouvernement de faire passer cette loi en force avec le recours à l’article 49-3 de la Constitution arrive aussi au moment où des pays comme la Bulgarie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Croatie, la Lettonie, la Hongrie, la Slovaquie et l’Estonie, viennent dans le cadre d’une procédure baptisée « carton jaune », d’obtenir de la Commission européenne qu’elle retarde l’adoption de son projet d’amélioration du statut des « travailleurs détachés » de ces pays. On sait qu’ils travaillent chez nous et plus encore chez nos voisins allemands pour moins que le SMIC, avec les charges sociales très basses du pays d’origine dans les entreprises, sur les chantiers et dans les fermes. La semaine dernière, lors d’un voyage de presse chez les serristes du pays nantais, ces producteurs de tomates et de concombres nous disaient qu’il n’y avait plus que des ouvriers polonais détachés dans les serres des Pays Bas.

    Cet exemple nous montre aussi que ce que l’on appelle « l’inversion de la hiérarchie des normes », contenue dans la loi El Khomri et dénoncée hier soir par le secrétaire général de la CGT au 20 heures de France 2, deviendra un objectif permanent du patronat en s’appuyant sur le moins disant social des pays de l’Est pour faire reculer le droit des salariés en France. En cela, le projet de loi El Khomri est un texte qui cherche à promouvoir de nouvelles formes d’esclavage. Le seul moyen de le rejeter aujourd’hui est de poursuivre le combat dans les entreprises, dans la rue et censurer le gouvernement la prochaine fois que le texte viendra à l’Assemblée nationale.

    Un tel rejet est possible avec un peu de volonté politique. Quand on revendique l’étiquette de « frondeur » face à la perspective d’un tel recul social, il faut l’être jusqu’au bout.