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De la nécessité d’une stratégie
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://paris-luttes.info/perspectives-5676
La quête absolue de l’horizontalité, désirée ardemment par plusieurs occupants de la Place de la Commune, semble annuler toute possibilité d’organisation stratégique. Celle-ci semble pourtant, nassage après passage, dispersion après dispersion, de plus en plus nécessaire.
J’ai écrit ce texte depuis l’étranger. Ayant participé aux mouvements parisiens pendant une semaine, j’ai essayé de lier cette expérience à des témoignages que je reçois, à la couverture médiatique des évènements, et aux nombreuses images et vidéos disponibles sur le sujet. Il esquisse les quelques pistes que le recul brutal (le départ, en pleine effervescence sociale) m’a fait entrevoir.
On entend partout : nous (Français, Espagnols, Grecs, etc) nous voulons (re)créer du commun. De cette évidence martelée par les médias, une autre, nettement moins répétée, se déduit : nous voulons créer un pouvoir - c’est-à-dire se rendre capable de résister et d’agir sur le monde. Car vouloir créer du commun, c’est se constituer contre, contre ce qui dissout le commun. Car vouloir créer du commun, c’est vouloir créer les conditions de possibilités du commun.
C’est là-dessus que l’occupation de la place de la République (rebaptisée par un anonyme place de la Commune – un changement de référence important) s’enferme dans une contradiction. L’envie parfois asphyxiante d’une démocratie totale limitée aux débats, aux votes interminables, et à la règle de la majorité, est incompatible avec l’idée même de constituer une force. Tant que nous ne faisons que débattre et voter, la force qui pourrait émerger stagne. « Tant que c’était bon enfant, on pouvait tolérer » disait Cambadélis il y a quelques semaines, peu de temps avant de nous rappeler à l’ordre (« Hé oh, la gauche ! »). « Soyons ingouvernables », disait, comme une réponse, une pancarte entrevue à une manif.
Vouloir réfléchir ensemble au monde que nous voulons faire advenir est évidemment bénéfique, presque salvateur au regard des « débats de société » récents. Cependant (et c’est là tout l’enseignement révolutionnaire de Marx), la réflexion sur une « utopie » implique, sous peine de stérilité, de réfléchir aux conditions de l’avènement de cette utopie. Nous devons, bien sûr, continuer à débattre, à émettre nos idées sur le « Quoi ? ». Mais c’est le « comment ? » qui constitue la question urgente : c’est le problème de la stratégie, qui renferme toutes les questions conflictuelles de l’occupation : la place de la violence, de la spontanéité, de l’extension du mouvement.
Occuper une place, ne jamais s’en contenter.
La notion de « stratégie » ne doit pas être confondue avec la planification, ou la verticalité. La stratégie, c’est penser ensemble des actions, des possibilités, c’est s’organiser sans s’immobiliser. Une des stratégies proposées par un tract distribué place de la Commune était d’ailleurs « Multiplions les débordements ! » – l’envie de débordements spontanés, massifs, est une stratégie en tant que telle, à partir du moment où elle est appliquée, comme elle l’a été lors de « l’apéro surprise chez Valls ».
Le terme de stratégie permet également de rappeler que nous sommes en lutte, et que c’est par elle que nous nous définissons politiquement. C’est ce qui fait peur à Nuit Debout, cette idée qu’il s’agit bien d’une lutte, d’un affrontement, qui se concrétise autant physiquement dans une manif’ qu’intellectuellement dans les médias (comme les « coups de forces » sémantiques quotidiens des médias dominants devraient nous le rappeler). C’est contre cette tendance à oublier le caractère profondément conflictuel de la politique en idolâtrant le consensus que Jacques Rancière nous mettait en garde, en rappelant l’utilité de faire vivre la mémoire des luttes passées : « Ces rappels à une histoire de luttes et de contradictions peuvent aussi jouer un rôle de contrepoids face au risque de dilution de la politique dans une sorte de fraternité New Age, dans un mouvement comme Nuit debout qui ne se situe plus, comme celui de Mai-68, sur un fond assuré de croyance marxiste en la lutte des classes et les conflits ouvriers. ».
Cette idée de conflit, qui peut être oubliée lorsque nous discutons tranquillement entre nous d’éducation populaire ou de sortie du capitalisme, nous est violemment rappelée par la réalité d’une manifestation : par la violence de la répression, par notre faiblesse face à un adversaire surentrainé, suréquipé et surorganisé. Définir des stratégies, c’est, par exemple définir concrètement des idées à mettre en place pendant une manif’. Comment éviter de se faire casser en deux ? Comment faire pour rester ensemble malgré les gaz lacrymogènes ? Je n’ai pas, et nous sommes peu, à avoir de connaissances sur un tel sujet. Si au lieu de stigmatiser les « casseurs » nous les considérions comme ce qu’ils sont (des gens qui ont le courage de prendre des risques pour leurs convictions) et pas comme BFM TV voudraient qu’ils soient, ils auraient de précieux conseils à nous donner – sur ce sujet comme sur d’autres.
La division entre « pacifistes » et « violents » est d’ailleurs une division absurde, si on admet que la notion même de lutte implique de la violence – violence qui peut apparaître sous différentes formes. Qui peut s’exercer de manière spontanée (casser une banque) et, également, de manière organisée (bloquer un lieu). Pourquoi ne pas faire de l’AG, en plus d’une zone de débat, un lieu de préparation sur la disposition à adopter en manif le lendemain ? Sur les lieux de replis, les lieux d’offensive ? Sur le langage des flics, leurs stratégies, leurs faiblesses ? Sur les endroits idéaux à bloquer ? Sur les moyens a mettre en oeuvre pour faire tenir le bloquage le plus longtemps possible ?
L’Etat français est d’ailleurs en train, lui aussi, de s’enferrer dans une contradiction. Sa stratégie de provocation policière pour attiser la tension l’aide et le dessert. Elle l’aide dans son envie affichée de déguiser la colère sociale en groupement de « jeunes casseurs/black blocs/jeunesse en colère/anarchistes/autonomes » sans aucune convictions politiques pour empêcher le mouvement de grossir. Elle le dessert en radicalisant des manifestants « pacifiques » qui comprennent la réalité du rôle de la police lors des mouvements sociaux. Nombre d’entre nous croyons d’ailleurs que c’est en résistant aux provocations, en restant pacifiques et dociles, que nous ferons basculer les flics de notre côté. Mais c’est quand elle sentira le vent tourner que la police changera (éventuellement) de camp. Nous en sommes encore loin.
H.




