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De l’Autriche-Hongrie en guerre à la République des Conseils

histoire

Brève publiée le 6 juillet 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://dissidences.hypotheses.org/7135

Un compte rendu de Georges Ubbiali 

Le lecteur ne peut que se réjouir de voir (enfin) paraître un ouvrage de synthèse, en français, sur le bref épisode révolutionnaire hongrois (mars-août 1919). En effet, en dehors de la thèse de Dominique Gros1, la bibliographie courante en français est quasi-vierge. A la principale réserve que ce livre ne consacre que trente pages (le seul et ultime chapitre 7 du livre, p. 189-219) à l’épisode conseilliste, l’ouvrage militant de Julien Papp comble indéniablement un manque2.

Que faut-il retenir de cette synthèse ? La Hongrie constituait la partie la moins développée de l’Empire austro-hongrois, double monarchie aux multiples nationalités, aux fondements fragiles, que la Première Guerre mondiale bouleverse. L’économie hongroise était à dominante agricole. Sur les quatre premiers chapitres, trois sont consacrés à rappeler des données de cadrage à la fois sur cet empire durant la guerre (en particulier sous l’angle militaire, chapitre 1), mais aussi sur l’économie (chapitre 4) et sur les conditionnements idéologiques et la répression des menées pacifistes (chapitre 2). Plus original apparaît le chapitre 3 consacré au mouvement ouvrier social démocrate et aux forces pacifistes. Le Parti socialiste hongrois s’est rallié à l’union nationale, ce qui fait écrire à l’auteur, que « au nom d’une prétendue « responsabilité patriotique », ils se sont placés sur le terrain de l’ordre bourgeois » (p. 60). C’est dans le cadre d’un mouvement ouvrier totalement intégré à l’effort de guerre que se développe, dans le sillage de la révolution en Russie, le cercle Galilée, qui commence à développer un discours d’opposition à la guerre. L’armée de son côté est particulièrement ébranlée par le prolongement de la guerre, si bien que de multiples fraternisations, désertions ou mutineries l’affectent de manière croissante au fil de la poursuite des combats. Les prisonniers de guerre hongrois en Russie jouent un rôle décisif pour structurer un cours hostile à la poursuite de la guerre. En avril 1918, à Moscou, se tient un congrès national des ex-prisonniers de guerre. La Russie en relâchant les prisonniers de guerre et autorisant leur retour en Hongrie, permet de fait le développement d’une fermentation révolutionnaire (ce dont témoigne, par ailleurs, le film (non cité) déjà ancien (1967!) mais non daté de Miklos Jancso, Les rouges et les blancs).

Au printemps 1918, c’est une armée en décomposition, secouée par des vagues successives de mutineries, qui émerge. L’Empire est à l’agonie et durant une première phase, se déroule une révolution « démocratique bourgeoise » (30-31 octobre 1918- 21 mars 1919) qui se concrétise par l’affirmation d’une république populaire. La Hongrie connaît donc pendant quelques mois un fonctionnement parlementaire classique, tandis qu’en parallèle s’affirme un pouvoir de type soviétique, s’appuyant sur les conseils de soldates, partie la plus engagée de la population. En fait, c’est une séquence assez similaire à celle que connaît l’Allemagne à la même période. La République proclame l’indépendance de la Hongrie, dans le cadre d’une défaite militaire. Le pays est démembré, tandis que les nationalités connaissent une flambée d’affirmation nationale. Le Parti communiste hongrois (PCH) naît dans ce cadre d’autant plus troublé que les pays vainqueurs, la France au premier rang, souhaitent faire payer à la Hongrie le prix maximum de sa défaite. La politique étrangère joue donc un rôle décisif dans l’accélération de la crise politique, dont l’instabilité gouvernementale ne constitue que la partie immergée. L’injonction de la conférence de la paix de Paris, représentée par la mission Vix, du nom du militaire français la dirigeant, que Budapest retire une partie de son armée d’une portion de son territoire afin d’y installer des troupes roumaines, en vue d’une intervention contre la Russie soviétique, précipite la chute du gouvernement. Chose inattendue, le président de la République Karolyi démissionne et transmet le pouvoir aux révolutionnaires (on lira le document reproduit aux pages 190-191). Karolyi contestera par la suite avoir apposé sa signature, mais toujours est-il que le passage de la République bourgeoise au pouvoir des soviets se réalise de manière pacifique. De fait, le gouvernement est dominé par la social-démocratie tant celle-ci constitue la force sociale la plus implantée, même si formellement le PCH et le PSH ont fusionné quelques semaines plus tôt dans un parti unifié. L’ancrage social du nouveau pouvoir est en fait particulièrement limité, d’autant plus qu’immédiatement le Conseil de gouvernement se lance dans une terreur rouge, qui rétrécit encore un peu plus sa base sociale. Immédiatement la Commune hongroise est l’objet d’une virulente campagne internationale, dont la France se fait le héraut, pour mettre fin à l’expérience. De nouvelles revendications territoriales se font jour, tandis que la guerre reprend, la Roumanie attaquant la première, suivie de la Tchécoslovaquie, ces deux pays n’étant que les exécutants des forces de l’Entente. Rapidement, la jeune et inexpérimentée armée rouge subit défaites sur défaites. Le premier août 1919, le gouvernement soviétique est chassé après 133 jours. Immédiatement un amiral, Horty, revient à la tête des troupes blanches et déclenche une terreur blanche, infiniment plus meurtrière que la rouge.

Si l’on ne peut que regretter le caractère trop allusif de cette dernière partie, et surtout l’immanquable interrogation historique sur les manquements du gouvernement soviétique qui est tout juste esquissée, ce livre constitue une incontournable lecture sur cet épisode méconnu de la vague révolutionnaire (Allemagne, Italie…) qui a balayé plusieurs pays européens à la suite de l’épisode russe d’octobre 1917..

1Thèse restée inédite (même si un numéro des Cahiers du CERMTRI, « La révolution prolétarienne en Hongrie (mars-août 1919) », n° 97, juin 2000, en reprend d’importants extraits), Les conseils ouvriers, espérances et défaites de la révolution en Autriche-Hongrie, 1917-1920, thèse de science politique, Université de Bourgogne, 1973, 3 vol., 800 pages.

2On regrette d’ailleurs que le témoignage, bien que contestable, de Bela Kun, La République hongroise des conseils, Corvéa, 1962, ne soit pas cité.