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Motion de censure: pourquoi la droite s’est mise hors jeu
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Mediapart) Après un nouveau recours du gouvernement au 49-3, la droite a décidé de ne pas déposer de motion de censure. Officiellement, parce qu’elle souhaite dire « stop à la mascarade » de la loi sur le travail. Officieusement, pour des raisons beaucoup plus prosaïques et… footballistiques.
On aurait pu comprendre que la droite rechigne à faire exploser l’exécutif à quelques mois de sa primaire. Présenter une motion de censure et prendre le risque qu’elle soit adoptée avec le soutien des députés de gauche écœurés par la loi sur le travail et l’usage du 49-3. Se retrouver dans la situation d’une démission forcée du gouvernement, laquelle entraînerait de facto une crise politique et par là même une possible remise en question du scrutin de novembre. Il n’y aurait pas pire scénario pour tous ceux qui, rue de Vaugirard, rêvent de voir le processus aller jusqu’à son terme.
C’est pourtant pour une raison beaucoup plus prosaïque que le groupe LR (ex-UMP) à l’Assemblée nationale a décidé de ne pas déposer de motion de censure, ce mardi 5 juillet, après l’annonce d’un nouveau 49-3, comme il l’avait fait avec l’UDI en première lecture, le 12 mai. Officiellement, le patron des députés LR, Christian Jacob, a fait savoir qu’il voulait dire « stop à la mascarade ». « Que Valls se débrouille avec son champ de ruines […]. Nous ne sommes pas là pour servir de témoins à ces règlements de comptes à gauche », a-t-il lancé en conférence de presse, soutenu par le chef de file des députés UDI, Philippe Vigier, qui a lui aussi estimé qu’il fallait « que la mascarade s’arrête ».
Christian Jacob. © Reuters
La droite peut surjouer la lassitude et se gargariser de grands principes, son choix de ne rien faire n’en demeure pas moins surprenant. Nicolas Sarkozy ne jugeait-il pas il y a encore peu que l’usage du 49-3 était une « erreur majeure » ? « François Hollande a tout faux depuis le début, assurait le patron de l’opposition dans Valeurs actuelles, le 1er juin. Le passage en force, c'est l’absence de débat. […] Si vous n’acceptez pas le débat des idées au Parlement, il se passe dans la rue. »
Ce mardi, la vice-présidente de LR Isabelle Le Callennec, oratrice de la droite sur le sujet, a encore évoqué par voie de communiqué un « 49-3 scandaleux et explosif », accusant le gouvernement de « prendre un risque majeur d’embrasement », tandis que le secrétaire général du parti, Éric Woerth, a moqué un « gouvernement plus affaibli que jamais », affirmant que « lorsqu’on interdit le débat au sein du Parlement, il ne faut pas s’étonner que la colère et la violence prennent possession de la rue ».
La colère de l’opposition est si grande sur le papier qu’on a du mal à concevoir qu’elle renonce à la traduire au Parlement. « C’est tout simplement qu’on ne sait pas faire, lâche un député LR. Jacob savait qu’il n’aurait pas les troupes nécessaires. » Après avoir compris que les éventuelles motions de censure ne seraient discutées dans l’hémicycle qu’à partir de jeudi – elles doivent être déposées avant mercredi, 15 h 15 –, le chef de file des députés LR a fait un calcul très simple. Sur les quelque 200 élus que compte son groupe, seule une petite poignée aurait pu être mobilisée ce jour-là pour voter une telle motion.
« La plupart des députés seront repartis dans leur circo, explique un parlementaire LR. Surtout qu’il y a le match France-Allemagne jeudi soir. Entre ceux qui préfèrent rentrer chez eux et ceux qui ont envie de se montrer dans la fan zone de leur ville, il est impossible de leur dire “bah non, en fait tu restes à Paris jusqu’à 19 heures, merci”. » Quand bien même la moitié du groupe LR aurait la possibilité de voter par procuration, la manœuvre nécessiterait la présence de 100 députés dans l’hémicycle. Un minimum pour donner du poids au recours. « Jacob ne veut pas se retrouver avec une motion votée par 33 pelés », poursuit le même élu. Du coup, pour éviter le ridicule de rangs clairsemés, il a préféré laisser tomber.
La décision de la droite en dit long sur la faiblesse de la démocratie parlementaire. Évidemment, l’explication footballistique est bien moins glorieuse que celle livrée par le chef de file de LR à l’Assemblée. Prétexter “avoir piscine” ou “cours de poterie” pour éviter un rendez-vous n’a jamais été le gage d’une grande sérénité. Ni une démonstration de force. Pourtant, en faisant mine de laisser le gouvernement se dépêtrer avec sa majorité et en donnant « rendez-vous devant les Français dans neuf mois », l’opposition s’en sort bien.
Elle endosse le costume de celle qui a « fait le job », pour reprendre les mots de la députée Isabelle Le Callennec. Et s’offre peut-être même la possibilité d’un ultime spectacle : celui d’une motion de censure de gauche, déposée contre un gouvernement qui se prétend encore de gauche, discutée le jour de l’hommage rendu au père de la « deuxième gauche », Michel Rocard.




