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    Trêve générale à Nuit debout

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    Brève publiée le 10 juillet 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (Le Monde)

    Il ne reste plus grand-chose du mouvement né le 31 mars sur la place de la République, à Paris

    Que reste-t-il de Nuit debout ? Place de la République, à Paris, plus grand-chose, à part quelques dizaines de personnes quand le temps le permet. L'assemblée générale a levé le camp, les curieux aussi. Envolés les slogans " Un joyeux bordel est possible "" A la fin, c'est nous qu'on va gagner ". Lancé le 31  mars, au soir de l'une des plus grosses manifestations contre la loi travail, Nuit debout fête ses 100 jours, vendredi 8  juillet. Trois mois plus tard, rares sont les commissions thématiques, qui pullulaient au plus fort du mouvement, à subsister. Idem pour toutes les déclinaisons qui avaient pu voir le jour, de Radio debout à Banlieues debout.

    Tout sauf spontané, ce mouvement a été planifié par une poignée de militants autour de François Ruffin, réalisateur du film Merci patron ! L'idée était de " ne pas rentrer chez soi " et de se réapproprier une place comme espace citoyen. Jusqu'à la mi-mai, Nuit debout a attiré de petites foules, sympathisants de gauche, syndicalistes, déçus de François Hollande, jeunes, riverains, simples passants. Les politiques n'y sont pas les bienvenus, les chefs non plus. La parole est libre et les AG n'en finissent plus de ne pas décider. " L'un des acquis de Nuit debout, c'est d'avoir fait émerger plusieurs questions dans le débat public : celles de la démocratie, du capitalisme financier, du rapport au pouvoir politique, des nouvelles formes de solidarité ou de la contestation du productivisme, explique le politologue Gaël Brustier. C'est gros de promesses. "

    Même si le mouvement s'est essoufflé à République, nombreux sont ceux qui considèrent que " son esprit " lui survit. Pour Killian, de l'équipe de la communication en ligne, le rassemblement au cœur de la capitale a servi de " catalyseur "" Mais on n'a jamais rien fait avec une occupation ", ajoute-t-il. Karine Monségu n'a aucun regret non plus. " République, ce n'était pas une fin en soi, indique cette syndicaliste CGT d'Air France, membre du Parti de gauche. Ce qui compte, c'est l'occupation des esprits plus que de la place. "

    " Bureaucratie démocratique "

    Des Nuit debout ont essaimé dans des villes de province mais le mouvement a eu du mal à franchir le périphérique et à sortir de " l'entre-soi ", comme le voulait François Ruffin. Le rédacteur en chef du journal Fakir l'a d'ailleurs regretté dans une interview à Libération, le 5  juin. " Dès le premier soir, j'en ai senti les limites, notamment en raison de la sociologie parisienne – une masse de diplômés, peu de classes populaires, pas d'usine aux alentours, une méfiance envers les syndicats – qui a très vite débouché sur une bureaucratie démocratique sans volonté de s'organiser ", a-t-il critiqué.

    Trois mois d'occupation ont cependant permis à chacun de se connaître. Si la convergence des luttes n'a pas eu lieu, Nuit debout a permis de réveiller des réseaux militants en sommeil ou d'en créer de nouveaux. " Certains avaient l'habitude de se croiser mais pas de travailler ensemble ", souligne Leïla Chaïbi, figure de Jeudi noir et ex-dirigeante du Parti de gauche. Même sentiment pour Dominique, un des fondateurs d'Avocats debout qui, comme la plupart, ne souhaite pas donner son nom. " Ce qui m'a frappé, c'est qu'un tas de jeunes élèves avocats qui ne se sentaient à l'aise dans aucun parti politique trouvaient là un lieu de mobilisation ouvert sans arrière-pensée idéologique, relate-t-il.C'est un réseau fort et riche qui s'est constitué. "

    Les participants sont toujours connectés à Telegram, cette application de messagerie cryptée, et des dizaines de messages arrivent encore pour informer et mobiliser. Mardi, jour de l'annonce de l'utilisation du 49.3 pour adopter en deuxième lecture la loi travail à l'Assemblée nationale, le mot d'ordre avait été donné de se retrouver devant le Palais-Bourbon. Ils seront 200 à s'y rendre.

    Nuit debout a aussi été une école de l'action militante. Des jeunes ont appris à manifester, à s'organiser, à lutter. Les réseaux sociaux les y ont aidés. Marie, membre de la commission coordination, n'avait jamais trouvé " un espace d'expression " qui lui corresponde. " Les gens comme moi ont évolué, mûri avec le mouvement ", relève-t-elle.

    La suite reste maintenant à inventer. Julien Bayou, porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts, invite à se projeter sur le temps long. Il rappelle que Podemos, en Espagne, est né trois ans après l'émergence des " indignés " madrilènes. " Quant à Occupy Wall Street, c'est très confortable de se dire qu'ils sont tombés amoureux d'eux-mêmes, note-t-il. Mais ils ont percé un triple mur : la dérégulation sous Clinton, la fin des libertés sous Bush et la déception sous Obama. Et ils ont trouvé un écho avec Bernie Sanders. "

    D'autres regardent à plus court terme. Que faire, l'an prochain, pour la présidentielle ? Prôner l'abstention ? Le vote blanc ? Soutenir un candidat ? Membre du service d'ordre quand il existait, Romain souhaite que Nuit debout devienne " un élément perturbateur, un grain de sable en s'incrustant, par exemple, dans les meetings du PS "." C'est dans ce rapport de force que Nuit debout peut jouer ", veut-il croire. Certains ont déjà commencé à s'organiser avec la volonté de " pirater 2017 ". C'est le cas d'Arthur, étudiant à Sciences Po, plus motivé que jamais : " Tous ces candidats qui ne vivent pas comme nous et qui veulent nous imposer leur loi travail, on va leur pourrir leur campagne ! "

    Raphaëlle Besse Desmoulières, et Violaine Morin

    Le Monde 090716